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Rosa Moussaoui | l’Humanité du 11.12.2007

Les méfaits du dogme de la « modération salariale »

mardi 11 décembre 2007 par Rosa Moussaoui
ommission européenne . Après le président de la Banque centrale européenne, c’est Bruxelles qui exhorte les salariés à mettre en veilleuse leurs revendications salariales.

La « stabilité des prix », pierre angulaire de la politique économique et monétaire européenne, inscrite dans le traité européen de Lisbonne comme l’un des objectifs de l’Union (article 3-3 du traité sur l’Union européenne), a un coût très concret pour les travailleurs : la « modération salariale ». Au nom de ce principe, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, a mis en garde hier, lors d’une conférence de presse à Madrid, contre toute hausse des rémunérations, source potentielle, selon lui, d’inflation, de ralentissement de la croissance et de hausse du chômage. Augmenter les salaires pour maintenir le pouvoir d’achat dans un contexte d’inflation lié à la hausse des prix des matières premières, au premier rang desquelles le pétrole, entraînerait, selon le commissaire européen, des « effets de second tour », c’est-à-dire une nouvelle hausse des prix. Alors que l’inflation atteint, dans la zone euro, son niveau le plus haut depuis six ans et demi, avec une hausse de 3 % en novembre, la Commission européenne table sur un taux de 2,1 % en 2008. La Banque centrale européenne, elle, estime que ce taux pourrait atteindre l’an prochain 2,5 %. Des estimations qui restent tributaires de « l’impact des chocs externes » comme le prix du baril et celui des aliments, a précisé le commissaire européen. Si les employeurs devaient lâcher du lest sur les salaires, a-t-il prévenu, cela pourrait se traduire par « une situation de stagflation », avec un ralentissement de la croissance doublé d’une accélération de l’inflation. Une démonstration supposée contenir la montée des revendications salariales dans toute l’Europe, qui fait écho à celle de Jean-Claude Trichet la semaine dernière. S’inquiétant, jeudi dernier, lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du conseil de politique monétaire, des « risques inflationnistes » qui guettent selon lui la zone euro, le président de la BCE a jugé « absolument décisif » que les syndicats mettent en veilleuse leurs revendications salariales.

Gardienne de la seule « stabilité des prix », au détriment de la croissance et de l’emploi, la BCE a décidé, le même jour, de maintenir son principal taux directeur à 4 %, après avoir relevé ses taux à huit reprises depuis décembre 2005. Des décisions préjudiciables à l’économie de la zone euro, confrontée au bas niveau du dollar. Transfert par les États-Unis d’une partie des effets de la crise des subprimes sur l’Europe, exportations plombées, menaces de délocalisations en zone dollar : plus que les revendications salariales, c’est bien le dogmatisme de la politique monétaire définie à Francfort qui fait aujourd’hui de l’Europe l’une des lanternes rouges de la croissance mondiale.

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