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Sabine CESSOU | Libération le 29 mars 2007

Les mauvaises mines des retraités hollandais

jeudi 29 mars 2007 par Sabine CESSOU
Des fonds de retraite peu regardants n’hésitent pas à investir dans des entreprises d’armement.

Le retraité néerlandais coulerait-il des jours tranquilles sur le dos des victimes des mines antipersonnel ? La question est au coeur d’un vif débat, aux Pays-Bas, sur les pratiques des caisses de retraite. Ces fonds privés, les plus riches du monde, n’hésitent pas à investir dans les affaires les plus rentables, fussent-elles des fabricants de mines antipersonnel. Pas moins de 229 millions d’euros auraient été placés en 2006 chez des constructeurs américains de bombes à fragmentation, a révélé le 18 mars le programme télévisé Zembla. Le documentaire, diffusé en prime time par la chaîne publique Nederland 3, a provoqué un tollé.

Regret. L’indignation a été d’autant plus forte que les responsables interrogés n’ont pas montré le moindre regret. « Bien sûr, les bombes à fragmentation sont répréhensibles, mais nous n’avons pas de code de conduite interdisant l’investissement dans ces armes », a froidement déclaré Roderick Munsters, directeur du Fonds civil national (ABP), la plus grande caisse de retraite du pays (2,5 millions d’adhérents). Alors qu’un traité des Nations unies vise à éradiquer les mines antipersonnel, le Parlement européen s’est prononcé en 2005 contre les investissements dans des sociétés produisant des mines ou des bombes à fragmentation. « Je ne crois pas que nous ayons des objections de principe contre l’industrie de l’armement », a affirmé de son côté Peter Borgdorff, directeur de l’Association néerlandaise des fonds de retraite (VB). « Si nous maintenons des armées, nous maintenons une industrie de l’armement, a-t-il raisonné. La seule vraie question consiste à savoir si nous voulons investir dans tous les aspects de cette industrie. »

Transparence. Aux Pays-Bas, les caisses de retraite ne sont pas tenues à la plus grande transparence. Leurs rapports annuels n’ont pas à livrer le détail des investissements réalisés. Du coup, les salariés n’ont pas de droit de regard sur l’usage qui est fait de leur argent. Or, les Néerlandais sont obligés de cotiser tout au long de leur carrière à ces fonds privés, qui versent des retraites complémentaires. Ces fonds totalisent entre 625 et 671 milliards d’euros (quatre fois le PNB de la Grèce). Ils aimeraient offrir une image « socialement responsable », mais gardent le profit pour seul credo. Le Fonds de retraite des travailleurs sociaux et des personnels de santé (PGGM), se félicite par exemple d’avoir obtenu un retour de 11 % sur ses investissements en 2006. Zembla a mis jusqu’aux syndicats dans l’embarras, puisqu’ils gèrent ces fonds à parité avec le patronat. Forte de 1,1 million de membres, la Fédération des syndicats néerlandais (FNV) s’est aussitôt disculpée, affirmant que les gérants des fonds issus des syndicats ne pouvaient pas être tenus pour responsables. « Je suis certain que la plupart d’entre eux n’étaient même pas au courant », a affirmé Peter Gortzak, un porte-parole de la FNV. Trois jours après la diffusion du programme sur Nederland 3, les deux plus grandes caisses du pays, ABP et PGGM, ont annoncé leur intention de revoir leur politique.


Un code de bonne éthique

Une campagne intitulée « retraites sans arrière-goût » a été lancée le 20 mars par le Parti socialiste (SP, opposition). Une pétition, déjà signée par plus de 2 000 personnes, exige des fonds de retraite un code de conduite clair et précis. « Nous voulons aussi que la loi leur interdise de placer notre argent dans l’industrie d’armement, l’énergie nucléaire ou des sociétés exploitant le travail des enfants », affirme Krista van Velzen, une députée socialiste.

Apparus dans les années 80, les fonds de retraite néerlandais sont libres d’investir où bon leur semble : dans les actions et l’immobilier, surtout, les secteurs où les retours sur investissements sont les plus importants. Comme en Grande-Bretagne, l’épargne retraite par capitalisation a pris des proportions impressionnantes, et participe allégrement à la mondialisation. Pas moins de 87 % des investissements des fonds de retraite se trouvent à l’étranger 60 % d’entre eux dans des pays non-européens. La part prédominante des capitaux investis en actions et obligations sur différentes places boursières (86 % fin 2005 contre 40 % en 2000) expose les Pays-Bas au risque d’un krach boursier. D’où l’émoi suscité par les récents coups de semonce sur le marché chinois.

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