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Un article de Jessica Nadeau paru dans l’Humanité du 10 juin 2002

Les salariés de Lustucru veulent leur part

mardi 4 mai 2004 par Jessica Nadeau

Panzani a acheté Lustucru pour 500 millions d’euros à son ancien directeur. Les salariés réclament une prime de cession équivalente à 2 % ou 3 % du montant de la vente.

· l’appel de la CGT, les 200 salariés de Lustucru, qui occupent les usines de Marseille et d’Arles depuis près d’un mois, réfléchissent aujourd’hui à d’autres actions pour faire fléchir la direction. L’ancien directeur, Bernard Skalli, comme Panzani, le nouvel acquéreur du groupe Lustucru, refusent toujours de céder aux demandes des salariés. " Ils ne font aucun cas de nos revendications ", souligne Guy, employé au service qualité de l’usine de Marseille depuis près de 25 ans. " L’occupation des usines ne semble pas les toucher. " Ce que les salariés et la CGT demandent, c’est tout simplement une prime de cession sur les 500 millions d’euros obtenus pour la vente des produits meunerie, pâtes et riz du groupe Rivoire & Carret Lustucru. Ils veulent 2 % à 3 % des 500 millions d’euros, soit 1 200 euros pour chaque année de travail pour chacun des 660 salariés.

Le délégué syndical CGT, Daniel Pachadian, est conscient de la nouveauté de la revendication et la justifie par les sacrifices des employés. " Depuis vingt ans, les ouvriers ont contribué par leurs efforts soutenus à la réussite de cette entreprise, explique-t-il. Si Bernard Skalli peut obtenir un si bon prix aujourd’hui pour la vente du groupe Lustucru, c’est grâce à ses ouvriers. " D’autant plus que depuis la mise en place des 35 heures, les salariés ont fait des sacrifices supplémentaires. " On travaille moins de temps, mais on doit produire autant ; on travaille donc plus rapidement ", explique Guy. Depuis l’instauration des 35 heures, les salariés doivent travailler 10 samedis dans l’année, des pauses ont été supprimées et les salaires bloqués. Ils sont débloqués depuis le début de l’année, mais les gains sont minimes. La proposition d’une augmentation de 2 % ne satisfait pas les ouvriers, ils veulent 8 %.

Selon Guy, il s’agit d’un juste retour des choses. " On nous a demandé des sacrifices pour augmenter la rentabilité de l’entreprise. On a fermé les yeux, on n’a jamais rien demandé, mais ils ont trop tiré sur la corde et, là, elle s’est cassée. " L’ancien propriétaire refuse toute discussion au sujet de la prime de cession, mais les ouvriers tiennent bon et scandent avec force leur nouveau slogan : " Fini les pâtes à l’eau, on veut notre part du gâteau. " Avec le nouveau propriétaire, le conflit se situe sur le plan de l’insécurité d’emploi. Panzani vient tout juste d’acheter Lustucru, mais ne conservera que les usines de pâtes fraîches et de riz. Les usines de pâtes sèches seront revendues à un tiers, afin d’éviter une situation de monopole sur le marché, condition exigée par le ministère de l’Économie à l’occasion du rachat de Lustucru par Panzani. Ainsi, les 123 ouvriers de l’usine de production de pâtes sèches de Marseille sont directement touchés par la revente éventuelle et craignent pour leur emploi. Ils demandent au nouveau propriétaire de leur donner le nom du repreneur, mais celui-ci ne veut encore rien dévoiler.

· l’approche du 30 juin, date à laquelle le rachat devient effectif, l’inquiétude augmente chez les salariés. " Qui va nous reprendre et dans quelles conditions ? demande Guy. Face au refus de Panzani de nous donner le nom du repreneur, on est obligés de se faire un scénario catastrophe. On a l’impression qu’on va se retrouver sur le carreau ! " Il n’est pas le seul à craindre pour son emploi, car plus de 80 % des ouvriers occupent les usines depuis le 13 mai pour réclamer le nom du repreneur et la prime de cession, qu’ils considèrent comme un droit. Les salariés de l’usine de production de riz à Arles, qui restent sous la direction de Panzani, sont solidaires et font aussi grève. Au siège de Marseille, les 200 employés ont repris le travail depuis le 23 mai, condition préalable à toute rencontre avec la direction, imposée par Bernard Skalli.

Outre l’occupation des usines, les grévistes s’emploient à faire connaître leurs revendications par des actions auprès du public. " On a été reçus par tous les politiques, de droite comme de gauche, mais rien n’avance ", déplore Daniel Pachadian. Ils recueillent aussi des fonds, " autour de 15 000 francs ", dans les entreprises de la région. Ils ont enfin l’appui de Force ouvrière, représentée par la présence d’une déléguée syndicale à l’usine d’Arles. " On voit que c’est dur, le combat est loin d’être fini. Il faut savoir être raisonnable et on est prêt à accepter des compromis... Mais encore faudrait-il qu’ils commencent par accepter de négocier ", conclut Daniel Pachadian.

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