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Mourad GUICHARD | Libération le mardi 22 juin 2007

Les salariés de Gemalto manifestent sans trop y croire

vendredi 22 juin 2007 par Mourad Guichard

Cartes Vitale de deuxième génération, passeports et cartes d’identité, cartes bancaires, développement de la carte « sans contact ». Et, depuis peu, conception de la carte DoD, destinée au ministère de la Défense américain - une exclusivité mondiale. Malgré l’importance de ce carnet de commandes et la qualité de la production, l’usine Gemalto (fruit d’une récente fusion entre Gemplus et Axalto) de Saint-Cyr-en-Val, dans la banlieue d’Orléans, devrait fermer ses portes d’ici deux ans.

« Tribut ». Plus de 500 salariés, tous sites confondus, ont manifesté hier matin à Meudon (Hauts-de-Seine) devant le siège social du groupe alors que commençait un comité central d’entreprise (CCE) destiné à détailler aux représentants du personnel les premières étapes du plan social. Celui-ci prévoit aussi 74 suppressions d’emplois sur le site de Marseille et 46 à Meudon.

L’annonce de la fermeture de l’usine de Saint-Cyr-en-Val est tombée le 7 juin. Depuis, les 362 salariés s’interrogent sur les raisons d’une décision aussi brutale. « Ils nous ont dit qu’il y avait eu des restructurations en Chine, aux Etats-Unis, au Mexique. et que la France devait aussi payer son tribut, rapporte Pascal Bourreau, technicien qualité et délégué syndical central CFDT. Ils nous font pleurer en nous disant qu’ils ont été trop gourmands dans leurs annonces de nouveaux produits, que les commandes ne suivent pas, et qu’en même temps, il faut poursuivre l’effort d’innovation. » A ses côtés, José de Sousa, le délégué FO, ne décolère pas. Comme la plupart de leurs collègues, tous deux portent un brassard noir en signe de deuil. « Nous ne sommes pas les enfants légitimes des différents groupes qui ont défilé ici, au fil des rachats », dénonce José. « Pour ces grands financiers, nous ne sommes que des bâtards ! »

Derrière leur aigreur, il y a les résultats de l’entreprise et les actionnaires qu’ils accusent de se « sucrer sur le dos des salariés ». Juste avant l’annonce de la fermeture du site orléanais, les actionnaires réunis en assemblée générale se sont attribué 250 000 stock-options à 23 euros l’unité, insiste Pascal Bourreau. « Ils en ont également profité pour augmenter la valeur de leurs jetons de présence. » Du côté de la direction, on jure qu’aucune autre solution n’était envisageable : « Nous sommes dans une telle situation de pression concurrentielle que nous avons dû baisser de 35 % nos prix de vente en 2006. Il nous faut dégager des marges pour notre effort d’investissement. »

« Plié ». Face à cette décision que les salariés jugent irrévocable, certains espèrent un sursaut, voire une intervention musclée des politiques. La campagne des législatives aidant, ils ont été nombreux à se presser devant les grilles du site, recouvertes de banderoles et de calicots. « Nous comptons sur l’intervention du sénateur socialiste Sueur, qui nous a semblé le plus à même d’intervenir en haut lieu », espère ­Pascal Bourreau. Hier, Jean-Pierre Sueur devait effectivement être reçu à Matignon pour évoquer le dossier. « Nous ne comptons pas sur les autres et particulièrement pas sur les élus de l’agglomération, qui ne parlent que de perte de taxe professionn elle. Ils me dégoûtent », ajoute le syndicaliste.

Pourtant, rarement naufrage industriel aura mobilisé autant d’énergies dans le département : conseil général, agglomération, agence de développement économique du Loiret. Tous ont fait part de leur « consternation », allant même jusqu’à demander une entrevue avec Jean-Louis Borloo, ex-ministre des Finances. « Pour la plupart des agents, c’est plié d’avance, affirme un salarié. Beaucoup cherchent déjà du boulot ailleurs. »


Chez Oberthur, on ferme aussi.

Principal rival de Gemalto, le fabricant français de cartes à puces Oberthur vient d’annoncer la « réorganisation de ses sites industriels » aux Etats-Unis et en France, où il va notamment fermer l’usine de Caen (Calvados), qui emploie 163 personnes, pour regrouper à Vitré (Ille-et-Vilaine) « la production de cartes SIM à forte valeur ajoutée ». Les autres cartes, plus simples, seront désormais fabriquées « hors d’Europe ». Le groupe, qui a annoncé des résultats annuels en chute, se dit confronté à « un environnement concurrentiel difficile, avec une forte dégradation des prix ».

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