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Un article de Michel HENRY paru dans Libération le 8 octobre 2005

Marseille perd tous ses moyens de locomotion

samedi 8 octobre 2005 par Michel HENRY
Alors que, vendredi, la SNCM bloquait toujours des ports, les salariés du bus et du métro poursuivaient aussi leur action, paralysant la ville.

a lutte finale ? Elle débute, vendredi matin, sous les fenêtres du maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin. Ça crie, ça tire des pétards, ça fait un maximum de potin pour lui casser les oreilles, mais il reste étonnamment muet sur les conflits. Les grévistes de la Société nationale Corse-Méditerranée (SNCM) sont venus par la mer, avec leur moyen de transport habituel : les canots de sauvetage décrochés des ferries. Ils font des ronds dans le Vieux-Port, avec des banderoles « Villepin-Butler association de malfaiteurs » et « 51 % sinon rien », référence au pastaga, et à leur volonté de voir l’Etat rester majoritaire. A leur côté, les grévistes de la Régie des transports marseillais (RTM), ceux du Port autonome de Marseille (PAM), les salariés de chez Nestlé Saint-Menet... 1 500 personnes, selon les syndicats, 900 selon la police. Joli « moment de convergence », dit Mireille Chessa, leader de la CGT dans les Bouches-du-Rhône : « On va ébranler le gouvernement et le Medef ! » La vie d’un Marseillais, ça peut être ça : s’il habite près du port, il ne peut dormir avant 3 heures du matin, car les grévistes de la SNCM font rugir les sirènes des bateaux bloqués. Le matin, il se lève, part à pied au boulot...

Le schmilblick. Vendredi matin, sur RTL, Laurence Parisot, patronne du Medef, demande au gouvernement de débloquer les ports de Marseille et Bastia, en grève depuis le 27 septembre, car il y a « urgence ». A 18 heures, le préfet lance les troupes à Fos-sur-Mer. Ça se passe apparemment sans résistance. Mais ça n’arrange rien. Suite de l’opération, les dockers de Marseille et du golfe de Fos se mettent en grève... Le préfet et la direction demandent la reprise du travail avant d’entamer les négociations : c’est ce qu’ils avaient cru obtenir en levant, lundi, des procédures disciplinaires contre trois agents. Les grévistes, qui dénoncent une « privatisation petit bout par petit bout », refusent. Pendant ce temps, le blocus étouffe l’économie locale. Selon la chambre de commerce, « 25 000 conteneurs ont été déroutés, ainsi que 92 000 passagers dont 11 000 croisiéristes ». On compterait, selon le patronat, 1 100 personnes en chômage partiel et 125 millions d’euros de pertes de chiffre d’affaires. Les armateurs menacent de se détourner vers Gênes (Italie) ou Rotterdam (Pays-Bas).

A la SNCM, en grève depuis le 20 septembre, ça bloque. Pour faire avancer le schmilblick, le duo de repreneurs potentiels (1) est venu, vendredi, à la préfecture. Ça ne marche pas terrible : Walter Butler et Stéphane Richard (patron de Connex) ont juste vu des syndicats d’officiers. Pas la CGT (majoritaire) ni le Syndicat des travailleurs corses (STC), qui boycottent les « requins de la finance » et réclament des discussions politiques que le gouvernement refuse. Le duo ne se décourage pas. « Faut quand même qu’il y ait des négociations », risque timidement Walter Butler. « On a trop parlé de répartition du capital, estime Stéphane Richard. Il faut parler du projet industriel. Il y a un autre avenir que le dépôt de bilan. Notre porte est ouverte tout le week-end, sans préalable. » Lundi, il sera trop tard : voilà le message martelé par le gouvernement avec la menace éventuelle d’un dépôt de bilan. Jérôme Daydou (CFTC officiers), qui a rencontré le duo, l’affirme : « Ils ne sont disposés à y aller que si les organisations syndicales, évidemment les majoritaires d’abord, les rencontrent, et que la grève s’arrête. Sinon, c’est le dépôt de bilan. »

Méthodes violentes. La Régie des transports marseillais, en grève depuis le 4 octobre, s’installe dans un conflit long. Les grévistes ne supportent pas qu’on adjoigne à la RTM un partenaire privé (Connex) pour postuler à l’appel d’offres du futur tramway. Il y a de moins en moins de bus et de métros. Alain Vercelone (CGT) ne réclame même pas de négociations : « On n’a pas de grande discussion à avoir. On veut juste une réponse de Gaudin. Ou il donne le tramway à la RTM et on reprend le travail, ou il refuse et on continue. » La direction dénonce un « objectif politique ». « Les grévistes réclament la remise en cause d’une décision de la communauté urbaine, qui a choisi une mise en concurrence pour le futur tramway », explique le directeur général, Marc Girardot, qui déplore des méthodes violentes (« une arcade sourcilière cassée ») et des « pressions » sur les non-grévistes. Le mouvement est reconduit jusqu’à lundi soir. Selon la direction, il pourrait durer jusqu’au 18 octobre, date du dépôt des candidatures.

(1) A son troisième et dernier plan présenté mercredi, le gouvernement propose : Butler 38 %, Connex-Veolia 28 %, Etat 25 % et salariés 9 %.

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