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Un article de Jean-Yves Nau paru dans Le Monde du 20.12.05

Les "troubles musculo-squelettiques" : des pathologies liées au productivisme

mardi 20 décembre 2005 par Jean-Yves Nau

Hier inconnus du grand public, les "troubles musculo-squelettiques" (TMS) représentent aujourd’hui une entité pathologique à part entière et en plein développement. On désigne ainsi un ensemble d’affections touchant les tissus dits "mous" (muscles, tendons, nerfs, vaisseaux, cartilages) des membres et du dos. Dans cet ensemble, l’une des pathologies les plus fréquentes et par ailleurs très faciles à diagnostiquer est le syndrome du canal carpien (SCC), qui constitue un fidèle "traceur" des TMS.

Il est la conséquence de la compression du nerf médian au niveau de son passage sous le ligament annulaire antérieur du carpe, à la base de la paume de la main. Ce syndrome se caractérise par des engourdissements et des douleurs diurnes et nocturnes, touchant particulièrement la face palmaire des trois premiers doigts. Outre le poignet, les principales articulations concernées par les TMS sont l’épaule, le coude, le genou, la cheville ainsi que les articulations du cou, des doigts et des pieds.

En France comme dans la majorité des pays de l’Union européenne, les TMS sont, depuis cinq ans, la première cause des maladies professionnelles indemnisées. En 2002, plus de 21 000 cas de TMS ont été officiellement reconnus en France au titre de ces maladies (soit près de 70 % d’entre elles). Selon les dernières données disponibles, le nombre de cas de TMS liés au travail a été multiplié par dix en dix ans.

"L’activité professionnelle joue un rôle très important, explique le docteur Yves Roquelaure (département santé au travail et ergonomie, CHU d’Angers). L’enquête que nous menons avec l’Institut national de veille sanitaire montre que les TMS sont étroitement liés aux emplois peu qualifiés de l’industrie ou du tertiaire. Nous sommes confrontés ici à une pathologie des métiers d’exécution, une pathologie de la productivité de plus en plus fréquemment observée dans l’ensemble des pays industrialisés."

Au-delà du caractère mécanique et répétitif des gestes professionnels, ce spécialiste juge que les TMS tiennent avant tout au fait que les gestes répétitifs sont décidés par d’autres, qui, eux, ne les pratiquent pas. "L’organisation du travail fait que beaucoup ne peuvent pas, pour des raisons de temps et de productivité, effectuer les gestes qui leur conviendraient, et à eux seuls, explique-t-il. A ce corsetage du corps et du temps, il faut ajouter la déstructuration des collectifs de travail, la demande de polyvalence, d’intérim, de flexibilité."

Pour les médecins du travail, agir efficacement conduirait à remettre en cause de larges pans de l’organisation du travail et de la hiérarchie. Dans l’essai qu’il consacre aux accidents du travail et aux maladies professionnelles (Les Désordres du travail), Philippe Askenazy accorde une attention particulière à l’épidémie des TMS en France et aux Etats-Unis. Selon lui, la dégradation des conditions de travail à l’origine de ces troubles est avant tout la conséquence du nouveau productivisme qui préside à la réorganisation des entreprises et à la désorganisation du travail.

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