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Hervé Morin , Christiane Galus | Le Monde le 24.08.2008

Les satellites traquent la désagrégation massive et le retrait des grands glaciers groenlandais

lundi 25 août 2008 par Hervé Morin, Christiane Galus

La vie des glaciers groenlandais n’est pas un long fleuve tranquille. En témoignent des clichés pris ces dernières semaines par les satellites de la NASA. L’équipe de Jason Box, du centre de recherche polaire Byrd (université de l’Ohio), qui les scrute quotidiennement, a constaté qu’entre le 10 et le 24 juillet le glacier Petermann, situé au nord-ouest du Groenland, avait perdu 29 km2.

Ce n’est certes pas la première fois que le Petermann est amputé : en 2000, une portion trois fois plus vaste de sa langue terminale, qui constitue le plus grand glacier flottant de l’hémisphère Nord, s’était désintégrée. Mais ce qui inquiète Jason Box, c’est que des images satellite datant du 3 août révèlent une fracture bien plus en amont.

Pour le chercheur, il fait peu de doute que d’ici quelques mois le Petermann aura diminué d’un tiers. "La perte de surface pourrait atteindre 160 km2", estime-t-il. Soit une fois et demie la superficie de Paris.

Un autre des 130 glaciers groenlandais, le Jakobshavn, situé près d’Ilulissat (ouest), est en phase de désintégration, relève Jason Box. Ces dernières semaines, ce géant a perdu 10 km2 sur sa branche septentrionale. Jamais, depuis 150 ans qu’il fait l’objet de relevés topographiques, on ne l’avait vu aussi contracté. Les chercheurs pensent qu’il faut probablement remonter au moins 4 000 à 6 000 ans en arrière pour rencontrer une situation similaire.

Le Jakobshavn est le plus "productif" des 130 glaciers groenlandais. Il livre près de 10 % des icebergs qui s’écoulent sur les bords de la calotte polaire groenlandaise. Chaque année, il accouche de 35 milliards de tonnes de glace, qui s’écoulent à la vitesse record de 22 mètres par jour. Celle-ci avait doublé entre 1997 et 2003, un constat qui avait amené à l’époque à un début de prise de conscience de la fragilité de la calotte groenlandaise.

"Il est impossible d’attribuer directement la cassure d’un glacier particulier au réchauffement climatique, note Jason Box. Mais le recul observé sur l’ensemble d’entre eux laisse peu de doute. Nous essayons de prédire l’évolution de ces systèmes." Air et eau de mer plus chauds font fondre l’extrémité du glacier qui, s’affinant, se met à flotter. Ce phénomène le fragilise, jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres. La fonte de la banquise, qui ralentit l’écoulement des glaciers, accentue le processus.

Au rythme actuel, le Groenland contribuerait à une hausse du niveau des mers de 0,6 mm par an, et aurait perdu toute sa glace d’ici 20 000 ans. "Mais on sait désormais que la fonte ne sera pas linéaire, qu’il y a des mécanismes accélérateurs", prévient Jason Box. Il a calculé avec le Français Eric Rignot (JPL, université de Californie) qu’en 2007 - année record -, le Groenland a perdu un volume de 200 km3 de glace. La masse de sa calotte, alimentée par les chutes de neige, est déséquilibrée, en déficit depuis dix ans. Pour le glaciologue, il faut revoir à la hausse les prévisions de montée du niveau des océans : "La limite haute se situe à 2 mètres à l’horizon 2100."


Les météorologues américains alertent les politiques sur le changement climatique

Huit organisations scientifiques américaines représentant des milliers de chercheurs, de techniciens et de spécialistes, viennent de lancer un appel à la prochaine administration et au Congrès pour qu’ils mettent en oeuvre une politique permettant de mieux faire face à l’impact du réchauffement climatique et des phénomènes météorologiques extrêmes.

Les auteurs de l’appel (disponible sur le site Internet www.ucar.edu/td) rappellent que les Etats-Unis perdent chaque année des milliards de dollars à cause des cyclones, tornades, incendies de forêts, inondations, sécheresses et tempêtes de neige qui frappent le pays. Or, regrettent les scientifiques, "notre nation n’est pas préparée à faire face à ces phénomènes extrêmes qui vont s’amplifier à l’avenir, en raison d’une baisse des budgets et d’un manque d’intérêt qui dure depuis des années". Alors même que les décideurs de chaque Etat américain ont besoin de savoir quel sera, chez eux, l’impact du changement climatique.

Aussi les huit organisations scientifiques proposent-elles de financer la mise en place d’un réseau de satellites d’observation de la Terre et des instruments au sol, et également d’améliorer les capacités de calcul des ordinateurs travaillant sur la météorologie et le climat. Les données obtenues permettront alors de mieux prévenir les catastrophes.

Les chercheurs estiment que le plan qu’ils proposent devrait coûter environ 9 milliards de dollars (près de 6 milliards d’euros) pour un programme s’échelonnant de 2010 à 2014. "Etant donné le coût que représentent les catastrophes naturelles pour la collectivité, nous pensons que ces investissements sont pertinents", déclarent-ils.

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