Liste des auteurs

Article de Christophe FORCARI et Catherine MAUSSION paru dans Libération le 4 octobre 2006

MMA joue avec la santé

mercredi 4 octobre 2006 par Catherine MAUSSION, Christophe FORCARI, Jean-Pierre Davant

Les Mutuelles du Mans Assurances (MMA) soignent particulièrement leurs assurés en bonne santé. Cette compagnie d’assurances privée, qui n’a de mutuelle que le nom, a jeté un pavé dans la mare en lançant une complémentaire santé d’un nouveau type. Ce contrat baptisé « Santé double effet », qui sera mis sur le marché à partir de décembre, propose, moyennant une majoration de la cotisation d’environ 15 %, de mettre dans un bas de laine la moitié de la somme versée par l’assuré et de la lui rembourser si ses dépenses de santé sont faibles ou nulles. L’autre moitié reste, elle, dans la poche de l’assureur. Ritournelle. « Ce produit est destiné aux gens qui disent : "Je ne vais jamais chez le médecin" et qui ont l’impression de payer pour rien », expliquent les responsables de la compagnie d’assurances. « Si vous allez cinq fois chez le médecin dans l’année en achetant les médicaments qui vont avec, vous n’aurez pas épuisé votre réserve », précise un porte-parole de MMA, dont la petite ritournelle hante les écrans publicitaires aux heures de grande écoute. En revanche, en cas de gros pépin de santé comme une hospitalisation, la réserve sera amortie en une seule fois et le patient ne touchera rien de la petite cagnotte. La complémentaire fonctionnera alors de manière normale, remboursant le patient de la part non prise en charge par la Sécurité sociale, sans pénalité. Les mutuelles et les associations de consommateurs ont aussitôt dénoncé une grave entorse au principe de solidarité entre malades et bien-portants. Grâce à ce contrat, MMA pratique une sélection des risques qui ne dit pas son nom. En effet, cette complémentaire « double effet » est avant tout susceptible d’attirer une clientèle de trentenaires en bonne santé, plutôt que des sexagénaires hypocondriaques. Surtout, elle introduit dans l’assurance santé le principe du bonus-malus en vigueur dans les assurances automobiles.

Rêve d’assureur. MMA, qui sait parfaitement que la loi interdit l’application de ce principe aux contrats de santé, ne va pas jusqu’au bout de sa démarche. Puisque les clients en bonne santé seront remboursés, la logique voudrait alors que les malades ou les personnes à risques paient plus. MMA réalise une partie du rêve des assureurs : encaisser des primes pour assurer un risque zéro et ne rien débourser.


Jean-Pierre Davant, président de la Fédération nationale de la mutualité française : « C’est un mauvais coup porté à la solidarité »

Jean-Pierre Davant, président de la FNMF (Fédération nationale de la mutualité française), qui rassemble les 62 % de Français adhérents à une mutuelle.

MMA (Mutuelles du Mans Assurances) propose de ristourner aux assurés une fraction de leurs cotisations s’ils ne consomment pas trop. Dans un pays accusé parfois de surconsommation médicale, certains peuvent trouver la démarche vertueuse. Qu’en pensez-vous ?

Je présenterais les choses autrement. Qu’est-ce qu’ils nous disent, les assureurs de MMA ? On va faire payer davantage les malades ! On va majorer les cotisations d’assurance maladie complémentaires de 15 % et ceux qui ne sont pas malades bénéficieront d’un reversement à la fin de l’année. C’est un mauvais coup porté à la solidarité. On touche ici à un sujet extrêmement sensible. Si l’on réussit à mettre dans la tête des gens que s’ils sont malades il est normal qu’ils paient, c’est le principe même de l’assurance obligatoire et du système de Sécurité sociale tel qu’il fonctionne en France qui est ébranlé. Notre système obligatoire est fondé sur la solidarité. Celle des bien-portants vers les malades, des jeunes vers les plus âgés.

La MMA a-t-elle le droit de procéder ainsi ? Certaines mutuelles adhérentes à votre fédération ne modulent-elles pas déjà les primes entre jeunes et plus âgés ?

D’abord, la MMA n’est pas une mutuelle, elle n’est pas régie par le code de la mutualité. Contrairement à ce que peut laisser entendre son vocable, c’est un assureur privé. Et à ce titre, elle fixe sa propre stratégie. A la FNMF, en revanche, les règles sont différentes. Dans certaines de nos mutuelles, les cotisations peuvent être liées aux revenus. D’autres peuvent effectivement moduler les cotisations en fonction de l’âge. Mais jamais il n’est fait de discrimination en fonction de l’état de santé, ce que fait la MMA. Son dispositif vise à attirer massivement les jeunes. Le bonus qu’elle propose peut aussi être dangereux. Vous pourrez avoir des cotisants qui ont besoin de soins et qui mettront en balance la ristourne pour différer une visite, des analyses, une radiographie... qui peuvent être vitales.

La MMA plaide que, en baissant ses tarifs, elle incite surtout les jeunes, non couverts et attirés par la ristourne, à se protéger. Dans toutes nos mutuelles, il y a déjà des tarifs spécifiques pour les étudiants. C’est un faux argument. La jeunesse est un état passager. La solidarité, elle, se décline sur toute une vie. La MMA monte surtout une superbe opération de marketing en lançant sa formule. D’autres compagnies l’avaient précédée dans le spectaculaire. Avec toujours cette idée en tête, attaquer le principe de mutualisation.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !