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Alain Faujas | Le Monde du 07.07.07.

Les spéculateurs délaissent les métaux au profit des matières premières agricoles

mardi 10 juillet 2007 par Alain Faujas
Le vent de folie qui souffle sur les matières premières est en train de modifier son cap. Depuis 2003, il allait dans le sens des métaux et propulsait leurs prix à des niveaux inconnus depuis des décennies ; on commençait même à parler de "super-cycle" des métaux non ferreux, c’est-à-dire d’une hausse sans fin, comme on parlait en l’an 2000 à propos d’Internet d’une " nouvelle économie", c’est-à-dire affranchie des lois traditionnelles.

Juin semble avoir cassé l’envol. Fin mai, la fusée nickel atteignait son apogée, à 51 600 dollars la tonne (37 964 euros) ; elle est retombée, mercredi 4 juillet, à 36 100 dollars. Il y a deux mois, la tonne de cuivre culminait à 8 320 dollars ; la voici laborieusement maintenue autour de 7 800 dollars par des grèves dans les mines chiliennes, péruviennes et canadiennes.

La tendance est voisine pour l’étain, le zinc, l’aluminium. Il n’y a que le plomb - désormais plus onéreux que l’aluminium - qui poursuit son ascension, pour cause de fermeture d’une mine en Australie en raison de la sempiternelle demande chinoise.

En revanche, dans le monde des matières premières agricoles, les prix continuent à grimper. Le blé et l’orge ont pris 70 % à 80 % en moins d’un an, le maïs a doublé. Et ce n’est pas fini : l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’attendent à moyen terme à des hausses de prix agricoles oscillant entre 20 % et 50 % par rapport aux moyennes 2002-2006.

Uniquement d’ici à 2008, le prix moyen de la tonne de blé augmenterait de 152 dollars à 204, celle de riz de 238 dollars à 352 et celle de sucre de 217 dollars à 242.

Trois thèses, qui ne s’excluent pas, expliquent pourquoi les investisseurs sont moins séduits par les métaux et se tournent vers les produits agricoles. La première est celle de "la vague" défendue par Philippe Chalmin, professeur associé à Paris-Dauphine : "Les gérants de fonds se sont dit que les hausses des métaux étaient difficiles à supporter et ils ont commencé à miser sur les produits agricoles. Depuis trois ans, la vague spéculative passe de marché en marché. Le temps est venu de l’agricole."

Il y a en suite la thèse du rattrapage. Sandrine Toulouse, de Merrill Lynch Investment Managers, n’est pas étonnée que les gestionnaires découvrent à retardement l’intérêt des produits agricoles : "Nous avions créé en 2001 un fonds pour les énergies renouvelables, dit-elle. Il a végété pendant au moins deux ans à 100 millions de dollars ; il est aujourd’hui à 5 milliards."

Même son de cloche chez Frédéric Lasserre, responsable des matières premières à la Société générale Cross Asset Research : "Le marché a trouvé à peu près ses bornes pour le pétrole. A 75 dollars le baril, les vendeurs sont nombreux, mais à 50 dollars, ce sont les acheteurs qui se bousculent. Les marchés cherchent des limites comparables pour les produits agricoles qui étaient notoirement sous-évalués."

"REGARDEZ DU CÔTÉ DU BOIS"

Troisième thèse, celle de la rareté. Béatrice Coquelin, d’UFG Investment Managers, estime que les aléas climatiques et la demande pour les biocarburants ont accru les risques et poussé les producteurs à se protéger sur le marché à terme en recourant à des produits financiers attractifs pour les investisseurs.

Ces incertitudes et ces prix sont-ils appelés à durer ? "D’un côté, répond-elle, il est facile de planter du blé ou de la canne à sucre : en six mois, la récolte est là. Mais il faut prendre en compte que la hausse de la demande mondiale nécessiterait d’augmenter de 20 % à 30 % les surfaces cultivées ; on ne peut pas, sauf à provoquer des déforestations terribles en Amazonie ou dans le bassin du Congo. Il faudrait alors augmenter la productivité ; on ne peut pas, parce qu’il serait nécessaire de recourir aux OGM qu’une partie de l’opinion refuse. Pour ces raisons, le cycle agricole promet d’être assez porteur."

Tout le monde reconnaît qu’on assiste non à un abandon des minerais au profit des céréales, mais à une redécouverte des produits agricoles, enfin dignes de figurer dans les portefeuilles des gestionnaires.

Le prochain engouement de ceux-ci ? "Regardez du côté du bois, prédit Mme Coquelin. Depuis 1999, la Chine en augmente, chaque année, ses importations de 17 %..." Après les cultures, la "vague" atteindra-t-elle les forêts ?

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