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Martin Plichta | Le Monde le 24 mai 2007

Les tensions rebondissent entre Prague et Vienne sur la centrale nucléaire de Temelin

jeudi 24 mai 2007 par Martin Plichta

Sujet de discorde entre la République tchèque et l’Autriche depuis plus de vingt ans, la centrale nucléaire de Temelin (Bohême du Sud), à 40 km de la frontière autrichienne, est l’objet d’une nouvelle dégradation des relations entre les deux Etats. Le ton monte ces derniers jours alors que les tensions n’ont cessé de croître depuis le début de l’année.

Les militants écologistes autrichiens menacent de bloquer les seize postes frontières entre les deux pays pendant deux heures au mois de juin. En guise de réponse, les communistes tchèques, troisième force politique du Parlement, ont appelé à boycotter les stations essence de l’autrichien ÖMV, numéro un dans le pays.

Le gouvernement tchèque cherche des soutiens en Europe pour contraindre Vienne à empêcher les blocages des postes frontières qui "constituent un déni à la libre circulation des biens et des personnes". Depuis février, les activistes autrichiens ont déjà bloqué à six reprises des passages routiers entre les deux pays : le 11 mai, 12 sur 16 ont été fermés pendant deux heures.

"FÊLÉS"

Exaspéré, le ministre tchèque des affaires étrangères, le prince Karel Scharzenberg, a estimé qu’il sera difficile d’arrêter les manifestations aux frontières. "Je connais un peu ces fêlés, ils ne vont pas finir de sitôt", a-t-il déclaré tout en prenant ses distances avec les appels au boycottage de sociétés et produits autrichiens.

Après cinq années de calme relatif sur le front de Temelin entre Prague et Vienne, l’arrivée au pouvoir en Autriche début 2007 du nouveau gouvernement de grande coalition emmené par les sociaux-démocrates a remis le dossier au coeur des relations bilatérales. L’entrée de Verts dans le cabinet tchèque de centre-droit en janvier a laissé espérer que la position de Prague pourrait évoluer. Mais il n’en est rien. "Temelin est une réalité. Le programme du gouvernement de coalition ne prévoit pas de nouvelles centrales nucléaires mais ne compte pas non plus avec la fermeture de Temelin", expliquait ainsi à la mi-mars Martin Bursik, le ministre tchèque de l’environnement et président des Verts, qui s’exprimait dans le quotidien autrichien Der Standard.

Une fuite d’eau "légèrement radioactive", qui s’est produite le 27 février dans l’enceinte confinée d’un des réacteurs arrêté en raison du changement de combustible, a contribué à la crise actuelle. Le chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer, qui effectuait ce jour-là une visite officielle à Prague n’en a pas été informé par son hôte, le premier ministre, Mirek Topolanek. Ce qui lui a valu, à son retour à Vienne, les foudres des écologistes autrichiens. Aussi laisse-t-il libre cours aux manifestations anti-Temelin. Il a également commencé à oeuvrer pour la mise hors service de la centrale comme prévoit le programme de son gouvernement.

La semaine dernière, le gouvernement viennois a réclamé à Prague, par voie diplomatique, des informations sur la sécurité de la centrale, qui a enregistré 167 pannes et incidents au cours des cinq années d’exploitation.

Vienne juge que le protocole de Melk, signé en novembre 2001, qui engage Prague à fournir des informations détaillées et complètes sur la centrale, n’a pas été respecté avant le passage à l’exploitation commerciale de Temelin en 2006. M. Gusenbauer estime que "la balle est désormais dans le camp tchèque" pour que Vienne n’ait pas à saisir une cour internationale pour non-respect d’un accord bilatéral, comme le réclament les écologistes autrichiens.


Chronologie

1987 Début de la construction de la centrale nucléaire de Temelin.

1989-1990 Chute du communisme. Premières protestations autrichiennes.

1993 Le cabinet du premier ministre Vaclav Klaus choisit l’américain Westinghouse pour les équipements de sécurité.

2000 Le premier réacteur entre en service. Manifestations d’écologistes autrichiens et blocage des postes-frontières.

29 novembre 2001 Le chancelier autrichien Schüssel et le premier ministre tchèque Zeman signent le protocole de Melk sous le patronage de Bruxelles.

Février 2007 Incident à Temelin. Blocage de poste-frontière.

4 mai 2007 Douze postes-frontières sur 16 bloqués pendant 2 heures. Les écologistes menacent de bloquer les 16 passages en juin.

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