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Marc Leras | L’humanité du 15 mars 2007

Lipton et Éléphant refusent les licenciements

jeudi 15 mars 2007 par Marc Leras
Agroalimentaire . Les salariés de Fralib à Gémenos (13) ont entamé une grève illimitée, reconductible et reconduite à l’unanimité hier encore.

La lutte des Fralib, qui fabriquent à Gémenos près de Marseille, sous les marques « Éléphant » et « Lipton » des infusions et des thés aromatisés pour la multinationale Unilever, a commencé en novembre dernier. La direction avait alors présenté son projet de restructuration : 57 suppressions d’emplois sur 246 et une baisse significative des volumes de production.

« Nous avons immédiatement fait part de notre opposition à ce plan, mais sans nous lancer tête baissée dans le mouvement. Nous avons organisé des journées d’action, une quinzaine aujourd’hui, pour les rencontres et les moments importants », raconte Gérard Cazorla, secrétaire CGT du comité d’entreprise. « Nous avons obtenu des résultats, notamment quelques garanties sur l’avenir du site. Le nombre de suppression de postes a été ramené à 40, avec des mesures d’âge, un plan social négocié et des départs volontaires. Mais nous refusons tout licenciement, ce que la direction ne nous a pas garanti. »

Du coup, les Fralib ont entamé lundi un mouvement de grève illimité, reconductible et reconduit à l’unanimité hier encore. D’autant que ce matin sont prévus un comité d’entreprise extraordinaire ainsi que la première réunion annuelle de négociation des salaires.

Gémenos est aujourd’hui le principal site européen de production des infusions et des thés aromatisés du groupe, un marché croissant, alors que le thé noir conditionné à Bruxelles perd du terrain chaque année. Le résultat d’une politique féroce de fermetures de sites et de suppressions d’emplois à travers l’Europe de la part d’Unilever.

« L’usine de Gémenos s’est bâtie sur la fermeture des chantiers naval voisins de La Ciotat, avec une exonération de taxe professionnelle pendant dix ans », poursuit Gérard Cazorla. « En 2006, le groupe a versé à ses actionnaires 750 millions d’euros de dividendes exceptionnels et a réalisé un bénéfice de 5 milliards d’euros. On nous parle de la masse salariale des Fralib, mais elle ne représente que 14 centimes sur une boîte de thé vendue entre 1,70 et 2,30 euros. L’entreprise va bien, notre usine est très rentable, c’est pour cela que des licenciements sont inacceptables pour nous. Nous avons prévenu les salariés que c’était un combat qui pouvait durer ».

Le site de Gémenos reflète la politique de recomposition industrielle d’Unilever. Les salariés qui viennent des anciennes usines de Marseille, mais aussi du Havre et de l’Est de la France côtoient des embauchés plus récents originaires de la région.

Délégué CGT, Olivier Leberquier a déjà vécu en 1998 la fermeture de l’usine du Havre et les déchirements qui s’en sont suivis. Avec treize ans de boîte au compteur, il a dû abandonner ses parents et amis pour venir s’installer, avec sa femme et ses deux enfants, dans la région marseillaise afin de pouvoir continuer à travailler. Ils sont une cinquantaine dans son cas à Gémenos. « J’étais bien au Havre, mais j’ai dû vendre ma maison et tout recommencer », constate-t-il aujourd’hui. « Mes parents ne voient pas grandir leurs petits-enfants. Cette absence est un crève-coeur. Unilever nous a pris déjà tellement de choses dans notre vie que nous n’avons plus rien à perdre et que nous tiendrons. Il y a ici des gens d’horizons divers et c’est toute cette expérience qui fait notre force ».

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