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Un article de Marie-Laetitia Bonavita paru dans Le Figaro du 24 janvier 2006

Les marges des entreprises sous haute pression

mardi 24 janvier 2006 par Marie-Laetitia Bonavita
La croissance mondiale devrait rester soutenue cette année, portée par la demande aux Etats-Unis et en Chine, se réjouit la Coface (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur), qui dévoile aujourd’hui son panorama mondial des risques pays. L’assureur-crédit s’inquiète en revanche de voir les marges des entreprises toujours soumises à de vives pressions dans les pays industrialisés, et particulièrement en Chine. A cela plusieurs explications. Une concurrence féroce réduit les possibilités de répercuter l’augmentation des coûts de production sur les prix de vente. Avec la remontée progressive des taux d’intérêt, l’endettement va coûter plus cher aux entreprises. Enfin, une réglementation plus stricte en matière d’environnement et de santé pèsera sur les coûts dans de nombreux secteurs.

DIRE que les économies allemandes et japonaises se redressent est une évidence. Mettre en parallèle la façon dont ces deux anciennes locomotives - l’une pour l’Europe, l’autre pour l’Asie - se restructurent, est plus pertinent. C’est ce que fait la Coface aujourd’hui dans son « Panorama mondial des risques pays » dans la section consacrée aux pays industrialisés. « Ces deux pays, longtemps confrontés à une faible rentabilité des acteurs économiques ainsi qu’à une croissance atone, ont su mener à bien les restructurations drastiques qui s’imposaient », souligne Sylvia Greisman, sous-directeur chargé du risque pays à la Coface.

L’assureur-crédit salue particulièrement la « remise en cause », pour ces deux pays, de leurs modèles fondés sur l’intégration banques-entreprises, jadis largement vantée. La suppression de cette consanguinité s’est traduite par une grande sélectivité de la part des banques qui, mécaniquement, a contraint les entreprises à redresser leur rentabilité. Elles ont ainsi intensifié les délocalisations, « souvent au détriment de la sous-traitance locale », selon la Coface, et ont diversifié leur présence géographique, tout particulièrement dans les zones émergentes (Asie, pays de l’Est...).

Ce succès, ces pays le doivent dans leur spécialisation dans la production de biens d’équipement (électronique, notamment) et de matériel de transport, contrairement à la France ou à l’Italie, remarquait également il y a quelques mois dans une étude similaire Ixis, filiale du groupe Caisse d’épargne. L’intérêt d’une spécialisation « gagnante » est de réduire la sensibilité du commerce extérieur vis-à-vis des variations des taux de change. « Le fait que le mark (puis l’euro) et le yen soient des monnaies fortes n’a pas freiné, jusqu’à présent, la progression des exportations du Japon et de l’Allemagne », poursuivait ainsi Ixis.

Faiblesse de la consommation

Au total, les succès à l’exportation (41% du PIB allemand, 13% du PIB japonais) se sont traduits par un net repli des incidents de paiements - « en deçà de la moyenne mondiale », pour les entreprises tournées vers les marchés extérieurs. « Les faillites ont reflué, très nettement au Japon, plus timidement en Allemagne », note la Coface.

Le point fort du Japon et de l’Allemagne s’avère aussi une fragilité. L’amélioration reste trop dépendante des perspectives d’exportation, « en l’absence de franche reprise » de la demande des ménages (59% du PIB allemand et 57% du PIB japonais), indique Sylvia Greisman. Raison de cette langueur : la hausse du chômage (notamment dans l’industrie manufacturière, le commerce de détail, hôtellerie, restauration, bâtiment), la démographie anémique et la crise durable du secteur de la construction, qui remonte, au Japon au choc patrimonial du début des années 90, en Allemagne, à la réunification.

Autre raison, et non des moindres : le partage de la valeur ajoutée « peu favorable » au travail. Cette faiblesse est liée au niveau élevé des coûts de production qui pousse les patrons à comprimer les salaires réels de leurs employés ainsi qu’à la poursuite du désendettement des entreprises. « Les profits élevés des entreprises de ces deux pays servent donc à financer le désendettement, et pas la distribution des revenus ou l’investissement », indique Ixis.

Il est difficile de dire à quel moment le taux correct d’endettement sera atteint par les entreprises et par les banques, puisqu’il est encore bien plus élevé au Japon et même en Allemagne que dans beaucoup d’autres pays, aux Etats-Unis notamment. La question est de savoir si à terme le moteur que joue le commerce extérieur pour ces deux pays parviendra à l’emporter sur la faiblesse de la demande intérieure et conduire à une reprise globale de l’économie.


Aux Etats-Unis, l’économie devrait croître de 3% à 4% en 2006

La croissance américaine devrait encore s’inscrire en 2006 dans une fourchette de 3% à 4% en rythme annuel, selon un sondage de l’Association américaine des économistes d’entreprise (NABE). Les 142 économistes d’entreprise interrogés par la NABE sont plus optimistes aujourd’hui qu’en octobre, date du dernier sondage. Un total de 60% ayant répondu juge qu’elle devrait progresser de 3% à 4% en 2006, contre 46% seulement en octobre qui tablaient sur une croissance d’au moins 3%. Parallèlement, 29% attendent une croissance 2006 de 2% à 3% et ils sont 8% à prévoir une croissance inférieure à 2%. Les pressions inflationnistes sont restées élevées au dernier trimestre 2005, avec notamment une progression de celles sur le coût du travail, mais celles sur le coût des matières premières se sont atténuées, précise l’étude. Dans ce contexte, une majorité d’économistes d’entreprise (37%) juge que la Réserve fédérale (Fed) devrait mettre un terme à son cycle de resserrement monétaire une fois qu’elle aura porté son taux directeur jusqu’à 4,75% (4,25% aujourd’hui).

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