Liste des auteurs

Entretien réalisé par A.-S. St. Paru dans l’humanité du 20 octobre 2005

« Les médecins refusent que la santé devienne un service marchand »

jeudi 20 octobre 2005 par Anne-Sophie Stamane
Christophe Prudhomme, praticien hospitalier et membre du collectif des médecins de la CGT, décèle une « révolte rentrée » chez les praticiens hospitaliers. Il nous explique les raisons de se mobiliser.

Qu’est-ce qui amène aujourd’hui une partie des praticiens hospitaliers à se joindre à la manifestation ?

Christophe Prudhomme. Ils se mobilisent pour la défense de l’hôpital public. Les médecins expriment une forte inquiétude face aux multiples mesures qui tendent à transformer l’hôpital en entreprise, sur des critères financiers. Pour la plupart, les médecins ont choisi de travailler à l’hôpital pour mettre à distance l’impératif de rendement immédiat. Ceux qui veulent faire du business exercent dans les cliniques. Or avec la nouvelle gouvernance et la tarification à l’activité (système de financement adossé au volume de soins - NDLR), la logique de rentabilité commence à peser à l’hôpital public. Les médecins refusent que la santé devienne un service marchand.

À ce contexte s’ajoutent des menaces claires sur le statut des praticiens hospitaliers.

Christophe Prudhomme. Nous bénéficions jusque-là d’un statut qui fonde notre indépendance d’exercice : les praticiens hospitaliers passent un concours, sont nommés par le ministère ; leur carrière est assurée. Les modifications envisagées par le ministère amoindrissent ces garanties. Les contrats nous seraient désormais proposés par les directeurs d’hôpitaux. Ils fixeraient des objectifs de performance individuelle qui conditionneraient une part variable du salaire. Quant à notre nomination, elle serait entre les mains d’un centre national, chargé de gérer, entre autres, les changements d’affectation des praticiens. La différence avec le système actuel : après deux propositions d’emploi refusées, le praticien serait poussé à la démission, avec une indemnité de départ.

Une réforme du régime de retraite complémentaire, l’IRCANTEC, est également à l’étude. Elle provoque le mécontentement général.

Christophe Prudhomme. L’IRCANTEC est la caisse des non-titulaires de l’État. Les praticiens hospitaliers y sont minoritaires, mais ils y cotisent toute leur carrière, et elle contribue à une part importante de leur retraite. La réforme proposée ferait passer notre taux de remplacement de 65 % à 45 %. Nous contestons d’une part les hypothèses démographiques pessimistes retenues, qui sont contredites par l’INSEE. D’autre part, nous rappelons qu’il y a plus de chances que le nombre de non-titulaires de l’État augmente que l’inverse, ce qui garantit l’abondement de la caisse. Enfin, actuellement, l’IRCANTEC est tellement bénéficiaire qu’elle place en Bourse l’équivalent de deux ans de versements. En tout cas, cette régression, dénoncée d’abord par la CGT, a incité les médecins à ouvrir les yeux sur leurs garanties sociales et à se mobiliser.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !