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Un article deSylvie Kauffmann (à Bruxelles) et Marie Jégo (à Moscou) paru dans Le Monde du 28 mai 2006

Mikhaïl Saakachvili pousse l’Europe à chercher des "alternatives" aux hydrocarbures russes

dimanche 28 mai 2006 par Marie Jégo, Sylvie Kauffmann

Face à l’intransigeance de Moscou à l’égard de l’Europe en matière de fourniture d’hydrocarbures, Mikhaïl Saakachvili, le président géorgien, a un conseil à donner aux Européens : cherchez des sources d’approvisionnement alternatives et fixez-vous une stratégie énergétique commune.

"La Russie comme puissance énergétique n’est pas dangereuse s’il y a des alternatives, a-t-il expliqué dans un entretien accordé au Monde en marge d’une réunion organisée à Bruxelles par la fondation américaine German Marshall Fund. Quand je dis à mes amis européens qu’il faut s’intéresser beaucoup plus aux pays d’Asie centrale, ils me disent que c’est compliqué, c’est instable... mais les Chinois ne se laissent pas arrêter par cela ! Ils ont déjà signé des contrats, eux, pendant que les Européens réfléchissent ! Les Russes aussi ! Il est essentiel de rechercher des alternatives (...), cela poussera aussi la Russie à moderniser son infrastructure."

"Il faut avoir une stratégie, à mon avis il ne faut pas perdre de temps", poursuit le président géorgien , âge de 38 ans. Pour lui, les pays d’Asie centrale et l’Azerbaïdjan offrent des conditions de prix et d’infrastructure plus intéressantes que la Russie, " donc tout est réuni, la question du prix, la question de la confiance et la question de l’efficacité pour chercher des sources alternatives".

A Kiev, où il a participé, lundi 22 mai, au sommet du GUAM - association de quatre Etats ex-soviétiques tournés vers l’Occident - M. Saakachvili a qualifié les relations de son pays avec la Russie de " chaîne de malentendus". Elles se sont encore détériorées depuis l’embargo décrété par Moscou sur toute une série de produits géorgiens, au premier rang desquels le vin et l’eau minérale (70 % du marché russe). Le président géorgien considère ces mesures comme "des sanctions économiques et politiques" qui traduisent "la réaction russe à l’orientation démocratique et européenne prise par l’Ukraine et la Géorgie, ainsi qu’à la situation en Biélorussie" et qui reflètent "la nouvelle politique européenne de la Russie".

"UNE GUERRE SALUTAIRE"

La "guerre du vin", dont Mikhaïl Saakachvili ne croit pas un instant qu’elle soit due aux "raisons sanitaires" évoquées à Moscou, puisque les mêmes produits ont obtenu, dit-il, les certificats sanitaires européens et américains, a des conséquences immédiates graves pour l’économie géorgienne, mais "pourrait être salutaire pour l’avenir" : comme cela s’est produit avec les pays baltes il y a dix ans, "cela va nous fournir un excellent argument pour améliorer la qualité de nos produits. Il faut aussi que l’Union européenne commence à ouvrir ses marchés, parce qu’il est fondamental de ne pas nous abandonner - l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie - dans une situation pareille".

La Géorgie envisage de quitter, avant même la fin de l’année la Communauté des Etats indépendants (CEI), organisation créée par la Russie en 1991 sur les cendres de l’URSS. Mikhaïl Saakachvili ne fait pas mystère de son souhait d’intégrer l’OTAN. Une fois sortie de la CEI, la Géorgie serait en position de réclamer l’évacuation des forces russes de maintien de la paix déployées, sous l’égide de l’organisation, en Ossétie du Sud et en Abkhazie - des territoires de facto indépendants depuis les conflits armés de 1992. Ce contingent, espère-t-on à Tbilissi, pourrait alors être remplacé par une force de paix internationale.

Elu en janvier 2004 après la "révolution des roses" qui a chassé Edouard Chevardnadze, M. Saakachvili, très en cour à Washington, a essuyé récemment des critiques sur les lenteurs de la démocratisation dans son pays. Il reconnaît que "le processus judiciaire est loin d’être idéal", mais souligne que "la BERD vient de classer la Géorgie parmi les trois pays les moins corrompus d’Europe alors qu’elle en était l’un des pays les plus corrompus. Ce chemin, nous l’avons fait en deux ans".

Mikhaïl Saakachvili, qui vient de s’adjoindre les services de l’ancien premier ministre estonien, Mart Laar, comme conseiller, rejette catégoriquement l’accusation de " poutinisation", "contraire à (sa) philosophie". La Géorgie, selon lui, doit devenir "le modèle libéral pour la région."

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