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Un article de Michel Delberghe paru dans Le Monde du 4 juin 2006

Les médecins sanctionnent la réforme de la "Sécu"

dimanche 4 juin 2006 par Michel Delberghe

Les médecins, généralistes et spécialistes, ont infligé un sévère désaveu aux syndicats qui ont négocié et accompagné la réforme de la Sécurité sociale d’août 2004. Le message de défiance qu’ils ont exprimé à l’occasion des élections professionnelles aux unions régionales des médecins libéraux, dont les résultats ont été connus vendredi 2 juin, s’adresse tout autant aux dirigeants de l’assurance-maladie qu’au gouvernement, promoteur de cette réforme. Pour cette consultation, organisée tous les six ans auprès de 125 000 praticiens, les opposants de la convention de janvier 2005 instituant le parcours de soins coordonné se retrouvent majoritaires.

Principale signataire et interlocutrice privilégiée des pouvoirs publics, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) reste certes la première organisation avec 31 % des voix. Mais chez les généralistes, elle passe de 40,6 % en 2000 à 25,9 % et de 59,3 % à 38,6 % parmi les spécialistes. Le Syndicat des médecins libéraux (SML) n’obtient que 10,4 % chez les généralistes (- 6 %) et chute de 22 % à 15,4 % parmi les spécialistes. Présente dans deux régions, Alliance recueille à peine plus de 1 %.

Le front du refus n’affiche pas pour autant une ligne uniforme. Chez les généralistes, la poussée s’exerce plutôt en faveur des syndicats classés à gauche. MG France (31,2 %) reste stable. Sa branche dissidente récemment constituée, Espace généraliste, recueille 12,4 % des voix.

Avec l’apport des médecins issus des coordinations de 2002 lors de la bataille pour la revalorisation de la consultation à 20 euros, la Fédération des médecins français (FMF) passe de 5 % à 16,3 %. Ce syndicat, qui avait perdu la reconnaissance de sa représentativité, fait surtout une percée importante (35,7 %) et talonne la CSMF chez les spécialistes qui affichent des idées ultralibérales sur l’organisation du système de soins. Le président de la FMF, Jean-Claude Régi, perçoit dans ces élections l’expression d’un "ras le bol" des médecins "transformés en supplétifs des caisses d’assurance-maladie, victimes d’un harcèlement administratif".

Pierre Costes, président de MG France qui a retrouvé la première place chez les généralistes, estime lui aussi que ce vote traduit le "malaise d’une profession, des généralistes comme des spécialistes qui ne s’y retrouvent plus et remettent en cause les modalités de la réforme". Pour lui, le résultat du 2 juin traduit "un vote antibureaucratique, c’est sûr". Principale victime de cette consultation, Michel Chassang, président de la CSMF, considère que la mise en oeuvre des nouveaux dispositifs mal appliqués et l’alourdissement des charges administratives a été "un boulet à tirer. Rien ne nous a été épargné par nos partenaires, les caisses d’assurance-maladie et l’Etat", précise-il.

"BALKANISATION"

Certes par le passé, les organisations qui ont négocié des conventions avec la Sécurité sociale ont toujours été sanctionnées aux élections suivantes. Ce fut le cas en 2000 pour MG France. Cette fois, le vote est surtout marqué par "une balkanisation" du corps médical représenté par une diversité d’organisations. Cet éclatement rend plus complexe la poursuite d’une réforme qui est encore loin d’avoir atteint ses objectifs financiers, comme le soulignait le rapport du comité d’alerte sur l’évolution des dépenses maladie. Quelle que soit leur appartenance, les libéraux ont exprimé leur rejet d’une réforme dont ils seraient les principales victimes, alors qu’elle peine à s’appliquer à l’hôpital.

Pour respecter ses objectifs, la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) n’a plus d’autre interlocuteur que des syndicats minoritaires. Juridiquement, la convention ne paraît pas menacée. Mais la discussion des avenants complémentaires devrait se révéler plus délicate. MG France n’en a pas moins demandé sa dénonciation "sans délai".

Cette élection est surtout une mauvaise nouvelle pour le gouvernement et la droite qui, depuis les effets désastreux du plan Juppé de 1995, ont multiplié les gestes pour se réconcilier avec les médecins. Après le passage de la consultation à 20 euros en 2002, la promesse du relèvement de 1 euro négocié pour le mois d’août est sûrement arrivée trop tard. Les spécialistes ont essentiellement bénéficié de hausses tarifaires importantes en 2005. Mais la mise en place du parcours de soins avec le passage préalable chez le médecin traitant a provoqué des chutes d’activité dans certaines spécialités (ORL, rhumatologie, dermatologie...) qui, selon les praticiens, n’ont pas été compensées. Pour faire passer la contrepartie d’engagements d’économie auprès d’une profession rétive à tout encadrement, le gouvernement a choisi de négocier, en premier lieu avec les seuls médecins, en privilégiant une organisation pour partie désavouée. Visiblement, cette démarche s’est révélée insuffisante au regard du malaise exprimé par une profession en profonde restructuration.

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