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SONYA FAURE , LAUREEN ORTIZ | Libération le 16 avril 2008

Les ménages déshabillés par l’envolée des prix

mercredi 16 avril 2008 par Sonya FAURE, Laureen Ortiz
En mars, l’inflation mensuelle a atteint 0,8 %, au plus haut depuis 1987.

Records simultanés du pétrole et des prix à la consommation : nous voilà inexorablement installés dans la spirale des hausses de prix. Hier, tandis que le baril frôlait les 114 dollars à New York, l’Insee a annoncé une inflation en France de 0,8 % en mars (+ 3,2 % sur un an). Du jamais-vu depuis 1987 en termes de progression mensuelle, avec un rythme quatre fois plus soutenu qu’en février.

La surprise n’est pas venue cette fois de l’alimentation, qui enregistre une hausse de 0,4 %, dopée par les produits frais. Les céréales, qui flambent depuis six mois, se calment : elles augmentent deux fois moins en mars (+ 0,8 %) qu’en février (+ 1,6 %). « En réalité, on observe une accumulation de hausses inhabituelles dans les produits manufacturés », analyse Géraldine Seroussi, chef adjointe du département des prix de l’Insee. Un phénomène surprenant : la tendance est traditionnellement à la baisse des prix pour ces produits. Les micro-ordinateurs, par exemple, baissent de 1,1 % en mars (13 % sur un an). Pierre-Olivier Beffy, chef du département conjoncture à l’Insee, explique : « La concurrence est plus vive dans le manufacturé que dans l’alimentaire et les entreprises ont davantage recours aux pays à bas coûts ».

Soldes. Sauf si un effet domino partant des matières premières vient changer la donne. Ainsi, les prix de l’habillement et des chaussures se sont envolés de 6,7 % en mars. L’Insee met cette flambée sur le compte des soldes d’hiver, terminés depuis mi-février. D’autres y voient un signe avant-coureur. « Avec une inquiétude sur leur pouvoir d’achat dans l’alimentaire, les Français réduisent leur consommation de vêtements, qui a chuté en mars de 8 à 12 %, selon les enseignes, par rapport à l’année précédente, explique Franck Delpal, économiste à l’Institut français de la mode. Le secteur réagit à une consommation de plus en plus incertaine en privilégiant des zones d’importation plus proches, comme l’Europe de l’Est et le pourtour méditerranéen, mais plus chères. » Cette stratégie, en cas de consommation en berne, permet de s’adapter aux volumes écoulés. Elle permet aussi de limiter l’impact d’une hausse des tarifs du fret maritime et des coûts de transport.

Coton. Mais les coûts de fabrication triplent. « Un ouvrier textile est payé 0,85 dollar de l’heure en Chine, contre 2,62 au Maroc et 2,96 en Turquie », précise Delpal. Celui-ci évoque une « pression salariale dans les pays émergents, de l’ordre de 10 à 15 %, comme au Vietnam ou en Roumanie ». Sans compter la flambée des matières premières. Le coton, qui sert à fabriquer les vêtements, s’est renchéri de 25 % en deux mois. Les prix de l’énergie se sont aussi envolés en mars (+ 2,7 %), dopés par les produits pétroliers (+ 4,3 %, soit près de 20 % sur un an), qui servent à l’élaboration des tissus synthétiques. Autre victime collatérale : l’horlogerie-bijouterie, frappée par la hausse des métaux, dont les prix ont augmenté de 3,1 % en mars, soit 7 % sur un an. La répercussion est-elle durable ? « Pour l’instant, rien n’est joué », tempère Pierre-Olivier Beffy, de l’Insee.


Le Smic augmenté dans la foulée

Sur la sellette, la revalorisation en cas de forte inflation est automatique.

C’est l’application d’une sorte de mécanisme de crise : à inflation sévère, hausse automatique du Smic. Le salaire minimum sera augmenté de 2,3 % dès le 1er mai. Sans attendre la traditionnelle revalorisation du 1er juillet. Une première depuis 1996. Ce qui ne manque pas d’à-propos, quand on sait que le Smic est dans la ligne de mire du gouvernement…

Plus d’un salarié sur dix est concerné : en tout, plus de 2 millions de personnes verraient leur taux horaire (8,44 euros brut aujourd’hui) augmenter d’environ 20 centimes, selon le gouvernement. La raison est simple : le code du travail prévoit que si l’indice d’inflation de référence dépasse les 2% depuis la dernière augmentation légale, le Smic doit être revalorisé d’autant dès le mois suivant. L’indice sur lequel est annexée la hausse du Smic n’est pas l’inflation pour l’ensemble des ménages, mais une référence tenant compte des habitudes de consommation, hors tabac, des ménages ouvriers et employés : le poste nourriture, par exemple, pèse plus dans le budget de ces salariés, que dans celui des cadres sup. L’augmentation du 1er mai sera un brin plus forte que celle du 1er juillet dernier (2,1 %) quand le gouvernement avait refusé de donner un « coup de pouce » au Smic et s’était borné à la stricte application de l’indexation sur les prix.

Mais le mode de calcul du salaire minimum risque d’être très prochainement revu. Dernière attaque en date, un rapport du CAE, le Conseil d’analyse économique (qui devrait paraître avant l’été mais a déjà fuité). Il estimerait que « le salaire minimum n’est pas un instrument efficace de lutte contre les inégalités ». Il nuirait au dialogue social et comprimerait les salaires. En clair : quand le Smic augmente, il n’entraîne pas les bas salaires. D’où l’écrasement de la grille. Le CAE préconiserait notamment de ne plus annexer la hausse du Smic sur les budgets ouvriers. Le gouvernement a déjà annoncé vouloir créer une « une commission indépendante d’experts […] qui émettrait des recommandations sur les évolutions souhaitables du salaire minimum sur la base d’une analyse approfondie ».

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