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Un article de Philippe Jérôme paru dans L’Humanité du 18 octobre 2005

Les traminots poursuivent leur « grève citoyenne »

mardi 18 octobre 2005 par Philippe Jérôme

« Le chef de la CGT, je le connais bien puisque comme moi il est de Mazargues, alors si je lui dis qu’il n’y aura pas de pri-va-ti-sa-tion à la RTM, il peut me croire ! » a martelé Jean- Claude Gaudin, le sénateur et maire (UMP) de Marseille, samedi dernier sur France 3 Méditerranée. Il n’a pas franchement convaincu : « Ou bien il ne connaît pas un dossier qui lui a été mal expliqué, ou bien il est de mauvaise foi », nous disait hier matin un traminot du dépôt des bus de La Rose en votant pour la poursuite de la grève. Cela pour la quinzième journée consécutive, contre la gestion du tramway « séparée » de celle des bus et du métro par une société sous contrat d’affermage formée par la RTM et le groupe privé Connex (voir l’Humanité du 17 octobre ). À l’unanimité des nombreux présents et à l’appel de tous les syndicats - à l’exception de la CGC -, dans un dépôt laissé libre à la circulation des bus et des personnes. Même topo dans les dépôts d’Arenc et de la Capelette. En conséquence, hier encore la plupart des couloirs de bus étaient vides et les métros circulaient au compte-gouttes.

Salariés déterminés

Le mouvement est profond, les traminots sont très déterminés. Et les automobilistes marseillais relativement compréhensifs si l’on en juge par le peu de coups de klaxon entendus dans les embouteillages. Néanmoins certains commerçants du centre-ville tirent un signal d’alarme. Dans un encart publicitaire publié hier sur toute la dernière page de la Provence, la Fédération des commerces et services de proximité des Bouches-du-Rhône s’exclame : « Sauvons nos chiffres d’affaires ! » et appelle à soutenir l’action « pour un service garanti à la RTM ». L’ancien ministre et adjoint (UMP) au maire, Renaud Muselier donne lui aussi de la voix dans la presse : « C’est une grève inacceptable car c’est une grève politique. »

« Effectivement c’est une grève politique », estime Louis Lorio, le secrétaire général du Syndicat des cadres et techniciens CGT : « Pas au sens où nous aurions pour objectif de renverser le maire ou de le convaincre de renoncer à ses options ultralibérales, mais au sens noble du terme : nous voulons contribuer à ce que notre entreprise réponde bien aux enjeux de l’économie locale et aux besoins des usagers des transports. Pas besoin du privé pour cela, la RTM, ses cadres et conducteurs sont suffisamment compétents. Plutôt que politique, je dirais que notre grève est citoyenne ! » De fait, au cours de l’AG d’hier au dépôt de La Rose, comme chaque matin depuis deux semaines il était question entre grévistes plutôt de service public que de salaires, plutôt de gestion transparente du futur tramway que de conditions de travail. Le sénateur communiste Robert Bret était parmi eux, en soutien, confirmant, contrairement à ce que prétendait Jean-Claude Gaudin, que « la Banque européenne d’investissement ne fait pas d’une mise en concurrence du service public une condition de sa participation financière aux 800 millions d’investissement du projet tramway-métro ».

« une et indivisible »

Ce dernier argument, qui se voulait massue, tombé dans le Vieux-Port, il ne reste plus au maire de Marseille, président de la communauté urbaine, que la menace brandie d’une « réquisition » pour tenter de faire rentrer les grévistes dans le rang. « C’est plutôt à M. Gaudin d’arrêter de faire la forte tête et de renouer un dialogue que par ailleurs notre direction a rompu depuis que le principe d’une délégation de service public (DSP) a été adopté pour le tramway en mars dernier », estime Alain Requena, responsable FO à la RTM.

Les syndicalistes, estimant que le maire de Marseille « fuit le débat », ont décidé de s’inviter à l’hôtel de ville jeudi prochain. Ils tenteront de rencontrer Jean-Claude Gaudin pour lui demander à nouveau le « retrait de la DSP », pour lui expliquer pourquoi une gestion du tramway « séparée » sous le sceau du privé ne profiterait qu’aux actionnaires de Connex tout en affaiblissant gravement une RTM qui, pour eux, doit rester « une et indivisible ». Tout comme la République.


Public-Privé Combien ça coûterait ?

Actuellement la Régie publique des transports marseillais reçoit de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole une subvention de 116 millions d’euros (chiffre 2004) dont 17,3 millions de compensations tarifaires et 6 millions en amortissement. En contrepartie la communauté urbaine a perçu 108 millions d’euros du versement transport provenant de 90 % des entreprises marseillaises. « Cela permet largement d’équilibrer la subvention allouée à la RTM, une fois déduits compensations et amortissements sans oublier les 7 millions de taxe professionnelle que l’entreprise verse chaque année », précise le sénateur communiste Robert Bret, membre du conseil d’administration de la RTM.

Cet équilibre sera-t-il brisé en cas d’exploitation « séparée » du tramway par le partenariat 51-49 envisagé entre la RTM et la Connex ? Si la moitié des recettes du tramway, devenu un concurrent très attractif du métro, va au privé, ce sont au moins 9 millions d’euros qui chaque année tomberaient dans l’escarcelle des actionnaires soit 184 millions d’euros sur la période du marché envisagé. Autant d’investissements en moins - sauf si le public remet de sa poche - pour le métro et surtout le réseau de bus au matériel vieillissant dont la gestion est laissée à 100 % à la RTM. Une socialisation des investissements pour une privatisation des bénéfices et au final une dégradation du service public contre lesquelles s’insurgent les traminots marseillais.

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