Liste des auteurs

Un article de Paule Masson et Grégory Marin paru dans L’Humanité du 21 mars 2006

Les syndicats appellent à une journée d’arrêts de travail le 28 mars

mardi 21 mars 2006 par Paule Masson, Grégory Marin
Les syndicats étudiants, lycéens et de salariés ont décidé hier un soutien aux manifestations de jeudi et un appel à la grève le mardi suivant.

Les syndicats sont loin d’avoir dégainé toutes leurs cartouches. L’arrogance affichée par le gouvernement à l’issue des manifestations samedi a conforté le front unitaire, même si les discussions vont bon train sur les formes d’action à mettre en chantier pour continuer d’amplifier le rapport de forces. « Le gouvernement est insensible, on monte d’un cran », assure Jean-Grosset, pour l’UNSA. Coté syndical, on se prépare à durer.

Réunies hier soir, les treize organisations de l’intersyndicale ont donc décidé que la prochaine étape s’organiserait autour de deux temps : un soutien affiché aux manifestations lycéennes et étudiantes organisées jeudi ; un appel à une journée interprofessionnelle d’action avec arrêts de travail mardi 28 mars. « Le rythme adopté jusque-là d’une alternance entre mardi et jeudi est respecté », s’amuse René Valladon pour FO. L’idée avait circulé de prime abord d’appeler à faire grève jeudi 23 mars, les organisations de jeunes se faisant particulièrement pressantes pour cela. La CGT, la FSU et Solidaires y étaient favorables. Mais cette date posait deux problèmes. Elle ne laissait pas le temps de déposer les préavis, de cinq jours, dans la fonction publique. Et la CFDT, rétive à l’idée de « mélanger les genres », ne souhaitait pas se caler sur le jour choisi par les gaziers pour contrer la fusion GDF/Suez.

Compromis a été trouvé. Chacun tenant ferme, dans le bras de fer qui se joue, sur la nécessité de préserver l’unité syndicale. Et de ne montrer aucun signe de faiblesse. « Il y aura d’autres rendez-vous. Notre objectif est de favoriser la participation la plus large. Certains se mobilisent davantage avec un arrêt de travail. Il est plus aisé pour d’autres de venir manifester. L’essentiel, c’est de trouver les formes qui contribuent à élargir le mouvement », témoigne Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, convaincue que les « journées d’action s’additionnent ». Les organisations ne sont pas au bout de leur capacité de mobilisation. « La conférence téléphonique avec une cinquantaine de Solidaires locaux montre que le dogmatisme du gouvernement suscite un nouvel élan », raconte Annick Coupé. Plus le temps passe, plus l’espace se rétrécit pour Dominique de Villepin. Plus que jamais, le seul ordre syndical, c’est le retrait du CPE.


Secouée, la majorité raidit sa position

emploi . Dominique de Villepin joue la flex-sécurité politique : côté pile, il joue la souplesse devant l’ampleur du mouvement contre le CPE ; côté face, il reste inflexible et s’appuie sur les rangs UMP.

La crinière au vent et le sourire Ultrabrite peinent à cacher le malaise. Si ce week-end Dominique de Villepin n’a pas posé de lapin à ses partenaires de jogging, preuve selon ses partisans qu’il est détendu, sa majorité ne donne pas les mêmes gages de sérénité. Le mouvement des anti-CPE s’amplifie. La preuve ? Les manifestations de samedi ont rassemblé partout en France un million et demi de personnes. Aujourd’hui, les syndicats préparent de nouvelles actions, les étudiants sont plus que jamais mobilisés. Salariés, étudiants et lycéens ont destabilisé la majorité.

D’un côté, les partisans de Nicolas Sarkozy, qui n’ont plus qu’un seul mot d’ordre, « rupture », ne goûtent pas la rectitude du premier ministre, trop « vieille école ». De l’autre, les ministres et de nombreux parlementaires s’appliquent à tout faire pour qu’on ne leur reproche pas leur défection. Tous n’ont qu’un souci : ne pas être éclaboussés par les retombées électorales d’un fiasco autour du contrat première embauche (CPE).

Le capitaine de la galère UMP Dominique de Villepin n’est plus seul maître à bord. Devant la vague de mécontentement contre le CPE, il a du mal à garder la barre. D’autant que, dans les cales de l’UMP, les matelots donnent leur avis avec de plus en plus d’aplomb. Dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, qui, en tant que président de l’UMP, donne le cap politique, on cherche à faire mine de se distancer en douce de l’action du chef de gouvernement. Entendons-nous : Nicolas Sarkozy est pour la déstructuration du Code du travail. Mais il sait que si le premier ministre se braque, la situation « peut devenir très mauvaise pour la droite dans son ensemble » dans la perspective des prochaines échéances électorales. Voilà pourquoi les proches du président de l’UMP cherchent à redorer le blason de Nicolas Sarkozy. Aux dépens de son rival dans la course à l’Élysée. Selon Roger Karoutchi, sénateur proche du président de l’UMP, il incarne « la rupture équitable, pas la brutalité ». « Nicolas Sarkozy, ce n’est pas la réforme au Kärcher, (...) c’est la négociation permanente », complète l’un de ses conseillers, Alain Lamassoure. Nicolas Sarkozy lui-même avait déclaré il y a quelques jours : « Je suis ministre de l’Intérieur. Ce n’est pas à moi de défendre le CPE. » Hier, il a ajouté, bottant en touche, que la décision éventuelle de retirer le CPE était exclusivement « celle du premier ministre ». Villepin est prévenu : s’il ne reste qu’une place dans la chaloupe, le ministre de l’Intérieur la prendra.

Le gouvernement s’entête

Le gouvernement affiche son entêtement. Signe du raidissement : l’appel lancé aux parlementaires UMP à se réunir ce soir pour marquer « l’unité » et la « mobilisation » en faveur du CPE. Avec un leitmotiv rappelé dans le courrier qui leur est adressé : « La loi républicaine, votée démocratiquement par le Parlement, doit être respectée. » Le chef du gouvernement se plante fièrement sur ses ergots en rappelant aux élus UMP que « vous avez été très nombreux à m’adresser des messages de soutien et d’encouragement afin de poursuivre la bataille pour l’emploi ».

Sourd aux revendications de la rue, aveugle aux nouvelles défections dans ses rangs, le premier ministre joue les lignes Maginot. Il est un mur qui se veut indestructible. Dominique de Villepin fait faussement preuve d’écoute en appelant à Matignon des patrons pour discuter d’aménagements sur le CPE. De même en participant avec Gilles de Robien, le ministre de l’Éducation nationale, à une rencontre avec des « jeunes » pour aborder la question de leur insertion professionnelle. Réunion où ni l’UNEF ni la Confédération étudiante, attendues au même moment par les syndicats, n’ont pu se rendre. Malgré ces simulacres de concertation, il reste déterminé à appliquer le contrat première embauche.

Les syndicats durcissent le ton, le premier ministre campe toujours sur ses positions, le CPE a cristallisé les tensions entre exécutif et nation. Une déchirure que l’attitude hautaine du locataire de Matignon, pourtant ancien diplomate, ne refermera pas.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !