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Olivier Truc | Le Monde le 30 novembre 2006

Les pays baltes brisent leur isolement énergétique

samedi 30 décembre 2006 par Olivier Truc

Quinze ans après avoir arraché leur indépendance à l’Union soviétique, les pays baltes viennent seulement de se désenclaver de la Russie sur le plan énergétique. C’est l’Estonie, le plus septentrional des trois Etats Baltes, qui a franchi la première ce pas très symbolique en étant désormais reliée à la Finlande - et donc au reste de l’Europe - par un câble sous-marin électrique à très haute tension. Ce câble, de 105 kilomètres et d’une capacité de 350 MWh pour un coût de 110 millions d’euros, est entré en fonction le 4 décembre. Les Estoniens espèrent en porter à terme la capacité à 1 000 MWh.

A peine quelques jours plus tard, la Lituanie, le plus méridional des pays Baltes, lui a fait écho en signant un accord avec la Pologne voisine pour établir une jonction équivalente vers le sud, d’une capacité de 1 000 MWh. Les Polonais ont obtenu en échange l’assurance verbale qu’ils pourraient devenir partenaires à hauteur de 25 % du projet de centrale nucléaire que les trois Etats baltes souhaitent construire.

Avec ce projet, les Baltes veulent compenser la fermeture en 2009 de la centrale lituanienne d’Ignalina, qui augmenterait beaucoup leur dépendance à l’électricité russe. Jusque-là, les trois pays baltes, anciennes républiques soviétiques, n’étaient reliés qu’entre eux, à la Russie et à la Biélorussie, demeurant ainsi déconnectées de l’Union européenne. Une situation inconfortable même si, ensemble, les Baltes sont autosuffisants pour la production d’électricité.

"Les pays baltes étaient une île sur le plan de l’énergie", commente Toomas Hendrik Ilves, président estonien. "C’est une question de sécurité, et pas seulement au sens politique, insiste Maart Laar, ancien premier ministre, qui avait lancé le projet. Le secteur électrique russe fait face à d’énormes problèmes car ils (les Russes) n’investissent pas. S’il y a un problème chez eux, cela aura des conséquences chez nous."

L’idée de rattacher les réseaux baltes au reste de l’Europe n’est pourtant pas neuve. "Elle est née au lendemain de l’indépendance de nos pays, dès 1991. Mais il n’y avait tout simplement pas d’argent pour ça à cette époque", note Indrek Aarna, PDG de Nordic Energy Link, la compagnie opératrice du câble Estlink, dont le principal actionnaire est la société publique estonienne d’énergie Eesti Energia. Les autres partenaires sont les Lettons, les Lituaniens, et dans une moindre mesure les Finlandais.

"POLITIQUE COMMUNE"

Pour ces derniers, ce câble signifie l’accès à une électricité meilleur marché. Cette perspective pourrait aussi séduire les Suédois alors que les Baltes souhaitent parfaire leur connectivité européenne avec un câble sous-marin vers la côte suédoise. Vues de Tallinn, l’entrée en fonction d’Estlink et sa connexion au réseau européen via la Finlande ne peuvent être toutefois qu’un premier pas. "Cette intégration est le premier pas pour que l’Estonie contribue, comme je le souhaite, au développement d’une politique commune de l’énergie dans l’Union européenne", affirme le président Ilves. D’où son inquiétude que "la France et l’Allemagne ne souhaitent pas libéraliser leur marché de l’énergie. Car à moins de libéraliser votre marché de l’énergie, vous ne pouvez pas avoir de politique commune de l’énergie, poursuit-il. L’Europe devrait réaliser qu’avec l’approche de la Russie - de bons contrats avec certains pays et de mauvais contrats avec d’autres pays - nous avons besoin d’une politique commune de l’énergie, ce qui signifie que nous devons libéraliser certains secteurs, pour notre sécurité".

Les Baltes sont d’autant plus conscients de cet aspect que, si ensemble ils sont exportateurs net d’électricité tant que le second réacteur d’Ignalina fonctionne, ils importent en revanche leur gaz de Russie. Or selon l’annonce faite par Gazprom il y a trois semaines, les prix pour les Baltes augmenteraient de 30 % à 57 % en 2007. Une augmentation coup de poing que les Baltes, fervents partisans de l’économie de marché, doivent se résoudre à accepter sans protester.

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