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Un article de Alain AUFFRAY et Gilbert LAVAL paru dans Libération le 7 avril 2006

Les syndicats étudiants veulent une « intensification du mouvement »

vendredi 7 avril 2006 par Gilbert LAVAL, Alain AUFFRAY
Après avoir rencontré les parlementaires UMP pour discuter du CPE, les étudiants ne veulent pas relâcher la pression.

Pas vraiment convaincus, les étudiants et lycéens, par leur rencontres avec les parlementaires UMP. Alors que les responsables de leurs principaux syndicats sont sortis déçus, quarante-deux universités étaient perturbées jeudi, mais les cours y avaient lieu, et neuf étaient bloquées ou fermées, tandis que 33 fonctionnaient normalement, selon le ministère de l’Education nationale.

Après avoir rencontré les parlementaires UMP pour discuter du CPE, les leaders étudiant et lycéen, Bruno Julliard et Karl Stoeckel, ont appelé à la poursuite de la mobilisation. Bruno Julliard a souhaité « une intensification » du mouvement ». Plus optimiste, la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), qui demande le retrait du CPE mais s’oppose au blocage des facs a estimé avoir été « écoutée ».

Par ailleurs, présidents d’université et proviseurs de lycées en ont appelé, chacun de leur côté, à la raison jeudi pour demander le retrait d’urgence du CPE, au nom de la réussite de l’année universitaire et scolaire et de la bonne tenue des examens. Ils se sont adressés solennellement au gouvernement et aux jeunes, dans un appel soulignant le sentiment d’urgence, car les examens universitaires démarrent en mai, et le bac est fixé au 12 juin. Les rattrapages deviennent problématiques et les vacances de printemps se profilent (dès le 8 avril pour l’Ile-de-France et Bordeaux).


Mobilisation et blocage à tous les étages

Les occupations de gares, d’aéroports, de ponts se sont multipliées dans tout le pays.

Ils ne lâchent pas prise. Partout en France, hier, étudiants et lycéens ont démontré qu’ils restaient mobilisés. Suivant le mot d’ordre de la Coordination nationale étudiante, les anti-CPE ont multiplié les opérations de blocage. De Lille à Pau, en passant par Caen, Paris et Toulouse, plusieurs gares ont été occupées. Des manifestants ont bloqué les ponts d’accès à l’île d’Oléron et le pont de l’Europe à Strasbourg. L’accès à l’aéroport d’Orly a été perturbé tandis qu’à Rennes une succursale de l’Agence nationale pour l’emploi était occupée.

« Résistance ». A Paris, les manifestants ont systématiquement ciblé les grandes gares. Vers 9 h 30, hier, ils étaient une cinquantaine sur les voies de la gare de l’Est à Paris, entraînant une interruption du trafic. A 14 heures, ils étaient une bonne centaine sur les voies de Saint-Lazare. Rapidement évacués par la police, ils ont improvisé une manifestation qui a rapidement pris de l’ampleur. Au bout de la rue La Fayette, c’est un cortège de plus de 2000 manifestants qui s’est engouffré vers 15 h 30 dans la gare du Nord en scandant « Résistance ». Un représentant de la coordination d’Ile de France, étudiant à Paris-III, a clairement indiqué que son combat dépassait largement le CPE : « Nous voulons le retrait du CNE, de la loi égalité des chances et de la loi Sarkozy sur l’immigration. » Les manifestants ont arpenté sur plus d’un kilomètre les voies ferrées, entraînant une interruption totale du trafic pendant plus de deux heures. Dans une ambiance détendue : « C’est ma troisième gare, encore une et je gagne au Monopoly ! » se vantait un lycéen, tandis que des jeunes filles reprenaient leur slogan favori : « CRS en colère, le pastis, il est trop cher », rythmé par les coups de klaxon de la locomotive d’un Thalys prise d’assaut par des étudiants. Les gendarmes ne sont intervenus, en douceur, qu’après une bonne heure d’occupation. Pris en étau au milieu des voies, les manifestants se sont lentement dispersés sans incidents.

A Toulouse, les gardes mobiles avaient été déployées devant l’entrée principale de la gare Matabiau. C’est par les espaces verts, situés à l’arrière de la gare, que les 300 premiers anti-CPE ont envahi puis barré les voies ferrées, lançant aux agents SNCF du poste 4, un joyeux : « Les cheminots avec nous ! » Ils attendaient les cheminots, mais c’est la police qui est arrivée. « J’ai des ordres précis », fulminait le commissaire de la sécurité publique. A 15 h 50, il lançait une « première sommation ». Les matraques sortaient de sous les blousons de la quinzaine de policiers en civil rangés derrière lui. « Vous ne pouvez pas faire ça, il faut négocier d’abord », s’interposait le délégué régional CGT Eric Ferrères, proposant qu’une délégation d’étudiants explique leur mouvement aux voyageurs depuis la sono de la gare. Grimace du commissaire, la tension monte à l’arrivée de renforts de CRS. « Vous ne voulez pas négocier, relevait le syndicaliste. Mais, s’il devait y avoir une charge sur ces enfants sur le site de la SNCF, sachez que les cheminots ne le supporteraient pas. Dès ce soir, plus un seul train ne circule ici. » Les CRS, comme à la mêlée, sont pourtant allés au contact, repoussant les étudiants à coups de matraque. A 16 h 40, les voies étaient dégagées. L’opération s’est soldée par une demi-douzaine de blessés légers.

Blessés. Des incidents plus sérieux se sont déroulés à Caen, où plus de 2 000 jeunes anti-CPE ont occupé la gare pendant plus de deux heures. Bombardées de projectiles, les forces de l’ordre ont répliqué par des charges et des tirs de gaz lacrymogène. Au moins deux personnes ­ une femme policière et un manifestant ­ ont été blessées, et une dizaine de personnes interpellées. Après leur rencontre avec les parlementaires UMP, les leaders étudiants et lycéens ont appelé hier soir à « une intensification » de la mobilisation.

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