Liste des auteurs

Article de Marc Roche paru dans Le Monde du 29.08.06

Les syndicats britanniques s’inquiètent des délocalisations

mardi 29 août 2006 par Marc Roche
Les Anglais, c’est bien connu, ont un sixième sens, celui du non-sens. S’inspirant de cette philosophie de défi au sens commun chère à Lewis Caroll, la Confédération des syndicats britanniques (TUC), affirme que les salariés du Royaume-Uni, chantre de la mondialisation, sont davantage menacés par ce phénomène que leurs homologues de l’Union européenne (UE).

A lire le rapport publié, jeudi 24 août, par le TUC, quatre facteurs expliquent cette vulnérabilité. D’abord, en raison du déclin du secteur manufacturier et du boom économique, les importations britanniques sont supérieures, de manière chronique, aux exportations. Ce déséquilibre renforce la dépendance de l’économie britannique à l’égard de la conjoncture à l’étranger.

Deuxièmement, la libéralisation du marché du travail a fait de ce pays totalement ouvert aux vents de la concurrence internationale la destination favorite des multinationales. Or celles-ci apparaissent plus promptes à délocaliser les emplois que les firmes autochtones.

Enfin, la faiblesse de l’investissement des entreprises dans la formation professionnelle accentue la vulnérabilité de la main-d’oeuvre nationale face aux salariés qualifiés, mais moins chers, des pays émergents. En cas de perte d’emploi, les travailleurs britanniques doivent souvent se contenter de postes précaires, peu motivants et mal rémunérés, insiste le TUC.

"Bien sûr que nous ne pouvons pas dire "arrêtez le monde, je veux descendre" et tenter d’enrayer la marée de la mondialisation en érigeant des barrières pour protéger nos entreprises et emplois, mais cela ne veut pas dire qu’il faut rester les bras croisés pour en réduire l’impact" : loin de préconiser le protectionnisme face à ce danger, le TUC réclame une meilleure protection des laissés-pour-compte de la mondialisation.

CHÔMAGE DE 4,9 % À 5,5 %

L’une des suggestions est la création d’un fonds de compensation pour les salariés ayant perdu leur emploi dans le cadre de délocalisations, comme cela a déjà été fait au niveau européen pour aider les régions touchées par des délocalisations hors de l’UE.

"Le marché du travail de l’Europe continentale n’est pas un modèle pour le Royaume-Uni. Le taux de chômage est de deux points supérieur au nôtre. La flexibilité crée des emplois", réplique la Confédération de l’industrie britannique. La City partage cette hostilité aux thèses syndicales, comme l’affirme Michael Hughes, économiste en chef auprès du gestionnaire de patrimoine Barings Asset Management : "La concurrence encourage la production de biens à haute valeur ajoutée au plus grand bénéfice de l’emploi au Royaume-Uni."

Cette controverse intervient alors que les syndicats s’alarment du visage contrasté de la conjoncture britannique. D’une part, dopée par la consommation des ménages, la croissance du deuxième trimestre a augmenté de 0,8 %, soit 2,6 % sur un an, à en croire les chiffres publiés vendredi 25 août par l’Office national de la statistique.

Parallèlement, le chômage est passé de 4,9 % à 5,5 % en un an alors que la hausse des pressions inflationnistes conforte les anticipations d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !