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Thomas Lemahieu | L’Humanité du 30 mars 2007

Les oubliés de l’« emploi inadéquat »

vendredi 30 mars 2007 par Thomas Le mahieu
Près de 11,5 millions de salariés travaillent, selon le collectif ACDC, dans des conditions invivables : bas salaires, contrats précaires, sous-emploi.

Constitué il y a quelques mois afin d’aiguillonner le débat public sur les politiques de l’emploi, le collectif Autres chiffres du chômage (ACDC), qui rassemble chercheurs en sciences sociales, économistes, responsables syndicaux de l’ANPE et de l’UNEDIC et représentants des mouvements de chômeurs, tenait, hier matin, sa quatrième conférence de presse à Paris. Après avoir démonté, lors des précédents rendez-vous, les manipulations statistiques qui conduisent à une baisse du chômage en trompe-l’oeil, ACDC s’est attaqué au continent englouti - faute d’indicateurs dans les études officielles de l’Insee sur « le » chiffre du chômage - des personnes se trouvant dans des situations d’« emploi inadéquat » au sens du Bureau international du travail (BIT) : ce sont les salariés qui touchent de très bas salaires (3,8 millions de salariés touchent moins de 818 euros par mois en 2005), ceux qui ont des contrats précaires (2,7 millions), ceux qui, déclassés ou en recherche d’un « vrai » boulot, subissent des formes de sous-emploi de leurs qualifications ou de leurs capacités (3 millions qui sont inscrits à l’ANPE ou qui déclarent rechercher un autre emploi, plus 2,6 millions de salariés déclassés) et, enfin, ceux qui se retrouvent dans des situations de travail insoutenable (4,3 millions qui bossent de nuit ou plus de 44 heures par semaine)

On le voit, le résultat de cette première estimation de l’« emploi inadéquat » pour la France est proprement accablant : en 2005, au total et en tenant compte du fait que certains peuvent cumuler les conditions de bas salaires et de contrats précaires, 11,4 millions de salariés occupent, d’après les études réalisées par ACDC, des « emplois inadéquats » et, en ajoutant les 2,6 millions de chômeurs, on atteint donc les 14 millions de personnes, soit 51 % de la population active.

Dans ces circonstances, ACDC propose de bâtir de nouveaux indicateurs qui permettraient de « favoriser des politiques nouvelles visant à la fois à réduire le chômage et à améliorer la qualité de l’emploi ». « Depuis des années, au nom de la lutte contre le chômage, on a aggravé le niveau de l’emploi inadéquat à travers des politiques publiques d’exonérations de cotisations sur les bas salaires et les temps partiels, dénonce Thomas Coutrot. Dès lors, il n’est guère étonnant que l’opinion publique soit sceptique face aux annonces de baisse du taux de chômage. C’était déjà le cas en 2000-2001 quand le gouvernement Jospin pouvait se prévaloir d’un réel recul du chômage au sens du BIT, mais comme l’emploi inadéquat n’avait cessé de progresser, on avait surestimé l’amélioration du marché du travail faute d’indicateurs fiables. C’est encore plus le cas aujourd’hui, avec la baisse, fictive cette fois, du chômage... »

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