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Le Monde | Jean-Michel Bezat le 08.02.07

Les majors du pétrole jamais aussi riches et rarement autant attaquées

lundi 12 février 2007 par Jean-Michel Bezat

Les résultats 2006 des trois premières compagnies pétrolières mondiales sont contrastés, même si leurs profits restent les plus élevés de toutes les entreprises cotées à New York ou à Londres. Historique pour le numéro un, l’américain ExxonMobil, le bénéfice net a été quasiment stable pour la deuxième "major", l’anglo-néerlandaise Shell et en recul pour la troisième, la britannique BP.

BP a annoncé, mardi 6 février, que son bénéfice net a reculé de 1,5 % en 2006 à 22 milliards de dollars (17 milliards d’euros), malgré un prix moyen du baril de brut supérieur de 10 dollars par rapport à 2005 et un chiffre d’affaires de 274,3 milliards de dollars (+ 11,7 %).

C’était le dernier exercice présenté par son directeur général, Lord Browne. Patron de BP depuis douze ans, c’est lui qui avait donné le signal des grandes fusions en rachetant les compagnies américaines Amoco et Arco à la fin des années 1990.

Début 2007, il a dû annoncer son départ anticipé en juillet, à la suite d’une série de déboires aux Etats-Unis. Fin 2006, le rapport de James Baker, secrétaire d’Etat de George Bush père, avait souligné un sous-investissement dans la sécurité responsable de graves accidents : l’explosion de la raffinerie de Texas City (15 morts) en 2005 et la corrosion de pipelines en Alaska, qui a entraîné une importante pollution en 2006. La production de BP a pâti du retard dans la mise en service de plateformes dans le golfe du Mexique. Et son image a été écornée par des accusations de manipulations de cours du propane en 2004.

Jusqu’à présent chargé de l’exploration-production de BP, le successeur de John Browne, Tony Hayward, a prévenu que la production, qui a déjà reculé (3,926 millions de barils par jour contre 4,014 en 2005), baisserait encore en 2007. Elle devrait s’établir entre 3,8 et 3,9 millions de barils par jour, au lieu de 4,1 millions prévus jusqu’ici. Il a promis de focaliser ses efforts "comme un laser" sur la sécurité et la fiabilité, "quitte à ce que cela ralentisse dans certains cas l’activité".

ExxonMobil avait annoncé, le 1er février, un bénéfice net record de 39,5 milliards de dollars (+ 9 %) pour un chiffre d’affaires de 377,6 milliards de dollars (+ 1,8%). "Un record, porté par de solides résultats dans chaque secteur d’activité", notamment l’exploration-production, avait commenté le PDG, Rex Tillerson. Première entreprise mondiale par les bénéfices et la capitalisation, le groupe américain est la cible de nombreuses critiques.

Accusé d’avoir financé des travaux destinés à minimiser les études sur le réchauffement climatique, voire à les caviarder, ExxonMobil est sommé de rendre des comptes. Des associations de consommateurs et des élus, républicains ou démocrates, réclament la création d’une taxe exceptionnelle sur les bénéfices des pétroliers afin de financer des projets d’économie d’énergie.

Royal Dutch Shell est lui aussi confronté à ce paradoxe : de bons résultats en dépit de nombreuses difficultés, notamment au Nigéria et en Russie. En 2006, son bénéfice net a atteint 25,44 milliards de dollars (+ 0,5%) et le chiffre d’affaires 318,85 milliards de dollars (+ 3,9%). Mais sa production recule régulièrement, tombant de 4 millions de barils par jour (pétrole et gaz) en 2002 à environ 3,5 millions en 2006. Ses prévisions se situent dans une fourchette de 3,3 à 3,5 millions de barils pour 2007.

Le groupe est pénalisé par sa forte présence au Nigéria. En raison d’attaques et d’enlèvements répétés sur ses installations dans le delta du Niger. Sa production en est amputée. Il a certes bénéficié de la reprise de l’exploitation dans le Golfe du Mexique, mais il prévoit une croissance "modeste" de la production d’ici à 2010. Shell intègre la persistance de tensions politiques au Nigeria et la récente décision de la Russie de prendre le contrôle de Sakhaline-2, le plus gros projet pétro-gazier au monde, obligeant la major à ramener sa participation de 55 % à 25 %.

Pour augmenter sa production de 2 % à 3 % sur le long terme, Shell investit dans le gaz naturel liquéfié, l’exploration en eaux très profondes et les sables bitumeux canadiens.

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