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Un article de Ludovic BLECHER et Marc PIVOIS paru sur liberation.fr le 28 septembre 2005 (12:01)

« Les marins ont tous été menottés »

mercredi 28 septembre 2005 par Ludovic BLECHER, Marc PIVOIS
Le GIGN a arraisonné mercredi matin le navire de la SNCM détourné la veille par des marins de la compagnie • Récit de l’abordage des forces spéciales avec un journaliste de France 3 présent à bord du Pascal Paoli • Alors que la situation est très tendue à Bastia, les élus nationalistes crient à la « trahison » •

Tout est allé très vite. Mercredi, à 8 h 28, alors que le « Pascal Paoli », navire de la SNCM détourné mardi par des marins de la compagnie était prêt à entrer dans le port de Bastia, les sirènes se sont mises à hurler. Deux minutes plus tard cinq hélicoptères Pumas arrivent du sud en rasant les vagues tandis qu’une vedette de la gendarmerie vient à la rencontre du ferry. Les cinq appareils se mettent à tourner autour du bateau. L’un d’eux se positionne en vol stationnaire au-dessus du navire. Aussitôt, cinq silhouettes noires descendent le long des filins, se posant directement sur le pont. Moins de dix secondes et un deuxième hélicoptère prend sa place, déposant d’autres hommes à bord.

L’opération, menée par des commandos héliportés du GIGN et de la marine, se répète à quatre reprises. Présent à bord depuis la veille, un journaliste de France 3 raconte à « Libération » : « La nuit s’est passée calmement. Ce matin, vers 6 h 30, il y a eu des bruits disant que des hélicoptères Pumas étaient stationnés à l’aéroport Porretto (l’aéroport de Bastia à deux minutes du port à vol d’oiseau, NDLR). Alain Mosconi, le leader du STC (Syndicat des Travailleurs corses), a reçu un coup de fil du préfet lui disant de se rendre sur le “Surcouf”, le bateau qui nous escortait depuis mardi soir. Mosconi a refusé et les marins se sont préparés à une intervention. Mosconi leur a dit de ne pas résister. Quand les commandos sont arrivés, les marins, environ 60, ont tous été menottés puis embarqués à l’intérieur du navire. L’intervention s’est passée calmement. Les marins étaient très en colère mais résignés. Ils sont contents car ils disent que leur coup d’éclat a permis d’alerter l’opinion publique sur la situation de la SNCM. » Le journaliste et son équipe sont rapidement conduits à bord d’une vedette de la gendarmerie qui les ramène à Bastia. Le navire fait maintenant route vers Toulon avec les marins à son bord.

Pendant ce temps, près du port de Bastia, entre la mairie et l’amirauté, des groupes de manifestants convergent par dizaine. Peu avant 10 h 00, ils sont environ 300, certains arborant des drapeaux de la CGT, d’autres du STC. Tout en essayant de bloquer la circulation, ils arrêtent un camion transportant du sable et contraignent virilement le chauffeur à vider sa benne sur la chaussée. « C’est des enfoirés, ce gouvernement est pourri, arraisonner des marins avec l’armée, c’est dégueulasse », hurle un manifestant tandis que d’autres plantent, au sommet du tas de sable renversé sur la chaussée, un drapeau à tête de Maure. Les manifestants, dont une délégation doit être reçue par le préfet, réclament le retour du bateau à quai, à Bastia, et la libération des marins. Faute d’être entendus, ils menacent l’île d’un blocus total.

Vers 10 h 30, des barricades sont positionnées en plusieurs endroits de la ville. La remorque d’un camion citerne est même décrochée et posée en travers de la rue en plein centre-ville. Sous la menace d’une explosion, les CRS dépêchés sur place reculent. Quelques minutes plus tard, une vingtaine de cagoulés font irruption dans un local de recrutement de l’armée à Bastia. Tous les militaires en sont expulsés et les bureaux mis à sac.

Vers 11 h 00, durant une conférence de presse improvisée, le leader de Corsica Nazione et chef de file des élus nationalistes dans l’île, Jean-Guy Talamoni prend la parole : « Mardi soir à 22 h 00, après une négociation entre les marins et le gouvernement par l’intermédiaire des élus, il y a eu un accord, affirme-t-il. L’accord stipulait qu’il n’y aurait pas d’intervention et que les marins acceptaient d’être débarqués mercredi dans la matinée. Cette opération devait se faire sans arrestation et avec une requalification des faits. L’assemblée acceptait de son côté de remettre en débat le problème des transports ». Pour lui, l’intervention du GIGN est donc une « trahison ». En réponse, il exige « la libération des marins et l’arrêt des poursuites ». En attendant il lance un appel à « fermer les mairies » et demande aux sympathisant d’Union Nazionale « d’occuper les mairies qui ne fermeraient pas ». À ses côtés, Edmond Simeoni lance : « C’était un accord limpide dont nos étions les intermédiaires. Nous nous sommes sentis profondément blessés par cette trahison. Nous emploierons tous les moyens qu’autorise notre conscience. L’enjeu est la perte de 2600 emplois il est temps que tous les Corses se saisissent de cette question. »


Une opération pilotée directement par Matignon

Une opération « parfaitement » réussie, pour la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie ; une « intervention rapide et efficace », selon Nicolas Sarkozy qui a félicité mercredi le GIGN même si ce n’est pas à l’Intérieur que s’est décidée l’opération. Selon des sources militaires recueillies par Libération, l’« assaut à la mer » (nom générique des interventions héliportés pour reprendre le contrôle d’un navire) a été pilotée directement par Matignon avec le préfet maritime de Toulon, qui a rang d’amiral, le commandant des commandos marines et le patron du GIGN. 60 gendarmes ont pris part à l’assaut, le premier du genre en conditions réelles. Parmi eux, 50 hommes du GIGN, soit près de la moitié du groupe d’intervention. 10 gendarmes sont montés à bord en qualité d’Officier de police judiciaire et le commando Hubert de la marine nationale a apporté un soutien logistique sans prendre part directement à l’opération. Bien qu’ils n’aient pas eu besoin d’en faire usage, les militaires ont opéré uniquement avec un arsenal dissuasif, sans arme létale.

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