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Un article de Frédéric de Monicault paru dans Le Figaro du 5 mai 2006

Les prix de l’électricité, l’autre enjeu du nucléaire

vendredi 5 mai 2006 par Frédéric de Monicault
Le lancement de l’EPR coïncide avec une polémique sur les prix de l’électricité. Certains dénoncent une rente du nucléaire qui ne bénéficierait pas à ses clients.

DÉCIDÉMENT, le nucléaire est un sujet très sensible. A l’heure où EDF donne son coup d’envoi à l’EPR, le nouveau programme nucléaire français, une polémique enfle à toute vitesse. C’est celle des prix de l’électricité.

Et pour cause. La flambée du baril de pétrole et des prix du gaz renforcent, semaine après semaine, la compétitivité de la filière de l’atome. De fait, un pays comme l’Italie - qui produit l’essentiel de son électricité à partir du pétrole -, voit sa facture énergétique grimper dans des proportions sans précédent. Alors que la France, dont le parc nucléaire français, unique au monde, est largement amorti, produit le kilowattheure le moins cher d’Europe. Et pourtant, pour certains clients d’EDF, la note s’est alourdie dangereusement.

Mardi dernier, Pierre Méhaignerie, le président UMP de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, a ainsi dénoncé une hausse de 80% des prix de l’électricité pour de nombreuses PMI. « Soit des majorations, dans certains cas, allant jusqu’à 800 000 euros par an. »

La libéralisation du marché de l’énergie

Une situation qu’il juge intolérable, mais dont il connaît aussi l’origine : la libéralisation du marché de l’énergie. Depuis 2000, les grandes entreprises françaises ont la possibilité de sortir des tarifs réglementés en matière d’électricité pour se fournir au prix de marché. A l’époque avec un baril à 15 dollars, c’était une aubaine d’autant que l’Europe était surcapacitaire en matière électrique et que les opérateurs cherchaient à gagner de nouveaux clients.

Le hic, c’est que la tendance s’est inversée. Ces entreprises paient aujourd’hui cette sortie, car les prix de marché sont désormais bien plus élevés que les prix régulés. Et les règles claires : la loi stipule que les professionnels, une fois sortis du giron du « régulé », ne peuvent plus y revenir.

« La situation fait que les prix de l’électricité sont basés non pas sur le prix de l’énergie nucléaire, mais sur les prix inflationnistes du gaz et du pétrole. La rente nucléaire d’EDF ne bénéficie pas aux petites et moyennes industries, pourtant si capitales pour le développement de l’emploi », s’insurge Pierre Méhaignerie. De quoi, à ses yeux, altérer très sérieusement la perception du nucléaire auprès de l’opinion publique.

Changement des règles européennes

Pour remédier à la situation, Pierre Méhaignerie, qui a saisi à la fois Thierry Breton, le ministre de l’Économie, et François Loos, le ministre délégué à l’Industrie, envisage une triple solution : « Soit un arrangement à l’amiable entre EDF et les PMI, soit de véritables négociations commerciales, soit, enfin, si ces deux pistes n’aboutissent pas, la possibilité d’un plafonnement législatif des prix de l’électricité. »

L’ancien ministre est donc favorable à un réaménagement des règles européennes sur la fixation des prix de l’électricité pour les entreprises. Une telle option est délicate. Elle est de nature à soulever les critiques de Bruxelles, ainsi que celle des concurrents d’EDF qui se verraient, faute d’un parc nucléaire offrant la même compétitivité que EDF, dans l’impossibilité de décrocher des clients français.

Conscient de cette polémique, EDF ne veut pas se réfugier derrière la simple loi du marché synonyme le plus souvent de variations de prix. Le groupe préfère insister sur l’augmentation des coûts environnementaux, sur la fin des surcapacités de production en Europe ainsi que sur la hausse du prix de revient des outils de production européens toutes énergies confondues : soit trois phénomènes qui impactent directement les prix de l’électricité.

Dans le même temps, EDF met en exergue son portefeuille de 26 millions de clients particuliers qui profitent d’un prix de l’électricité inférieur de 20% à celui pratiqué en Italie et Allemagne. Une situation vouée à perdurer puisque, dans le cadre du contrat de service public signé avec l’Etat, l’entreprise s’est engagée à ce que les tarifs pour les particuliers n’évoluent pas plus vite que le rythme de l’inflation.

Enfin, l’entreprise ne veut pas rogner sur ses marges, encouragée en cela par les investisseurs : EDF est une entreprise cotée en Bourse.

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