Liste des auteurs

Paule Masson Pierre-Henri Lab | l’humanité du 22.11.2007

Les salariés restent vigilants

vendredi 23 novembre 2007 par Paule Masson, Pierre-Henri Lab
Régimes spéciaux . Les négociations ont commencé hier à la SNCF et à la RATP, sous le regard attentif des agents qui semblent s’acheminer vers « une suspension » de leur mouvement.

Les premières réunions tripartites (État, direction et syndicats) de négociation sur l’avenir des régimes spéciaux à la SNCF et à la RATP se sont tenues hier. Les assemblées de grévistes des deux entreprises, qui ont choisi majoritairement de poursuivre leur mouvement pour une durée de vingt-quatre heures afin de maintenir la pression sur la direction et le gouvernement, ont engagé le débat sur les modalités de la poursuite du mouvement.

« une table ronde industrielle »

À la SNCF où les négociations ont débuté hier, avec la participation de l’ensemble des fédérations de cheminots, les syndicalistes ne s’attendaient pas à entrer immédiatement dans le vif du sujet. « Cette première rencontre devrait fixer le calendrier et la liste des questions qui feront l’objet de négociation », a expliqué à l’Humanité Grégory Roux, membre du secrétariat fédéral de la CGT. Outre le cadre général de la réforme, qui reste contesté par une majorité de syndicats, les discussions, dont la durée prévue est d’un mois, porteront également sur les revendications des cheminots, en particulier la reconnaissance de la pénibilité, l’intégration des primes dans le calcul des pensions ou le maintien des bonifications. L’avenir du fret SNCF fera l’objet d’une discussion à part, la mobilisation des grévistes ayant contraint la direction de l’entreprise publique à rouvrir le dossier sous la forme « d’une table ronde industrielle ».

Sur le terrain où le taux de gréviste était hier, selon la direction, de 22,8 % (27 % mardi), une majorité d’assemblées générales ont reconduit le mouvement « pour couvrir la négociation ». D’autres, à Calais, Bordeaux, Limoges, Marseille, Tours, Paris, Rennes ou encore Besançon, ont décidé de « suspendre la grève ». « À Marseille, les cheminots de la direction régionale et les contrôleurs de la résidence ont décidé de reprendre le travail », explique Marcel Almero, de la CGT. « Attention, cette suspension n’équivaut pas à une fin de conflit. Les négociations vont durer un mois. Dans ce contexte, il n’est ni envisageable, ni approprié de poursuivre la grève reconductible », précise le syndicaliste. « Les cheminots, même s’ils reprennent le travail, resteront vigilants quant à l’évolution des négociations. Chaque jour, un compte rendu des discussions leur sera fait. Et si la tournure des événements le nécessite, ils n’hésiteront pas à se mobiliser de nouveau pour faire entendre leurs revendications », prévient-il. Même son de cloche pour le secteur de Lille qui couvre toute la région Nord-Pas-de-Calais. « Aujourd’hui, seulement Calais a voté la suspension. Demain, les autres établissements de la région devraient en faire autant. Mais que le gouvernement n’en déduise certainement pas qu’il en a fini avec la mobilisation des cheminots. Si les négociations prennent un mauvais tour, nous n’hésiterons pas à cesser de nouveau le travail », explique Pierre Hameaux, responsable régional de la CGT.

un délai de négociation d’un mois

À la RATP, la première séance de négociation s’est tenue hier matin en présence des représentants des organisations syndicales, à l’exception de ceux de SUD (6,4 % des personnels) qui exigent « un retrait de la réforme ». Le secrétaire général de l’union syndicale de la CGT (majoritaire), Gérard Leboeuf, a estimé que ce premier rendez-vous avait apporté « trois réponses ». « Le calendrier aborde l’ensemble des questions et il n’y a pas d’interdit » ; « le gouvernement est d’accord pour ne pas se borner au délai de négociation d’un mois sur les questions de pénibilité » ; « dès lundi, le PDG de la RATP pourra faire des propositions sur l’intégration des primes dans le calcul de pensions », a-t-il expliqué. Le responsable cégétiste, qui a précisé que « les agents apprécieront » les suites à donner à leur mouvement, les a invités à « tenir compte de l’opinion publique et à préserver leurs forces pour peser s’il le faut sur les négociations ». À l’exception de FO, qui « maintient ses préavis », les autres organisations ont jugé « correcte » cette première rencontre. Les agents de la RATP, dont 16,4 % étaient encore en grève hier, selon la direction (18,8 % mardi), décideront aujourd’hui en assemblée générale s’ils poursuivent ou suspendent la grève.


Ce que les syndicats mettent dans la négociation

État des lieux au moment où les discussions tripartites commencent.

La recherche de démarches unitaires

À la SNCF

Tous les syndicats sont présents autour de la table de négociations.

La CGT avec l’UNSA, la CFTC et la CFE-CGC se présentent à la négociation avec des exigences qu’elles énoncent dans une déclaration commune : elles demandent « une réponse à leurs revendications concernant le cadre de la réforme », « la préservation du niveau des retraites liquidées » par l’intégration des différentes primes, la prise en compte « des annuités validées dans un autre régime, des années d’apprentissage, d’études, de stage, des avantages familiaux, des contraintes du service public (les astreintes - NDLR), de la pénibilité pour le calcul des annuités au régime spécial ». Elles demandent également une « augmentation générale des salaires, une nouvelle grille » et « la création d’un véritable 13e mois ». Les quatre fédérations syndicales se félicitent que la SNCF, qui refusait depuis des mois de discuter sur le fret, soit aujourd’hui « contrainte d’annoncer l’ouverture d’une discussion plus approfondie » sur cette question. Une « table ronde industrielle » devrait rapidement s’ouvrir et permettre aux syndicats de porter leurs propositions pour développer le service public du fret. Ce qui permet à ces syndicats de parler de l’ouverture de « deux négociations ».

Après la FGAAC, la CFDT accepte le prolongement à 40 ans de la durée de cotisation.

SUD rail et FO font, quant à eux, du rejet de la réforme un préalable.

À la RATP

La CGT, l’UNSA et FO ont affirmé ensemble être disponibles pour la première réunion tripartite du 21 novembre. Dans une lettre au président de la RATP, la CGT énonce ses exigences concernant en particulier l’évolution des rémunérations, la prise en compte des spécificités des métiers, la prise en compte des primes dans le calcul de la pension, la préservation du niveau des pensions.

SUD RATP ne participe pas aux discussions.

La CGT met cartes sur table

Pour maintenir la solidarité entre les salariés des régimes spéciaux qui vont négocier régime par régime, la confédération CGT, avec les fédérations syndicales concernées, a défini un certain nombre d’objectifs communs pour les retraites relevant des régimes spéciaux. L’objectif de la CGT étant de « peser sur le cadre de la réforme » et de faire en sorte que « les personnels ne subissent pas de préjudices ».

La durée de la cotisation La CGT est opposée à l’allongement de la durée de cotisation. Elle veut porter un certain nombre de revendications qui permettront aux salariés de prendre leur retraite à taux plein à l’âge de l’ouverture de leur droit : la prise en compte des années d’études, d’apprentissage et de stage ; la validation gratuite des congés parentaux et la prise en compte des enfants ; la validation des années passées dans le régime général.

Le calcul des pensions Pour la CGT, le « taux de remplacement », c’est-à-dire le niveau de la pension par rapport à celui du dernier salaire, est de 10 à 15 points plus bas dans les régimes spéciaux. C’est pourquoi elle demande « un élargissement de l’assiette de calcul de la pension par l’intégration des primes et rémunérations complémentaires au salaire principal ».

Décote Ce système introduit, selon la CGT, une « double peine » : une pénalité supplémentaire pour le salarié qui n’atteint pas les 40 annuités exigées pour partir au taux plein. La grève a permis un premier recul : son plafonnement à 2,5 ans. Celui qui travaille 2,5 ans au-delà de l’âge légal ouvrant droit ne sera pas frappé par la décote. Mais pour la CGT, il faut obtenir la suppression de ce système.

Pénibilité La CGT demande le maintien des dispositifs de reconnaissance de la pénibilité et de l’astreinte.

Niveau des pensions Outre l’indexation des pensions sur les salaires et non sur l’inflation, le syndicat veut négocier une amélioration des rémunérations en fin de carrière et une amélioration des carrières des agents.


La CGT veut négocier sans en rabattre

Syndicat . Majoritaire dans les entreprises concernées par la réforme des régimes spéciaux, la CGT est sous les feux de la rampe. Retrouver, autour d’une même table, tous les syndicats, les directions d’entreprises et des représentants de l’État était loin d’être écrit d’avance il y a encore une semaine. Il aura fallu plus d’un mois de bras de fer pour obliger le gouvernement à accepter de négocier sans préalable. Les syndicats ont dû sortir du piège d’une seule discussion sur les à-côtés de la réforme dans un cadre global intangible, obliger l’État à revenir dans le jeu de la négociation en cessant d’agiter la menace de décrets, et enfin, l’asseoir à la table des discussions sans céder à son chantage d’arrêt de la grève. Le tout, dans un contexte politique peu favorable. Nicolas Sarkozy, qui avait promis cette réforme, bénéficie encore d’une forte légitimité politique, les sondages montrent une opinion publique sensible à l’alignement des régimes spéciaux sur le régime général et le principal parti de gauche, le PS, critique la forme mais pas le fond.

Les syndicats doivent composer avec ce contexte et la voie de passage est étroite. Pour l’heure, « on ne s’en sort quand même pas trop mal », commente Agnès Naton, membre du bureau confédéral de la CGT et secrétaire de l’union départementale de la Haute-Savoie. Dans ce département, les six assemblées générales de cheminots ont choisi, hier, de reconduire la grève pour maintenir les négociations sous pression. Elles jugeront, ce matin, en fonction du résultat, s’il faut continuer ou suspendre le mouvement. « Nous sommes sur le fil du rasoir. Nous devons en permanence veiller à n’ouvrir aucune brèche dans laquelle le gouvernement pourrait s’engouffrer. Les cheminots ont conscience qu’ils ne doivent pas se laisser isoler. Mais ils veulent conduire leur mouvement. Dans cette affaire, la CGT est au centre du ring », explique Agnès Naton.

De par son poids (40 % à la SNCF, 37 % à la RATP, 56,5 % à EDF), la CGT est effectivement sous les feux de la rampe. « Même si c’est dur, on est soudé, main dans la main. On bosse ensemble. Aucune décision ne se prend sans les fédérations concernées », confie un secrétaire confédéral. Les responsables des secteurs en lutte (cheminots, énergie, RATP, transports) participent aux bureaux confédéraux. « Les différences d’approches existent. Elles se discutent, mais ne percent pas », ajoute une autre. Là, s’est discutée l’idée de proposer à Xavier Bertrand, ministre du Travail, des négociations tripartites, régime spécial par régime spécial, afin de renvoyer sur le gouvernement la responsabilité d’un blocage. Venant de la CGT, l’initiative en a surpris plus d’un, à commencer par ses propres troupes. « Il y a eu un moment de flottement et beaucoup de questions », raconte Agnès Naton. « Dans l’Essonne, beaucoup de cheminots sont dubitatifs, voire soupçonneux sur le fait que la CGT pousse à la négociation. Les syndiqués du privé, de chez Bull, Thomson ou Thales, jugent par contre que c’est positif », relate Marc Roumejon, secrétaire de l’union départementale. La CGT doit composer avec tout cela, avec une base qui émet des signaux contradictoires. Elle doit prouver qu’elle « n’abandonne rien en allant négocier », assure Maryse Dumas dans un entretien au Parisien d’hier. « La démarche de la CGT fonctionne sur deux axes, lutter et négocier. On a mis un coup de pression au démarrage. On a fait bouger le cadre. Il y a aujourd’hui du grain à moudre dans les négociations. On discute. On regarde ce que l’on obtient. Les salariés décident si cela leur convient ou non. Si la grève s’arrête, elle peut repartir à tout moment », résume Maurad Rabhi, secrétaire confédéral. Dans un pays réputé pour ses coups de gueule et ses traditions conflictuelles, la principale confédération syndicale est attendue au tournant. Le gouvernement guette la moindre occasion de parvenir à l’isoler en la rendant responsable d’un conflit minoritaire. Dans cette nouvelle phase de la bataille, la CGT veut prouver qu’elle est capable de négocier sans en rabattre sur ses objectifs.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !