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Yves Housson | L’Humanité du 16 mars 2007

Les licenciements boursiers, ça suffit !

vendredi 16 mars 2007 par Yves Housson
Emploi . Les mobilisations des salariés d’Alcatel-Lucent et d’Airbus contre des plans qui supprimeraient des milliers d’emplois placent l’avenir de l’industrie au coeur du débat politique.

Et si les affaires Alcatel et Airbus concentraient à elles seules une bonne partie des enjeux du vote du 21 avril prochain ? Y a-t-il encore une place pour l’industrie en France et en Europe ? Si oui, et si le pouvoir politique n’est pas voué à l’impuissance, alors que faire contre l’omnipotence des puissances financières privées que l’on voit chaque jour exercer un pouvoir de vie ou de mort sur des pans entiers de cette industrie ? Massivement mobilisés hier, à l’échelle européenne, résolus non à obtenir le meilleur accommodement social d’un mauvais plan économique, mais à « faire reculer Alcatel-Lucent » sur son projet de « délocalisation des matières grises » en Asie (avec 12 500 suppressions d’emplois à la clé, dont 1 500 en France, 4 500 au total en Europe), les salariés du géant des télécoms ne posent finalement pas d’autre question. Confrontés à des dirigeants qui « n’obéissent qu’aux injonctions des financiers pour donner un signe positif aux actionnaires et demandent aux salariés d’aller voir ailleurs », dénonce un syndicaliste CFDT, ils attendent du gouvernement « des alternatives » au plan patronal et « qu’une volonté politique existe réellement pour que nos entreprises restent en Europe ».

Quant au personnel d’Airbus, à son tour dans l’action aujourd’hui sur tous les sites européens du groupe, il affiche la même détermination, et place la barre au même niveau politique. Malgré la pédagogie déployée par le PDG, Louis Gallois, pour le faire avaler, et malgré les appuis que lui ont apportés le gouvernement Villepin et le ministre candidat Sarkozy, jugeant qu’il va « globalement dans le bon sens », le plan Power 8, avec ses 10 000 suppressions de postes, ne passe pas.

les actionnaires mis en accusation

« Ni amendable ni négociable », résume FO, syndicat majoritaire, en appelant l’État à « prendre ses responsabilités et à se prononcer pour assurer l’avenir de l’industrie aéronautique ». Pour cause : après s’être frotté les pognes quand les affaires marchaient et avoir encaissé de royaux dividendes, les actionnaires privés, le Français Lagardère comme l’Allemand Daimler, aujourd’hui, devant les difficultés dont ils sont pourtant largement comptables, se lavent les mains et refusent de remettre au pot.

Inutile de chercher ailleurs le mal qui plombe Airbus comme Alcatel-Lucent, ou encore les Chantiers de l’Atlantique, lâchés avant-hier par leur principal financier, le groupe norvégien Aker. Une main-d’oeuvre hautement qualifiée, des technologies de pointe, des productions performantes, des carnets de commandes remplis à ras bord... Ces entreprises, fleurons de l’aéronautique, des télécommunications, de la construction navale, partagent les meilleurs atouts de la réussite. Mais elles ont aussi en commun de subir la contrainte d’un pilotage à court terme, selon le seul critère de la rentabilité financière. Même Dominique de Villepin doit l’affirmer, à propos d’EADS : « La logique industrielle doit l’emporter sur la logique financière. » Le premier ministre va jusqu’à - campagne électorale oblige ! - se prononcer pour que les actionnaires soient privés de dividendes cette année. Ségolène Royal aussi dénonce « la logique de financiarisation, destructrice sur le plan économique ». Mais comment renverser la vapeur ? Peut-on se contenter, pour Airbus, d’une recapitalisation par l’État, agrémentée le cas échéant, d’une entrée des régions dans le capital, le temps de ramener le groupe à la « profitabilité », sans remettre en cause la saignée des emplois, et sans rien changer aux critères de gestion ? Les dossiers Airbus et Alcatel-Lucent le montrent trop bien : rendre la primauté aux intérêts de l’industrie implique à la fois de mettre en place de nouveaux instruments, publics, de financement des entreprises, libérés des lois des marchés financiers, de combattre, à l’échelon européen, pour que la BCE soit mise au service de l’emploi. Mais aussi de donner aux salariés les moyens de véritables contre-pouvoirs, à commencer par un droit de veto suspensif sur les plans de licenciement et les délocalisations. Des exigences absentes des programmes des « grands » candidats, mais dont Marie-George Buffet a fait le coeur de sa campagne. La candidate de la gauche populaire a demandé en vain une réunion exceptionnelle du Parlement sur le sujet. Trop belle occasion de relever le débat électoral ?

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