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Entretien réalisé par Yves Housson publié dans L’Humanité le 29 novembre 2006

Maurad Rahbi : « Il faut imposer des règles strictes aux fonds d’investissement »

dimanche 3 décembre 2006 par Yves Housson, Maurad Rabhi
Pour Maurad Rahbi, dirigeant de la CGT textile, les fonds à l’origine des plans de restructuration doivent assumer l’intégralité du coût de la « réparation sociale ».

Well, Aubade, Dim : trois cas de restructurations dans le textile, avec, à la clé, des suppressions d’emplois massives et des délocalisations de la production. Pour résister à la concurrence, il n’y aurait pas d’autre choix, explique-t-on en substance à chaque fois aux salariés...

Maurad Rahbi. Première remarque : à la différence d’autres, qui vont mal, du fait de l’explosion des quotas, on a affaire, là, à des entreprises qui sont en bonne santé financière et cherchent à améliorer leur rentabilité, sous la pression des actionnaires qui sont à leur tête. Aubade, Dim, Well ont été rachetés il y a peu par des fonds d’investissement. La première chose qu’ils font, c’est casser ! Ces fonds n’ont qu’une seule logique : avoir un retour sur investissement le plus rapidement possible, à la meilleure marge possible, et pour cela ils ne se soucient pas de l’emploi. C’est cette logique-là qu’il faut briser en imposant des règles strictes qui obligent les fonds à changer leur comportement. Avec Dim, Well, Aubade, ils ont de belles marques, qui gagnent de l’argent ; Dim a tout de même été racheté 250 millions d’euros l’an passé. Les fonds rachètent, gardent la marque, cassent tout, délocalisent et gardent seulement des platesformes logistiques et commerciales pour revendre des produits faits en « sourcing » (fabriqués à l’étranger par des sous-traitants - NDLR), de façon à pouvoir marquer « Made in France ».

Comment pourrait-on enrayer ce qui apparaît comme une machine infernale ?

Maurad Rahbi. Il faut imposer des règles strictes à la grande distribution et aux fonds financiers. Ces fonds qui cassent doivent assumer tout le coût de la réparation sociale : la reconversion des salariés licenciés, la formation, y compris l’indemnisation de chômage. Et avoir une obligation d’investir dans la réindustrialisation du bassin d’emploi touché. Quant à la grande distribution, largement à l’origine de ces situations catastrophiques, il faudrait créer une taxe sur les produits importés et imposer des marges de productions françaises dans leurs rayons. Il faut enfin contrôler les fonds publics versés aux entreprises, s’assurer de la contrepartie en matière d’emplois. Je viens d’apprendre que Dim va recevoir de l’argent public pour mettre en oeuvre sa restructuration : on aide pour casser, c’est scandaleux ! Dans l’immédiat, je souhaiterais que, comme cela vient de se passer pour les sous-traitants de l’automobile, les ministères du Travail et de l’Industrie organisent une discussion sur les problématiques de la filière textile, et qu’ils demandent des comptes aux financiers.

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