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Article de Gérard Le Puill paru dans L’Humanité du 11 mai 2006

Maigres retraites en vue

vendredi 12 mai 2006 par Gérard Le Puill
Les droits à pensions des personnes nées entre 1945 et 1974 seront moindres que ceux de leurs aînés en dépit d’une plus longue durée de cotisation

Les réformes de 1993 et de 2003 ont considérablement durci les conditions du départ en retraite à taux plein. Pour tenter d’en mesurer les conséquences, l’INSEE s’est livré à une série de projections sur les générations de salariés nés entre 1945 et 1975. Les fonctionnaires nés entre 1945 et 1954 partiront en retraite en moyenne 1,5 an plus tard que prévu avant l’entrée en vigueur de la réforme Fillon de 2003. Les fonctionnaires nés entre 1955 et 1974 en subissent les effets de plein fouet et partiront 2,2 ans plus tard que prévu. Dans le secteur privé, l’impact de la réforme Fillon serait moindre puisque l’âge moyen de départ augmenterait de 0,8 an pour les gens nées entre 1945 et 1974. Mais il faut ici se souvenir que le plus gros du durcissement des conditions de départ s’est déjà produit avec l’application progressive de la loi Balladur de 1993, dont les deux principales mesures sont le passage de 150 à 160 trimestres de cotisation et la prise en compte des 25 meilleures années en lieu et place des 10 meilleures années pour le calcul de la pension.

Les générations nées après 1945 partiront non seulement plus tard en retraite, mais aussi avec une pension moindre. Ce que l’on nomme le taux de remplacement - à savoir le taux de pension au regard du dernier salaire perçu - baissera à nouveau pour chaque décennie de nouveaux retraités. Cette baisse sera de 1 point pour les fonctionnaires nés entre 1945 et 1954, de deux points pour ceux nés entre 1955 et 1964, de trois points pour les fonctionnaires nées entre 1965 et 1974.

Le durcissement est encore plus violent dans le privé puisque les mêmes tranches d’âge essuieront respectivement un manque à gagner de trois points, cinq points et sept points par rapport à la situation d’avant 2003. Bref, dans tous les cas de figure, il faudra travailler plus longtemps pour avoir droit à une retraite nettement dévalorisée par rapport à ce qui existait avant la réforme Fillon de 2003.

Les projections de l’INSEE font également ressortir que les salariés les plus diplômés rentrés tard sur le marché du travail auront de plus en plus de mal à faire valoir le droit à une pension complète à 60 ans, faute d’avoir cotisé suffisamment. Beaucoup tenteront donc de jouer les prolongations jusqu’à 65 ans, voire au delà.

Il reste à savoir si ces choix forcés seront possibles, tant au regard de l’état de santé de ces salariés que de la propension des employeurs à licencier les plus âgés. L’INSEE ne se penche pas sur cet aspect du problème. Mais une étude récente de Samia Benallah parue dans le numéro 48 de la revue de l’Institut de recherche économique et sociale (IRES) avait montré que ces générations verraient leurs droits à pension laminés en cas de grande précarité en fin de carrière.

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