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Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 15.10.06

Les pays de l’OCDE consomment moins de pétrole

dimanche 15 octobre 2006 par Jean-Michel Bezat

C’est une première depuis vingt ans : alors que la croissance mondiale est soutenue, les pays développés commencent à réduire leur consommation de pétrole.

Dans son dernier rapport mensuel, publié mercredi 11 octobre, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) note que la demande de pétrole dans la zone OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) devrait reculer de 0,2 % en 2006 et ne progresser que de 0,5 % l’an prochain. Pour cette année, cette baisse est certes faible - cela représente 100 000 barils en moins sur une consommation de près de 50 millions de barils par jour -, mais symbolique.

L’Agence invoque le ralentissement américain et note surtout que les prix ont poussé certains consommateurs (notamment outre-Atlantique) à se tourner vers le gaz, le substitut le moins cher au pétrole. Partisan d’une "modération de la demande pétrolière" pour utiliser au mieux les réserves, le PDG de Total, Thierry Desmarest, constate un net ralentissement de la demande depuis le début de l’année, "et même une croissance zéro aux Etats-Unis".

Pour autant, la progression de la demande mondiale (aujourd’hui de 85 millions de barils par jour) restera tirée par le Moyen-Orient, l’Inde et surtout la Chine, devenue le deuxième consommateur mondial de brut. Au total, selon l’AIE, elle devrait progresser de 1,2 % cette année (1,03 million de barils) et de 1,7 % l’an prochain (1,45 million).

DIFFICILES MARCHANDAGES

Dans ce contexte, malgré la baisse actuelle, le prix du baril reste à des niveaux élevés. Et il pourrait même remonter à l’approche de l’hiver. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ne compte en tout cas pas rester inactive face au recul des cours. Elle a décidé de ne pas attendre sa réunion ordinaire, prévue le 14 décembre à Abuja (Nigeria), pour agir.

Ses pays membres pourraient se réunir à Doha (Qatar), vendredi 20 octobre, pour entériner une baisse de production de 1 million de barils par jour sur un quota officiel de 28 millions. Puis début novembre à Vienne, au siège du cartel, pour en fixer les modalités.

Obtenu il y a quelques jours par le président en exercice du cartel, le Nigérian Edmund Daukoru, ce consensus pour réduire la production a été sans effets sur les cours : ils sont tombés autour de 58 dollars en fin de semaine pour les livraisons de novembre du brent ( mer du Nord) ou du light sweet crude américain - soit 20 dollars de moins que le record enregistré le 8 août.

Cette baisse de la production - sans doute effective le 1er décembre, selon le ministre vénézuélien du pétrole - serait la première depuis avril 2004. Mais, pour les partenaires de l’OPEP, la tâche la plus délicate politiquement est de répartir l’effort entre ses dix membres concernés, puisque l’Irak est pour l’heure exclue du système des quotas.

Une opération qui donne lieu à de difficiles marchandages au sein du cartel. Actuellement, plusieurs pays produisent plus que leur quote-part (Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes unis, Qatar) et d’autres moins (Venezuela, Iran, Nigeria, Indonésie), tandis que certains (Algérie, Libye) les dépassent déjà largement et cherchent à obtenir des "droits de tirage" plus importants.

Dès lors, sur quelle base calculer cette baisse ? Le quota officiel, favorisant ceux qui pompent moins que leur quota ? Ou la production réelle, ce qui avantage ceux qui produisent au-delà ? "L’OPEP est près de s’entendre sur qui réduit quoi comparé à la production réelle", a indiqué un de ses responsables, vendredi, à l’AFP.

L’AIE constate que "les quotas individuels ont été largement ignorés ces derniers mois". Et l’OPEP produit finalement 500 000 barils de moins que son plafond officiel de 28 millions arrêté en juillet 2005, sans que l’économie mondiale souffre pour autant d’un manque d’approvisionnements.

A cela s’ajoutent des situations politiques et économiques différentes suivant les membres du cartel. Des pays peuplés comme l’Iran, le Nigeria et le Venezuela, certes favorables à des baisses de production pour redresser les cours, sont aussi avides de pétrodollars pour assurer des fins de mois difficiles et financer de coûteux programmes sociaux. Alors que l’OPEP a renoncé depuis trois ans à fixer une fourchette de prix, ils s’inquiètent de l’évolution des cours et militent pour un prix plancher élevé. Le Venezuela d’Hugo Chavez estime qu’il ne devrait pas être inférieur à 60 dollars.

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