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Alexandra SCHWARTZBROD | Libération le 23 juin 2007

Menacés, les salariés d’Airbus veulent profiter de l’embellie

samedi 23 juin 2007 par Alexandra SCHWARTZBROD

Rien, décidément, n’aura été épargné cette année à Airbus. Après de longs mois de crise, l’avionneur européen aurait été en droit de se féliciter des 425 commandes fermes engrangées cette semaine au salon du Bourget pour la modique somme de 61 milliards de dollars, des commandes records qui rétablissent l’équilibre avec le grand rival américain Boeing. Mais les syndicats sont à ce point à fleur de peau qu’ils brandissent maintenant ces chiffres de commandes pour exiger la remise en question du plan « Power 8 », qui prévoit pour le groupe 10 000 suppressions d’emplois sur quatre ans, un recours accru à la sous-traitance et la vente ou la cession de sites.

« Grogne ». « Nos dirigeants doivent maintenant véri fier très sérieusement si les décisions sociales décidées par des cabinets extérieurs collent avec la nouvelle réalité du plan de ch arge », explique Françoise Vallin, déléguée syndicale CFE-CGC. Pour elle, certaines suppressions d’emplois peuvent réellement mettre en difficulté la bonne tenue des échéances fixées par les clients, en particulier dans les domaines de la qualité et de la logistique. « Comment voulez-vous que l’on puisse tenir des cadences de 36 à 40 avions par mois quand, derrière, le service qualité ne suit plus ? » L’inquiétude est la même à la CFDT. « Les salariés ne cessent de nous interpeller pour nous demander si Power 8 va être remis en cause à la suite de cette pluie de commandes, on leur répond que, malheureusement, ce plan correspond à une logique qui n’a rien à voir avec le volume des contrats », note un de ses représentants, Pierre-Henry Coat. De fait, devant la montée de la grogne, le directeur commercial d’Airbus, John Leahy, s’est empressé d’expliquer, vendredi, pourquoi il n’était pas question de revenir sur le plan de restructuration prévu. « Certaines personnes me disent : Maintenant que vous avez des ventes records, vous n’avez pas besoin de Power 8. En réalité, nous en avons encore plus besoin. [.] Nous rivalisons a vec Boeing en termes de ventes, mais pas en termes de coûts. » Le plan Power 8 est en effet censé permettre à Airbus de surmonter les déboires de lancement du très gros porteur A 380, mais surtout de pallier la faiblesse du dollar ­face à l’euro, une faiblesse extrêmement pénalisante pour Airbus, qui vend en devises américaines mais produit une partie de ses avions en monnaie européenne.

« Incompréhension ». « Il faut arrêter de mélanger finance et industrie », s’agace Françoise Vallin. « Si c’est la seule vision de l’euro et du dollar qui guide nos dirigeants, alors il faut arrêter de prendre des commandes. Ou alors adopter le système Boeing : on ferme tous les sites et on sous-traite ! » La syndicaliste a bien l’intention de demander la semaine prochaine à Louis Gallois, le coprésident français d’EADS - maison mère d’Airbus - de revenir sur certaines mesures de Power 8. « Il y a une vraie incompréhension chez les sala riés. A tel point que certains commencent à partir. Et les premiers qui partent sont souvent les meilleurs. » Pour Pierre-Henry Coat, les semaines qui viennent vont être décisives. « Nous avons ­tenu cette semaine un comité européen au cours duquel les syndicats ont ex primé le souhait d’organiser une nouvelle journée d’action », prévient-il. En cette veille de départs en vacances, le projet risque d’être difficile à monter. Mais septembre pourrait se révéler plus chaud que prévu.


EADS-Dassault : Gallois rattrape le coup

Nouveau pataquès franco-allemand à la tête d’EADS. Louis Gallois, le coprésident français du groupe européen, a dû réagir à toute vitesse, vendredi, pour corriger une déclaration attribuée le matin même par le très sérieux Financial Times au coprésident allemand, Tom Enders, selon lequel « les discussions viennent de commencer » au sein du groupe concernant l’avenir de sa participation de 46,3 % dans Dassault Aviation. EADS « n’étudie pas la vente de sa part dans Dassault » , a affirmé Gallois pour refroidir les esprits qui s’échauffaient déjà dans les travées du Bourget. « Cette question n’est pas à l’ordre du jour du conseil d’administration d’EADS, et une telle cession serait de toute façon soumise au feu vert de l’Etat français. » Alors que les résultats d’EADS sont plombés par les pertes d’Airbus, cette part de Dassault Aviation serait valorisée autour de 3,7 milliards d’euros.

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