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Propos recueillis par GEORGES QUIOC.parus dans le Figaro le 13 juillet 2006

Medvedev : « Gazprom a une capacité financière illimitée »

jeudi 13 juillet 2006 par Georges Quioc
Dans les coulisses du G 8 qui s’ouvre demain soir à Saint-Pétersbourg, le géant russe de l’énergie Gazprom sera un acteur discret mais vigilant.

Le vice-président du groupe public russe, Alexandre Medvedev, fustige les doutes de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sur la capacité de la Russie à ­satisfaire l’explosion attendue de la demande de gaz de l’Europe. Il qualifie de « non-sens » l’organisation d’une solidarité intra-européenne et ne veut pas entendre parler de la charte de l’énergie que l’Union européenne voudrait voir ratifiée par Moscou.

Le FIGARO. - Selon le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), votre groupe n’investit pas assez dans la prospection production de gaz pour répondre au doublement de la demande en Europe d’ici à 2030...

Alexandre MEDVEDEV. - Je ne peux pas le laisser affirmer de telles inexactitudes. J’ai rencontré personnellement Claude Mandil, et j’ai attiré son attention sur le caractère infondé de ses doutes. Notre production est actuellement de 900 milliards de mètres cubes par an. Nous n’avons aucun besoin de produire du gaz qui n’est pas encore vendu. Ce qui est sûr, c’est que, dans l’avenir, Gazprom fera le nécessaire en termes financiers pour pouvoir remplir ses engagements internes et externes.

Selon l’AIE, Gazprom ferait mieux d’investir dans la partie amont (prospection exploitation) qu’en aval (transport distribution) du cycle de production...

L’AIE n’est pas qualifiée pour juger la stratégie de Gazprom. Je considère que la distinction entre les investissements amont et aval n’est pas pertinente. Nous prenons des décisions stratégiques pour devenir un des leaders mondiaux du marché de l’énergie. Si vous regardez les groupes comme Exxon, Shell, BP, Total et Texaco, ils sont diversifiés et se développent tout au long de la chaîne qui va de la production jusqu’au client final. Nous voulons démontrer qu’on peut être aussi bon qu’eux. Vouloir nous empêcher de le faire est une idée étrange. Quant à la question du niveau de nos investissements, je peux vous dire que nos capacités financières sont actuellement pratiquement illimitées.

Gazprom a multiplié les accords ces dernières semaines pour atteindre le marché européen et a manifesté des intentions de prendre des participations, notamment dans Centrica au Royaume-Uni. Quelles sont vos intentions ?

Comme je viens de vous le dire, nous voulons être présents sur toute la chaîne d’amont en aval. L’intérêt que vous relevez pour des actifs au Royaume-Uni ou en Italie correspond à cette stratégie. Si le processus de libéralisation en Europe se poursuit, nous voulons y participer. Nous analysons toutes les options et les synergies... Mais cela prend du temps.

Quels sont vos projets en France ?

On travaille avec la France depuis une cinquantaine d’années. Compte tenu de la libéralisation en cours, nous envisageons une implantation et des coopérations avec de grands acteurs du marché français de l’énergie, comme Gaz de France et EDF.

N’est-ce pas un peu étrange de vouloir devenir le concurrent d’un de ses clients ?

C’est comme cela que nous avons l’habitude de travailler. Prenez l’exemple de Ruhrgaz, c’est un de nos principaux partenaires et nous travaillons pourtant sur le marché allemand. Cette « cohabitation » n’a créé aucune tension ni conflit d’intérêt.

Comment réagissez-vous à l’idée d’organiser une solidarité en matière de gaz entre les pays de l’Union européenne ?

C’est un non-sens. Le gaz russe assure 25 % des approvisionnements de l’Europe et pourrait atteindre 33 % dans les dix prochaines années. L’Europe importe aussi du gaz de Norvège, d’Algérie, de Libye. Mais compte tenu des infrastructures spécifiques au marché du gaz, comment pouvez-vous imaginer que du gaz arrivant par le nord de l’Europe puisse être acheminé vers le Sud ? Seule l’existence d’un système unifié de transport piloté par le principal acteur du marché permet d’assurer une optimisation du système d’approvisionnement de gaz pour l’ensemble des pays consommateurs. Le mécanisme de solidarité que vous décrivez viendrait au contraire perturber l’efficacité d’un système unifié.

Quelle est votre position sur le traité sur la charte de l’énergie ainsi que sur le protocole de transit qui l’accompagne ?

Elle est nettement négative. Un tel cadre serait complètement inadapté à la réalité actuelle des marchés.

La construction du gazoduc sous la Baltique pour contourner les pays de transit a soulevé un tollé en Europe, notamment pour des raisons écologiques. Que répondez-vous ?

Nous faisons tout le nécessaire pour que ce projet soit conduit selon les standards de protection de l’environnement les plus exigeants. Toutes les menaces écologiques seront examinées. Nous y avons d’autant plus intérêt que l’Allemagne et la Russie sont des pays riverains de la mer Baltique.

La crise ukrainienne de cet hiver ne risque-t-elle pas de se reproduire ?

Nous ne voudrions pas que se reproduise la même crise qu’en janvier dernier. Mais nous sommes inquiets. L’Ukraine tarde à remplir ses réservoirs souterrains de gaz pour l’hiver et cela nous inquiète. Au 15 juin, ils ne contenaient que 3,6 milliards de mètres cubes de gaz alors qu’ils devront en avoir au minimum 16 milliards avant début octobre. Au rythme de remplissage actuel, l’Ukraine aura de très sérieux problèmes, qui pourraient bien se répercuter sur les exportations de gaz russe, parce que l’histoire des prélèvements non autorisés risque de se reproduire, et cela au détriment de nos clients européens. Aujourd’hui, afin d’assurer la sécurité énergétique de l’Europe, nous avons, nous-mêmes, commencé à remplir de gaz les stocks souterrains de l’Ukraine par le biais des coentreprises RosUkrEnergo et Ukrgazenergo.


Le deuxième homme fort du gaz russe

Alexandre Medvedev, 50 ans, a connu son baptême du feu comme vice-président de Gazprom, lors de la crise ukrainienne de l’hiver dernier. Il n’occupait ce poste de premier lieutenant du président Alexeï Miller que depuis quelques mois seulement. Il est arrivé dans le groupe gazier en 2002 en prenant la direction générale de Gazexport, qui lui a assuré d’emblée un fauteuil au conseil du géant gazier à Moscou.

Ingénieur physicien, il a officié dans la finance. De 1989 à 1991, il a été directeur de la Donau-Bank AG et administrateur de la filiale de la banque autrichienne Inter Trade Consult, puis directeur d’Imag Investment Management and Advisory Group.

A la différence de Dimitri Medvedev, son homonyme vice-premier ministre, qui préside le conseil des directeurs de Gazprom, il a un profil de pur technocrate.

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