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Paule Masson | L’Humanité du 25.06.2008

Les salaires, première cause de conflit

mercredi 25 juin 2008 par Paule Masson
Selon le bilan annuel de la négociation collective, les salaires demeurent le principal thème de négociation dans le secteur privé. La principale source de tension, aussi.

Depuis plusieurs années, la question des salaires représente le principal motif de négociations dans les entreprises du secteur privé. Elle est aussi à l’origine de la plupart des conflits et, depuis quelque temps, même quand est intervenu un accord. Selon le bilan annuel de la négociation collective, présenté hier par le ministère du travail aux partenaires sociaux, 2007 n’a pas dérogé à la règle. Les salaires demeurent, comme en 2006, en 2005 et en 2004, le thème le plus souvent discuté entre les - employeurs et les syndicats. 40 % des conflits sociaux sont directement liés à des revendications salariales. 2008 devrait confirmer cette tendance dans un contexte marqué par une smicardisation des salaires, un écrasement des grilles salariales qui se resserrent sur les plus bas échelons et une part de plus en plus importante prise par une individualisation de la rémunération (primes, participation, intéressement), forcément aléatoire.

Le bilan présenté hier, en Commission nationale de la négociation collective, fait état de 7 233 accords passés sur la question des salaires ou des primes au niveau des entreprises, soit 35,9 % des accords, le thème du temps de travail arrivant en deuxième position (24,5 %), loin devant l’emploi (5 %). Au niveau des branches professionnelles, chargées de fixer les minima salariaux, l’activité conventionnelle a légèrement fléchi par rapport à 2006, avec 84 accords de moins signés. Ceux conclus sur les salaires restent prédominants mais les augmentations accordées ont été en moyenne moins fortes qu’en 2006 (3,5 % contre 4 %).

Deux cent quarante branches sur 276 ont conclu des accords relevant les salaires. Mais beaucoup se sont contentées de maigres revalorisations, souvent en deçà de l’inflation à 3,3 %, selon les derniers chiffres de l’INSEE. Les employeurs sont fiscalement incités à écraser les salaires vers le bas en

raison des allégements de charges dont ils bénéficient sur ceux allant jusqu’à 1,6 SMIC. Cette situation est d’autant plus mal vécue que les fortes augmentations des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises et des actionnaires font régulièrement polémique. L’INSEE constatait, il y a moins d’un an, que le « salaire des PDG a régulièrement augmenté ces dix dernières années et tout particulièrement à partir de 2000 ».

Pire, après le relèvement mécanique du SMIC, de 2,3 % le 1er mai puis de 0,9 % le 1er juillet prochain, le nombre de branches dont les minima démarrent sous la barre du salaire minimum va connaître un rebond. Elles étaient déjà, avant cette dernière revalorisation, 90 sur 160 à afficher un coefficient inférieur. Parmi elles, figurent les succursales de l’habillement, les grands magasins et les magasins populaires, la coiffure ou encore les hôtels, cafés, restaurants.

Conscient que cette situation comporte des risques d’explosion sociale, le gouvernement tente de faire bonne figure et devrait, dans la prochaine période, remettre au goût du jour la promesse présidentielle de sanctionner les entreprises qui se passent de l’obligation légale de mener des « négociations annuelles obligatoires ». Le 26 mai dernier, en visite dans une usine du Val-d’Oise, Nicolas Sarkozy annonçait que « les entreprises qui ne respecteront pas cette obligation verront leurs allégements de charge diminuer de 10 % ». Outre que, ramenée au total de 29,3 milliards d’euros d’allégement de cotisations sociales budgété pour 2008, ce taux pourrait se révéler peu incitatif, la question est moins d’obliger les entreprises à négocier sur les salaires que de les contraindre à une obligation de résultats. C’est-à-dire à lâcher du lest.


Maryse Dumas : « une spirale d’écrasement des salaires »

Pour Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, la décision du gouvernement est « scandaleuse » car un coup de pouce pour le SMIC « n’a jamais été aussi nécessaire que cette année ». « Il y a un an, le président de la République a été élu sur l’idée qu’il allait enfin reconnaître l’apport de la France qui se lève tôt à l’évolution de la société. Un an après, c’est la France qui se lève tôt qui perd le plus en pouvoir d’achat. Et le gouvernement, au lieu de procéder à un coup de pouce pour contrer cette injustice, fait exactement l’inverse et en reste au minimum légal auquel il ne pas échapper. » Pour Maryse Dumas, « les choix gouvernementaux annoncent une spirale d’écrasement des salaires et d’affaiblissement de l’emploi ! La part des salaires dans les revenus du travail s’affaiblit, le nombre de salariés à temps partiel et en CDD a augmenté cette année ; c’est une conséquence des lois dites sur le pouvoir d’achat qui contraignent à travailler plus longtemps ceux qui ont un travail tandis que les autres sont maintenus à l’écart des vrais emplois ».

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