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Un article d’Odile BENYAHIA-KOUIDER paru dans Libération le 10 février 2006

Les syndicats allemands remontés sur les salaires

vendredi 10 février 2006 par Odile BENYAHIA-KOUIDER
Ils veulent mettre un terme à la politique de modération salariale.

Depuis l’élection d’Angela Merkel le 22 novembre dernier, les syndicats allemands étaient restés plutôt tranquilles. Le délai de grâce est apparemment terminé. Tandis qu’IG Metall a placé mercredi la barre de ses revendications salariales très haut, les services publics, sous la houlette du grand syndicat des services Ver.di, ont lancé en début de semaine dans plusieurs Länder un mouvement de grève inédit depuis quatorze ans. Lequel est en train de s’étendre à toute l’Allemagne. De l’avis des observateurs, l’hiver social allemand promet d’être « chaud ».

Tension. Ainsi, mercredi soir, le premier tour de table des négociations salariales annuelles dans le secteur de la métallurgie, dont dépendent 3,4 millions de salariés allemands, s’est-il achevé dans un climat de grande tension. Alors qu’IG Metall réclame une hausse des salaires de 5 % sur un an, le Gesamtmetall (fédération patronale de la métallurgie) plaide pour une hausse « neutre pour les coûts des entreprises » de l’ordre de 1 à 1,2 %. Derrière ces habituels marchandages se cache une vision macroéconomique radicalement opposée. IG Metall estime en effet qu’il est temps de mettre un terme à la politique de modération salariale. Car elle est négative pour le pouvoir d’achat des ménages, et par conséquent néfaste pour la consommation intérieure, qui reste le talon d’Achille de l’économie allemande. De tous les pays de l’Union européenne, l’Allemagne est celui où le salaire réel a le plus diminué. Cela a visiblement porté ses fruits en termes de compétitivité puisque, pour la troisième année consécutive, l’Allemagne est championne mondiale des exportations. Les entreprises en ont profité puisqu’elles affichent des bénéfices records. Mais les salariés, eux, n’ont pas été récompensés de ces efforts.

Floués. Les économistes eux-mêmes sont divisés sur les effets d’une hausse salariale. Membre du comité des cinq sages chargés de conseiller le gouvernement, Peter Bofinger plaide depuis longtemps pour une augmentation. « La recette selon laquelle une augmentation du pouvoir d’achat crée de la croissance et donc de l’emploi ne fonctionne pas », conteste pour sa part Michael Burda, professeur d’économie à Humboldt. « Cela ne fera qu’accélérer les délocalisations », renchérit le Gesamtmetall. Oui mais voilà, les quatre années d’augmentations tempérées n’ont pas empêché les délocalisations. Du coup les « métallos » se sentent complètement floués. Depuis trois semaines, le conflit ouvert chez AEG, la filiale allemande du groupe d’électroménager suédois Elektrolux, qui veut fermer le site de Nuremberg pour le délocaliser à l’Est, a réveillé leur combativité.

Pour le syndicat des services Ver.di, le problème se pose dans des termes un peu différents puisqu’il ne s’oppose pas au privé mais aux communes allemandes qui veulent faire travailler les fonctionnaires de 38,5 à 40 heures. Mais elle est sous-tendue par la même volonté de peser sur le débat social. Et de tester les nerfs de leur chancelière.

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