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Un article de Jean-Pierre Langellier paru dans Le Monde du 1er avril 2006

M. Blair confie au secteur privé le démantèlement de ses vieilles centrales nucléaires

samedi 1er avril 2006 par Jean-Pierre Langellier

L’industrie nucléaire britannique est à l’aube d’un grand chambardement. Le gouvernement a en effet annoncé, jeudi 30 mars, sa décision de confier au secteur privé le démantèlement de ses vieilles centrales nucléaires, pour un coût estimé à quelque 100 milliards d’euros.

Actuellement, le principal opérateur nucléaire est le British Nuclear Group (BNG), qui appartient à l’organisme public British Nuclear Fuels Ltd (BNFL). Principal fournisseur de services nucléaires, employant quelque 14 000 personnes, BNG fait fonctionner les usines et s’occupe des déchets. Il sera vendu d’ici à l’automne 2007.

L’Autorité du démantèlement nucléaire (NDA) est un organisme public créé en avril 2005 pour étudier les différentes options. C’est elle qui a proposé de privatiser le démantèlement, option retenue par le gouvernement. "Cette stratégie, a souligné jeudi son président Anthony Gleaver, est la meilleure en termes de sécurité, de coût, de rentabilité et de fiabilité pour solder l’héritage de soixante ans d’histoire nucléaire en Grande-Bretagne."

Dix-neuf sites, centrales ou centres de stockage des déchets seront mis peu à peu hors service d’ici à 2023, au premier rang desquels celui de Sellafield, dans le comté de Cumbria, au nord-ouest de l’Angleterre. Une seule centrale existant aujourd’hui, Sizewell B, restera alors en service. Certaines usines, parmi les plus anciennes, ont déjà été fermées.

Sellafield est le plus gros site industriel du pays, avec 10 000 employés, et le site nucléaire le plus controversé, notamment parce qu’il passe pour le plus radioactif d’Europe. Il sera vendu en 2007 en même temps que BNG qui le gère.

Le coût total du démantèlement a été revu à la hausse, de 56 à 76 milliards de livres (101 milliards d’euros), en grande partie à cause d’une contamination chimique plus vaste que prévu à Sellafield, mais aussi à cause d’une cherté accrue de la gestion à long terme des sites décontaminés et du traitement futur de l’uranium et du plutonium récupérés. L’essentiel des déchets nucléaires sont stockés sur 37 sites à travers le royaume. 65 % de leur volume total se trouve à Sellafield.

La NDA soumettra donc les contrats de démantèlement à des appels d’offres. Le premier sur la liste est le site de Drigg, également en Cumbria. Une fois vendu, BNG sera bien placé pour décrocher une part des contrats. BNG possède l’expertise, mais a besoin de se marier à d’autres compagnies pour pouvoir rivaliser avec les multinationales du secteur qui ne manqueront pas d’être alléchées par un marché annuel de 2 milliards de livres.

En tête des entreprises britanniques intéressées, figurent le groupe d’ingénierie et de gestion Amec, et les compagnies Serco, Carillion et WS Atkins. Mais les futurs acteurs de ce gros marché seront les Américains, plus expérimentés que leurs rivaux britanniques : Fluor, Shaw, The Washington Group et Bechtel. La longue durée des contrats devrait aussi attirer les compagnies d’assurances et les fonds de pension.

L’annonce faite jeudi a réveillé la polémique sur l’avenir de l’énergie nucléaire au Royaume-Uni. Actuellement, l’électricité du pays provient pour 41 % des centrales au gaz, pour 34 % des centrales à charbon et pour 19 % du nucléaire. La dépendance à l’égard d’un gaz de plus en plus coûteux a incité le gouvernement à relancer à l’automne 2005 un débat sur l’option nucléaire. Il lui faudra décider sans doute avant la fin de l’année de construire ou non de nouvelles centrales. Les adversaires du nucléaire craignent que la privatisation de BNG soit le premier pas vers une réorientation de la politique énergétique du pays en ce sens.


Un mouvement écologiste estime le coût, en France, à 500 milliards d’euros

SELON une extrapolation établie à partir des chiffres britanniques, un démantèlement des sites nucléaires en France coûterait environ 500 milliards d’euros - soit cinq fois plus cher qu’en Grande-Bretagne -, a estimé, jeudi 30 mars, "Sortir du nucléaire".

Dans son communiqué, ce réseau, qui fédère 720 associations, rappelle que 58 réacteurs fonctionnent actuellement et qu’une dizaine sont arrêtés.

En outre, "Sortir du nucléaire" rapporte qu’il faudrait organiser le démantèlement de sites géants comme ceux de La Hague (Manche), Tricastin (Drôme), Marcoule (Gard) et Cadarache (Bouches-du-Rhône) et achever également celui de Superphénix (Isère), "en cours mais loin d’être terminé". Le réseau souligne en outre que son estimation n’intègre pas le "coût de la gestion des déchets radioactifs ainsi générés".

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