Liste des auteurs

L’Humanité du 10 mars 2007

Les salariés réclament un soutien

lundi 12 mars 2007
Par Jean-Louis Devaux, ingénieur, délégué syndical central CGT, Alcatel Alenia Space, à Cannes.

Aujourd’hui, à écouter certains politiques, les prérogatives de la Commission européenne ou des gouvernements nationaux devraient se limiter à examiner les dossiers industriels sur un plan exclusivement « comptable » de la concurrence, quitte à se montrer respectueux à l’excès vis-à-vis de critères obsolètes de concurrence, quitte à saborder des pans entiers de notre savoir-faire. Pourtant, aujourd’hui plus qu’hier, l’ensemble des salariés, comme l’ensemble des consommateurs et des citoyens européens, nplus que des décisions aussi importantes sur l’avenir de l’industrie européenne, comme dans les secteurs de l’aéronautique, des technologies de l’information et de la communication, ou du spatial - domaines extrêmement sensibles et stratégiques pour l’avenir de l’innovation en Europe - puissent être laissées au seul arbitrage d’industriels dont le but essentiel ne viserait qu’à satisfaire des objectifs financiers à très court terme.

Il existe déjà des règlements qui pourraient permettre aux États, ou à la Commission européenne, une intervention et un contrôle plus poussé des concentrations et de la gestion des entreprises. Selon le règlement de la Commission (CE) nº 139/2004, « il convient toutefois de s’assurer que le processus de restructuration n’entraîne pas de préjudice durable pour la concurrence ». Il est donc impératif pour les États d’analyser, au-delà de la restructuration proposée par les dirigeants d’entreprise, l’avenir à long terme projeté par les industriels concernés, et notamment si le processus à venir n’entraînera pas une paupérisation industrielle, voire une disparition de l’innovation européenne, et par suite un monopole des choix technologiques américains ou asiatiques, au détriment d’une pluralité de produits technologiques issus de notre continent.

Une intervention étatique doit conduire les industriels à définir, d’une part, la politique à long terme « minimale » applicable à chaque secteur, et d’autre part, si les éventuelles clauses confidentielles entre industriels sont de nature à permettre la pérennité et le développement de tous les sites industriels de l’industrie française ou européenne. Les États doivent donc montrer aux salariés, aux consommateurs et aux citoyens européens que les valeurs européennes ne sont pas limitées à des considérations purement financières. 10 000 emplois chez Airbus, 12 500 emplois chez Alcatel-Lucent : les salariés européens peuvent, à juste titre, être extrêmement préoccupés de voir arriver de nouvelles restructurations, de nouveaux abandons technologiques et de nouvelles suppressions d’emplois à l’heure où l’investissement humain est primordial dans nos domaines d’excellence.

Seuls les États peuvent juger les dossiers selon TOUTES les valeurs européennes et demander, si nécessaire, aux industriels concernés TOUTES les garanties pour aboutir à un équilibre entre le développement économique, social et environnemental, « les trois piliers de la construction européenne ». Les salariés européens réclament un soutien tout aussi efficace pour sauvegarder l’exceptionnelle richesse créative du potentiel humain en Europe. Cette question mérite une réponse urgente et tout aussi claire de la part des présidentiables sur l’avenir de notre industrie à haute valeur ajoutée, source des emplois hautement qualifiés de demain.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !