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Article de Pierre-Henri Lab paru dans L’Humanité du 26 septembre 2006

Les trois mensonges de la fusion GDF-Suez

mardi 26 septembre 2006 par Pierre-Henri Lab
Énergie . La privatisation aboutira à la naissance d’un concurrent d’EDF. Suez, bien implanté dans le domaine de l’électricité, lorgne sur les 11 millions de clients de GDF.

Le débat sur l’article 10 autorisant la privatisation de Gaz de France s’est ouvert hier en fin d’après-midi à l’Assemblée nationale. Si, sa probable adoption ne signifie pas la fin de l’histoire - il reste encore beaucoup de temps et beaucoup de choses qui peuvent se passer d’ici l’adoption définitive de la loi et la réalisation concrète de la fusion avec Suez -, elle marque le franchissement d’un pas supplémentaire vers la naissance d’un concurrent de poids à EDF.

1. Pas de géant gazier en vue

N’en déplaise au gouvernement et aux promoteurs de la fusion, celle-ci n’engendrera pas un géant gazier. Les griefs de Bruxelles et les réponses que propose d’y apporter la direction de GDF montrent que la nouvelle entité perdra la maîtrise des infrastructures d’importation, de transports et de distribution de gaz et qu’elle ne représentera que 14 % de plus que les capacités de l’actuelle entreprise nationale. Le ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Breton a beau l’avoir démenti vendredi dernier, les cessions de volumes de gaz proposées à la Commission européenne excèdent bel et bien les 50 twh/an (4,5 milliards de m3) concédées par GDF. Thierry Breton omet de préciser que Gaz de France propose, sans les chiffrer, des cessions supplémentaires de contrats d’approvisionnements et des ventes aux enchères de volumes de gaz. Selon nos informations, la quantité de gaz ainsi abandonnée au marché dépasse les 50 twh/an. Au total, ce sont bien 21 % des capacités de GDF, comme l’affirment les syndicats, qui seront transférés à la concurrence.

2. Les prix ne baisseront pas, au contraire

Pas plus qu’elle ne donnera naissance à un géant gazier, la privatisation de GDF au profit des actionnaires de Suez ne fera pas baisser les prix. Bien au contraire. Les exigences de rentabilité des actionnaires conduiront à modifier les critères de gestion de GDF. 90 % des approvisionnements de l’entreprise nationale se font actuellement sous forme de contrats à long terme. Ces contrats d’une durée de vie comprise généralement entre vingt et trente ans offrent au producteur une grande visibilité quant à la commercialisation de sa production. Cette visibilité lui permet d’effectuer les investissements colossaux nécessaires à l’amélioration de ses capacités. En échange, il concède des tarifs inférieurs aux distributeurs capables d’écouler son gaz. Le coût d’achat du mégawatt pour GDF est ainsi inférieur à 20 euros alors que le prix du marché avoisine les 40 euros. Pourquoi GDF privatisé continuerait-il à vendre son gaz au tarif administré alors qu’il peut réaliser une juteuse plus-value ? Certains objecteront que le contrat de service public conclu au lendemain de l’ouverture du capital empêche ce genre de dérive. Reste que le dit contrat est renégociable en 2007 et que Bruxelles, dans sa lettre de griefs, ne cache rien de son hostilité envers les tarifs administrés et les contrats à long terme. Enfin, cette spéculation pourrait tuer la poule aux oeufs d’or. Il y a fort à parier que les producteurs de gaz ne laissent pas échapper ces substantiels profits. Dans le domaine du pétrole, les récentes revendications du russe Gazprom qui revendique sa part du futur gisement Sakhaline 2, démontrent qu’ils ne sont pas prêts à se laisser tondre la laine sur le dos.

3. Une concurrence frontale avec EDF

La privatisation de GDF et sa fusion avec Suez visent pour l’essentiel à créer un concurrent à EDF. Suez est un gazier de troisième ordre en Europe (35 % de la capacité de GDF) mais un électricien de première importance en France. Propriétaire d’Electrabel et du parc nucléaire Belge, le groupe privé détient d’importantes participations dans plusieurs producteurs français d’électricité. Outre 49 % de la Compagnie nationale du Rhône (Suez ambitionne de devenir majoritaire mais la loi empêche pour l’instant la privatisation totale de l’entreprise), le groupe de Gérard Mestrallet est actionnaire de la Société hydroélectrique du Midi (SHEM, ancienne filiale de la SNCF) et de la CPCU (la compagnie de chauffage urbain parisien, premier producteur d’électricité en Île-de-France). En absorbant [GDF-< mot 44], Suez met la main sur un portefeuille de 11 millions de clients. 11 millions de clients à qui le groupe fusionné pourra proposer une offre duale gaz et électricité au détriment d’EDF.

Pierre-Henri Lab

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