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Un article de Hervé Rousseau paru dans Le Figaro du 21 juin 2006

Les riches, toujours plus riches et plus nombreux

mercredi 21 juin 2006 par Hervé Rousseau
En dix ans, le nombre de millionnaires en dollars a plus que doublé dans le monde. Si les fortunes stagnent en Europe, d’autres se font en Asie et en Amérique latine.

LAKSHMI MITTAL, pratiquement inconnu du grand public français en 2005, s’est révélé en janvier dernier en lançant une OPA hostile sur un fleuron européen, Arcelor. Le magnat indien de l’acier est classé cinquième fortune mondiale par le magazine américain Forbes. Toujours selon Forbes, la troisième fortune est mexicaine : Carlos Slim Helu, 66 ans, roi des télécom en Amérique latine. Deux « tycoon » qui ont en commun d’avoir fait fortune dans le Nouveau Monde. Ils seraient les éclaireurs d’une vague de fortunes rapides construites dans les pays émergents, comme le confirme la dixième enquête annuelle menée par Merrill Lynch et Capgemini Consulting sur les millionnaires.

En dix ans, dans le monde, le nombre de millionnaires en dollars [1] a pratiquement doublé. « Ce club compte aujourd’hui 8,7 millions de membres et contrôle près du quart de la richesse mondiale », explique Gilles Dard, président de Merrill Lynch SAS, et responsable des activités de banque privée. « L’an dernier, il a accueilli 500 000 nouveaux élus, soit 7,6% de plus qu’en 2004. » En moyenne depuis 10 ans, « la population des gens fortunés grimpe au rythme de 8% par an, huit fois plus vite que la population mondiale », souligne François Brunier, directeur chez Capgemini Consulting. Dans le même temps, leur fortune a également plus que doublé : aujourd’hui, ces « happy few » « détiennent collectivement sous forme d’actifs financiers 33 300 milliards de dollars, soit 8,5% de plus qu’il y a un an », poursuit François Brunier. En moyenne, chacun d’entre eux est à la tête d’un patrimoine financier d’un peu plus de 3,8 millions de dollars.

Pour faire fortune rapidement mettez le cap sur l’Amérique latine, l’Asie Pacifique ou le Moyen-Orient. Championne mondiale des fortunes éclairs : la Corée du Sud. Le nombre de millionnaires y a fait un bond de 21,3% l’an dernier. Derrière elle, l’Inde (+ 19,3%), la Russie (+ 17,4%), l’Afrique du Sud (+ 15,9%) et l’Indonésie (+ 14,7%) ont peu à lui envier.

Croissance forte et actions en hausse

Si Bill Gates reste accroché à la première marche du podium mondial, avec une fortune estimée à plus de 50 milliards de dollars, l’Amérique latine est un vivier de grosses fortunes. Au Brésil, au Mexique ou en Argentine, 2,4% des millionnaires sont des « ultrariches », à la tête d’un patrimoine évalué à plus de 30 millions de dollars chacun. L’Afrique et ses fabuleux gisements de matières premières compte aussi une population non négligeable d’ultrariches (1,9%). Dans tous les cas, les deux moteurs de la fortune sont « la dynamique de la croissance et l’évolution des performances boursières. En Inde, les marchés financiers ont gagné 42% l’an dernier, et plus de 80% en Corée du Sud », souligne François Brunier.

Et si l’Amérique n’a pas enregistré un tel boom de ses marchés financiers en 2005, l’enrichissement immobilier a certainement contribué à hisser le pays à la première place du palmarès mondial des millionnaires. Avec 2,9 millions d’heureux élus, les États-Unis dépassent la très grande Europe, incluant la Russie (2,8 millions). L’Europe marque en effet le pas avec une croissance de 4,5% seulement du nombre de ses millionnaires. En richesse globale le Vieux Continent conserve néanmoins sa place de numéro un avec 10 200 milliards de dollars accumulés dans les bas de laine dorés.

Investissement à l’étranger

Mais que font-ils tous de tant argent ? Aux États-Unis, le placement préféré des plus riches reste les actions (43% des portefeuilles) et les obligations (27%). L’Europe marque un goût prononcé pour la pierre papier qui représente 24% des portefeuilles contre seulement 12% aux Etats-Unis. Les Français, par exemple, qui font souvent fortune grâce à leur propre entreprise sont déjà fortement exposés aux actions par leur activité professionnelle. « Il est donc naturel qu’ils souhaitent sécuriser le patrimoine dont ils disposent par ailleurs », explique le président de Merrill Lynch SAS. En revanche, comme partout, « ils sont de plus en plus au fait des produits et des techniques financières et n’hésitent pas à investir à l’étranger et notamment dans les pays émergents ou dans le private equity mais toujours en mesurant leur prise de risque », explique de son côté Étienne Barel, directeur de la gestion de fortune chez BNP Paribas. Les produits alternatifs font d’ailleurs une véritable percée. Ils représentent désormais 22% des portefeuilles à l’échelle mondiale contre seulement 10% en 2002. Les actions gagnent également du terrain (31% contre 20% en 2002) au détriment des produits à revenus fixes, obligations et dépôts à court terme.


En France, un formidable réservoir de grandes fortunes

À première vue, il ne fait pas bon être riche en France. Croissance anémique, fiscalité : les Français à la tête d’un patrimoine financier de plus d’un million de dollars (environ 796 000 euros) sont aujourd’hui 367 000, soit seulement 3,5% de plus qu’en 2004. Pour autant, la France reste, en nombre de millionnaires, cinquième du palmarès mondial derrière les États-Unis, le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni, devant la Chine. Ensemble, « les Français les plus fortunés détiennent l’équivalent de 1 450 milliards de dollars, un montant qui a grimpé de 4,2% en un an » explique François Brunier, directeur de Capgemini Consulting.

« Dans la majorité des cas, ils s’enrichissent grâce à la cession ou la possession d’une entreprise », explique Gilles Dard de Merrill Lynch. Contre bien des idées reçues, en France la fortune est rarement héritée : moins de 20% des cas, contre près de 30% au Moyen-Orient. Cette capacité des Français à entreprendre représente d’ailleurs un phénoménal réservoir de richesse.

« Dans les secteurs de la franchise, de la grande distribution ou encore des hautes technologies, il n’est pas rare de voir des entreprises réalisant de 10 à 30 millions d’euros de ventes être cédées sur la base d’un à deux ans de chiffre d’affaires », explique Gilles Dard. « Avec à la clé pour ces entrepreneurs des chèques pouvant aller de 10 millions d’euros à 60 millions d’euros. »

[1] Patrimoine financier, hors résidence principale.

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