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Un article de Thomas Lemahieu paru dans L’Humanité du 19 mars 2005

Les patrons européens votent « oui »

lundi 21 mars 2005 par Thomas Le mahieu
Alors qu’Ernest-Antoine Seillière en prend la tête, le patronat européen se réjouit par avance de l’adoption d’une constitution européenne « hautement compétitive » pour l’Union.

Ce n’est qu’un au revoir, mais il est solennel et révélateur : en ouverture de sa conférence de presse, mardi dernier, juste avant d’adresser son bras d’honneur aux salariés smicardisés et sous-smicardisés de tout le pays, Ernest-Antoine Sei-llière annonce qu’il sera élu lundi à la tête de l’Union des industries de la communauté européenne (UNICE), organisation qui est, selon son slogan, « the voice of business in Europe », « la voix des affaires en Europe ». « À un moment, précise-t-il, où l’Europe pourrait faire un pas en avant si l’ensemble des consultations sur la constitution connaissait une issue positive, ou à un moment où l’Europe subirait en quelque sorte un coup d’arrêt si, ici ou là, il y avait un empêchement pour adopter la constitution, le fait que l’on ait souhaité que le président français du MEDEF prenne cette fonction de président du patronat européen peut repré-senter une position, je crois, intéressante. »

Dans le monde du baron, les choses deviennent sim-ples : l’issue du référendum sur la constitution européenne, ce sera un « pas en avant » ou un « coup d’arrêt ». Mais un « pas en avant » vers quoi ? Et un « coup d’arrêt » à quoi ? Cela, Ernest-Antoine Seillière se garde, avec une constance exemplaire, de le dire en France. Heureusement, à Bruxelles, « l’UNICE, la voix des affaires en Europe », est plus loquace, beaucoup plus, et même sans doute trop pour ces malheureux partisans de la constitution européenne, déjà accablés par les « mala-dresses » de la Commission, qui prétendent que le « oui » de gauche existe, qu’ils l’ont rencontré. En vérité, au train où vont les choses, avec le cours néolibéral de la construction européenne en passe d’être constitutionnalisé, Ernest-Antoine Seillière devrait pouvoir à Bruxelles ranger ses habits de « tueur », ceux qu’il avait endossés en 1997 en arrivant à la présidence du MEDEF, quand la gauche engageait la France sur la voie de la réduction du temps de travail.

La présidence de l’UNICE, une retraite au soleil pour Seillière ? Que faire d’autre sinon applaudir à tout rompre devant le travail de sape du modèle social européen, abattu par la Commission et par le Conseil des chefs d’État et de gouvernement, et cristallisé dans le projet de traité constitutionnel européen ? La preuve par les textes : dans les documents à usage interne de l’UNICE dont l’Humanité hebdo publie aujourd’hui de larges extraits , ce n’est plus un « oui » que le patronat européen lance à la constitution européenne, c’est un « oooouuuuiiii » ! Raison de plus pour voter « nnnnoooonnnn », non ?

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