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Propos recueillis par Christelle Chabaud parus dans L’Humanité du 23 janvier 2006

« Les mobilisations font reculer les patrons »

lundi 23 janvier 2006 par Christelle Chabaud
La CGT agroalimentaire ouvre son congrès aujourd’hui. Entretien avec son secrétaire, Jean-Luc Bindel.

Depuis 2004, les salariés marseillais de Saint-Menet parviennent à tenir tête à Nestlé. Quelles leçons tirer ?

Jean-Luc Bindel. La leçon essentielle, c’est que les mobilisations permettent de faire reculer les patrons, y compris ceux d’une multinationale, sur l’avenir industriel et les dimensions sociales. De Lustucru à Flodor, de Yoplait à Entremont, de la volaille aux groupes Danone et Unilever, les syndicats agissent contre les politiques patronales de délocalisation et pour des politiques économiques permettant le développement des emplois. Les luttes portent l’exigence de véritables politiques industrielles et d’une réelle maîtrise nationale et populaire s’appuyant sur les atouts agricoles et alimentaires de la France. Nos syndicats avancent avec force des revendications sociales, en exigeant 200 euros d’augmentation immédiate et des grilles conventionnelles à 1 600 euros minimum.

La France est le premier exportateur de produits alimentaires et le second en produits agricoles. C’est dire les enjeux de ces secteurs pour notre pays. Or des salaires très faibles, une précarité généralisée, un taux particulièrement élevé d’accidents du travail et de maladies professionnelles sont désormais la norme pour les salariés. De plus en plus nombreux sont les salariés qui refusent les politiques patronales et qui exigent des réponses à leurs besoins et revendications. L’alimentation est vitale. Emerge le rejet massif de son accaparement par quelques-uns.

Un accord de l’OMC prévoit l’arrêt du financement des exportations en 2013. Cela va-t-il avoir un impact sur votre secteur d’activité ?

Jean-Luc Bindel. En termes agricoles et alimentaires, l’accord de Hongkong met en cause notre souveraineté alimentaire comme celle de nombreux peuples du monde. L’Europe a entraîné la France dans sa capitulation. Elle offre, au nom de marchandages nauséabonds, l’arme alimentaire à l’impérialisme américain et aux sociétés transnationales. Laisser croire que l’arrêt des aides à l’agriculture permettrait aux pays en voie de développement d’accéder aux marchés internationaux est une supercherie. La FAO, elle-même, reconnaît l’inconséquence de cette thèse. Les oppositions montent de partout. Sur le coton, qui semblait pourtant avoir fait l’objet d’un compromis, les paysans africains rejettent ce marché de dupes. De plus personne ne peut ignorer que dans le domaine agricole les écarts de productivité peuvent atteindre de 1 à 2 000 entre les agricultures capitalistes et les agricultures de l’immense majorité des pays du monde. Ces décisions inscrivent l’agriculture et l’agroalimentaire dans la mondialisation capitaliste. L’indépendance alimentaire des peuples est bradée. En fait, ce que visent les multinationales c’est un approvisionnement en matières premières au moindre coût. Les premières victimes en seront les salariés et les petits agriculteurs de la planète.

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