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JeanChristophe le Duigou au Figaro :

« Les personnels de l’entreprise publique ne sont pas achetables »

lundi 14 juin 2004 par Jean-Christophe Le Duigou, Frédéric de Monicault
Propos recueillis par Frédéric de Monicault [14 juin 2004]

LE FIGARO ÉCONOMIE. - Le débat parlementaire relatif au changement de statut d’EDF-GDF s’engage demain. Compte tenu de vos positions, ne considérez-vous pas que l’évolution des deux entreprises a désormais toutes les chances d’être officialisée ?

Jean-Christophe LE DUIGOU. - Il n’y a rien de fatal. Tant que le débat parlementaire n’est pas terminé et tant que la discussion au Sénat ne s’est pas engagée, la possibilité existe toujours de revoir le contenu du projet de loi. Nous croyons d’autant plus à cette révision que de plus en plus de gens constatent que, à part le changement de statut et l’ouverture du capital, aucune autre solution n’a réellement été étudiée. Dans ces conditions, il est nécessaire de se donner du temps pour trancher en toute connaissance de cause.

Le scénario selon lequel le gouvernement, après avoir changé le statut, attendrait au moins un an avant d’ouvrir le capital d’EDF pourrait-il faire fléchir votre détermination ?

La non-ouverture du capital d’EDF est effectivement un élément décisif, dans la mesure où nous avons toujours rejeté vigoureusement cette option. Cependant, au nom de quoi cette ouverture serait-elle plus acceptable dans un an ? Nous ne voyons pas très bien comment un simple changement de calendrier peut changer la donne. En tout état de cause, nous serons très attentifs au propos du ministre en ouverture du débat.

Pour s’opposer à l’évolution d’EDF-GDF, la CGT a entrepris un certain nombre d’actions de grande ampleur, comme la coupure du réseau de la gare Saint-Lazare. Cautionnez-vous ces mouvements de protestation ?

Depuis le début de l’année, nous avons mené des actions diversifiées, parmi lesquelles des coupures ciblées. Notre fédération assume ce qui s’est passé. Mais il n’est aucunement dans nos intentions de plonger la France dans le noir. De même, nous considérons la compréhension des usagers comme primordiale. Nous voulons leur faire comprendre qu’il s’agit de notre part non pas d’une bataille corporatiste, mais bien d’une véritable défense d’un service public essentiel à la cohésion sociale et à l’emploi industriel.

Que répondez-vous à ceux qui disent que le contact est rompu entre les dirigeants de la CGT, plus enclins à négocier avec le gouvernement, et une base « jusqu’au-boutiste » ?

Je crois avant tout que la volonté du gouvernement de passer en force a créé un sentiment d’exaspération partagé par tous. Partant de là, nous sommes tous d’accord pour rejeter toute ouverture du capital, mais aussi pour proposer d’autres pistes de réflexion.

Le gouvernement avance plusieurs obligations pour changer le statut d’EDF-GDF. Réfutez-vous tous ses arguments ?

Le gouvernement met principalement en avant trois contraintes : la pression de Bruxelles, d’une part, l’exigence de diversifications des activités d’EDF-GDF, ensuite, enfin, la nécessité de trouver de nouvelles sources de financement. Ces prétendues obligations ne résistent pas à l’examen. S’agissant de la Commission européenne, Mario Monti ne dispose d’aucun pouvoir pour contraindre EDF et Gaz de France à se transformer en société anonyme. Sur la diversification des activités, jusqu’à preuve du contraire, le statut d’Epic de la SNCF ne l’empêche pas d’être le premier transporteur routier en France. Quant aux besoins en financement, il faudrait d’abord se demander à quoi vont servir ces investissements : s’il s’agit de prendre des positions à fort prix à l’étranger, il me semble qu’EDF s’est déjà suffisamment fourvoyé. Par ailleurs, on sait bien que l’irruption de nouveaux actionnaires se solderait par une exigence de rentabilité peu compatible avec tous les enjeux industriels que doit assumer EDF.

Précisément, si EDF n’a pas la possibilité d’aller sur le marché ou de bénéficier du concours de grands actionnaires, comment l’entreprise peut-elle financer son développement ?

Arrêtons avec les dogmes ! La situation d’EDF, à long terme, n’est pas catastrophique. L’entreprise génère chaque année entre 7 et 8 milliards d’euros de cash-flow. N’allons pas hypothéquer ces sommes pour couvrir des problèmes de liquidités à court terme. S’acheter à prix d’or des parts de marchés ne répond nullement aux besoins européens d’investissement de production et de transport. Faut-il pour cela vendre les « bijoux de famille » ? Enfin, s’il y a besoin de ressources complémentaires, je suis sûr que, si l’Etat proposait aux Français de souscrire un emprunt dans le cadre du développement d’EDF et de Gaz de France, ceux-ci répondraient massivement.

Le schéma d’une fusion entre EDF et Gaz de France est-il une alternative au changement de statut que vous préconisez ?

S’il y a une certitude, c’est bien que la concurrence entre EDF et Gaz de France s’annonce extrêmement risquée pour les deux entreprises. Elles vont l’une et l’autre dépenser des milliards d’euros pour s’affronter, alors que le principe d’un rapprochement obéirait à une bien plus grande rationalité.

Tout au long des dernières semaines, le gouvernement a consenti un certain nombre de concessions en faveur des agents d’EDF-GDF. Ont-elles été à ce point insuffisantes pour que la CGT manifeste autant de détermination contre l’évolution des entreprises ?

Nous sommes en présence de deux dossiers bien spécifiques : d’un côté, le projet d’ouverture du capital d’EDF-GDF, de l’autre, un dialogue social touchant à l’avenir statutaire des agents. Les deux dossiers sont donc fondamentalement différents. Mais, dans son désir de passer en force, le gouvernement a mêlé les deux approches, croyant qu’il obtiendrait un compromis sur le changement de statut en échange de quelques concessions sociales. Or, que ce soit bien clair une bonne fois pour toutes, les personnels d’EDF-GDF ne sont ni à vendre ni à acheter.

Si le changement de statut d’EDF-GDF devait être acté avant le 31 juillet, comme le prévoit le ministre de l’Economie, parleriez-vous de rude défaite pour la CGT ?

Je ne crois pas qu’une telle issue stopperait le mouvement revendicatif. Nous continuerions à nous opposer à l’ouverture du capital.

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