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Christophe ALIX | Libération le 23.05.2007

Les syndicats s’inquiètent de la méthode Fillon

mercredi 23 mai 2007 par Christophe ALIX
Depuis Seville, où se tient le congrès européen des syndicats, ils ont exprimé divergences et préoccupations •

Quand François Fillon accélère le tempo social, les syndicats mettent les bémols. Alors que le Premier ministre a pour la première fois fortement mis la pression mercredi sur les syndicats en fixant des dates-butoir aux négociations sur un service minimum et sur le contrat de travail unique, les responsables syndicaux ont été prompts à réagir depuis Seville, en Espagne, où ils assistent au congrès de [la Confédération européenne des syndicats (CES).

Face à l’empressement de François Fillon, François Chérèque (CFDT), Bernard Thibault (CGT) et Jean-Claude Mailly (FO), qui doivent être à nouveau reçus à l’Elysée à partir de vendredi, ont critiqué la méthode pour le moins autoritaire du Premier ministre. « Si on vient pour qu’on nous dise : « voilà comment faire », ce n’est pas un débat, et si le calendrier nous est imposé, il n’y a pas de discussions » a réagi François Chérèque. « La prochaine rencontre serait d’avantage au service d’une communication gouvernementale avant les législatives, plutôt qu’une véritable volonté de dialogue (...) » a suspecté pour sa part Bernard Thibault de la CGT selon lequel ces calendriers ne sont « pas une base de travail ». « Il y a un problème de méthode » a estimé Jean-Claude Mailly de Force Ouvrière.

Très ferme sur le calendrier, le nouveau Premier ministre a cependant réaffirmé son intention de « ne pas passer en force » et de respecter la loi sur le dialogue social, promulguée de fraîche date par le gouvernement Villepin. Cette loi du 1er février impose à l’exécutif une concertation obligatoire des organisations patronales et syndicales avant toute réforme concernant les relations du travail, l’emploi et la formation professionnelle.

Parmi les promesses du candidat Nicolas Sarkozy figure une législation sur le service minimum en cas de grève dans les transports en commun. Actuellement, la loi française n’impose un service minimum que dans quatre secteurs, audiovisuel, nucléaire, contrôle aérien et santé. Des services garantis existent sous des formes très diverses mais non coercitives à la RATP, à Aéroports de Paris et à la SNCF dans quatre régions (Alsace, Rhône-Alpes, Picardie et Ile-de-France).

Les syndicats pour leur part se disent ouverts à un renforcement des procédures d’alerte sociale, qui visent à éviter les grèves par une meilleur prévention des conflits. Ces dernières années, le nombre de jours de grèves dans les services public et les transports en commun ont connu une forte baisse, ce qui, selon les syndicats, constitue la preuve qu’il n’est pas nécessaire de légiférer sur ces sujets.

« Nous donnons aux organisations syndicales jusqu’à la fin de l’été pour faire des propositions. Si à la fin de l’été, elles ne sont pas faites, nous proposerons un texte au début du mois de septembre » a déclaré François Fillon. Afin de préparer le chantier du contrat unique de travail, une des quatre conférences sociales de la rentrée sera consacrée à cette « flexisécurité » venue de la Scandinavie. Le terme est emprunté à l’abondante littérature économique prônant une évolution de la législation et une conciliation entre la flexibilité requise par la compétition économique mondiale et les garanties offertes aux salariés.

Autrement dit, protéger les personnes et non les emplois, instituer un sécurité sociale professionnelle mais faciliter les procédures de lincenciements ou les plans sociaux lorsque les entreprises les jugent nécessaires. Selon la définition du nouveau ministre du Travail Xavier Bertrand, il s’agit de « la flexibilité supplémentaire pour les entreprises, procédures de licenciement raccourcies ou simplifiées, avec possibilité d’indemnisation en même temps ». De toutes les mesures du nouvel exécutif, le contrat unique est celle qui inquiète le plus la CGT, qui y voit la remise en cause du rééquilibrage de la relation inégale entre le salarié et son employeur conquis au fil des années par le droit du travail.


Fillon veut piloter la France à fond les manettes

Une formule 1. Voilà à quoi doit ressembler la France selon le premier ministre François Fillon, guère avare en métaphores depuis qu’il s’est installé en « ambianceur en chef » de la nouvelle majorité présidentielle. Après avoir parlé hier de « mobilisation totale » et de créer un « choc sur la croissance », le premier ministre a encore fait vrombir son moteur réformateur mercedi matin en se fixant comme objectif de relancer « la Formule 1 » France. Sur le binôme qu’il forme avec Sarkozy à l’Elysée, il a tout simplement dit lors d’un long entretien sur Europe 1, et sans la moindre modestie, qu’il pense former « une équipe comme on en aura jamais vue ».

Se sentant pousser des ailes avec son ouverture à gauche, il a de nouveau tapé durement sur la gauche qu’il dit battu idéologiquement à plates coutures lors de l’élection présidentielle. Il a ainsi jugé « pathétique » le patron du PS François Hollande, qui a mis en garde ce matin les électeurs contre « la communication doucereuse » de Nicolas Sarkozy avant les législatives, en annonçant, pour après le scrutin, « une politique dure ». « Qu’il nous dise quel est le projet du Parti socialiste, pas les pitreries auxquelles on a assisté depuis quelques jours qui visent à moquer les institutions de la République », a asséné le nouveau locataire de Matignon. Fin connaisseur de sport automobile et pilote amateur, a François Fillon a poursuivi dans la même veine en indiquant qu’il fallait « la conduire (ndlr : la Formule 1) au maximum de ses capacités pour qu’elle soit au premier rang de la compétition internationale, en même temps ménager sa mécanique et ne pas sortir de la route ». L’occasion de glisser que la France a pris beaucoup de retard et qu’on a « vraiment pas le temps de réfléchir (...), le temps de prendre notre temps ».

Il a donc passé en revue ses premières « urgences », notamment les mesures fiscales et financières que la future Assemblée devra adopter afin de « provoquer un vrai choc pour créer de la croissance » et atteindre 3% par an (autour de 2,5% prévus cette année). Il a ainsi donné jusqu’à la fin de l’année aux organisations syndicales pour travailler sur la question du contrat de travail unique qui viendrait remplacer les CDD et CDI. Un sujet « lourd de conséquences, technique et difficile » a-t-il cependant reconnu. Sur le service minimum dans les services publics, il faudra se dépêcher un peu plus puisqu’il a donné aux syndicats jusqu’à la fin de l’été » pour faire des propositions, faute de quoi le gouvernement proposera un projet de loi « début septembre ». Il a fait valoir que le service minimum était « un sujet sur lequel on a réfléchi pendant 15 ans, sur lequel 80% des Français souhaitent une réforme. (...) On ne va pas encore réfléchir pendant neuf mois ». Le gouvernement va « proposer dans les prochains jours les principes, l’architecture » du texte et « va les soumettre aux partenaires sociaux », a-t-il expliqué. Une feuille de route guère du goût de Bernard Thibault de la CGT selon lequel ces calendriers ne sont « pas une base de travail ».

Réforme « peut-être la plus importante » de la législature, la loi augmentant l’autonomie des universités n’attendra pas non plus. Elle sera votée « au mois de juillet » afin que les établissements puissent « s’organiser comme ils l’entendent, recruter leurs enseignants comme ils l’entendent, créer les enseignements qu’ils veulent » et passer des accords extérieurs sans l’avis de leurs tutelles. Temporisant sur la fusion GDF-Suez - « Il y a d’autres options » et il n’y a « pas urgence à décider » -, il a discrètement rappelé à l’ordre Martin Hirsch, mettant sur le compte de son arrivée toute récente ses prises de position pas très UMP-compatible sur la franchise médicale. « Martin Hirsch vient de nous rejoindre, donc il n’avait pas lu avec beaucoup d’attention le projet politique sur cette question qui est celui du président de la République. Il a rapidement compris que cette franchise n’était pas ce qu’il craignait ». `

Enfin, gare aux perdants. Tout ministre battu aux élections législatives serait contraint - y compris lui-même qui se présente dans la 4e circonscription de la Sarthe - de quitter le gouvernement. « Franchement, la logique, c’est que quand on est battu, ça veut dire qu’on n’a pas le soutien du peuple et qu’on ne peut pas rester au gouvernement », a estimé le Premier ministre. Onze ministre sont candidats aux législatives des 10 et 17 juin.

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