Liste des auteurs

Un article de Alain Faujas, Cécile Prudhomme et Françoise Chipaux paru dans Le Monde du 24 mai 2006

Mini-krach sur les matières premières

mercredi 24 mai 2006 par Cécile Prudhomme, Alain Faujas, Françoise Chipaux
Les marchés de matières premières ont repris quelques couleurs, lundi 22 mai, après le mini-krach qui avait fait plonger, les jours précédents, leurs cours, en particulier ceux des métaux précieux et des métaux de base. Mais la nervosité restait grande.

En une semaine, l’once d’argent a abandonné 20 %, les métaux dans leur ensemble 15,8 % et le secteur de l’énergie 12,9 %. L’or, qui avait atteint un record historique à 721,50 dollars l’once, le 11 mai, est redescendu jusqu’à 645,70 dollars une semaine plus tard. Le pétrole a aussi cédé du terrain, le baril de brut reculant de 5 dollars en cinq jours. Le café a dévissé, revenant, sur le marché de New York, à ses niveaux d’il y a cinq mois.

Depuis plusieurs semaines, de nombreuses analyses soulignaient les risques de correction après la poussée frénétique des cours des matières premières. Il n’est pas sain, observaient-elles, que, par exemple, le cuivre bondisse de 4 400 dollars la tonne, à plus de 8 000 en cinq mois, entraînant dans son sillage le zinc, l’aluminium et quasiment tous les métaux non ferreux.

Les craintes de hausse des taux ont déclenché la purge. Les perspectives de resserrement monétaire aux Etats-Unis, au Japon et en Europe inquiètent les investisseurs, qui se disent que ce tour de vis généralisé rendra plus coûteux l’accès au crédit - donc à la spéculation - en même temps qu’il risque de pénaliser la croissance mondiale et de ralentir la demande de matières premières.

La chute se poursuivra-t-elle et surtout jusqu’où ? Deux types de réponses se dessinent.

Le premier camp est composé de ceux qui jugent que la correction va se poursuivre et qu’elle est la bienvenue. En tête, les industriels ravis de la "claque" prise par certains de ces spéculateurs dont ils estiment qu’ils perturbent leurs activités.

"Nous assistons à une hausse et à une volatilité des cours qui ne sont pas bonnes pour l’économie et qui ne s’expliquent que par la spéculation, analyse Frédéric Vincent, directeur général de Nexans, câblier français et premier acheteur mondial de métal rouge, qui s’agace de devoir immobiliser plus de trésorerie pour un métal en ébullition. Nous espérons que le futur président du London Metal Exchange durcira les conditions d’accès au marché pour rendre celui-ci moins spéculatif." La poursuite de la baisse "serait dans l’ordre des choses", affirme-t-il.

LES PRUDENTS ET LES AUDACIEUX

Pour Philippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine, "c’est peut-être la correction attendue, car pour le cuivre en particulier, nous nous trouvions en situation de bulle spéculative entretenue par des fonds d’investissement qui n’étaient pas de grands spécialistes". Précisant que tous les métaux n’étaient pas dans cette situation "déraisonnable", notamment l’aluminium, il affirme qu’il existe "une forte probabilité pour que le cuivre revienne à 4 000 dollars la tonne".

Jean-Paul Betbèze, conseiller du président du Crédit agricole SA, estime que la correction a sanctionné un emballement des marchés au cours d’une période "hallucinante". Mais il refuse de comparer le phénomène constaté dans les matières premières avec la "bulle Internet" de la fin des années 1990 : "Avec Internet, il y avait un peu de réel et beaucoup de folle spéculation, constate-t-il ; dans le cas de la hausse des produits de base, il y a beaucoup de réel et un peu de spéculation !"

Du côté des investisseurs, le discours est autrement optimiste. Goldman Sachs maintient ses prévisions "positives" sur les rendements des fonds placés en matières premières, "en dépit de la récente bousculade", et ce grâce à "la vigueur de la croissance dans les pays émergents et à son accélération attendue au Japon et en Europe". Goldman Sachs annonce même l’or à 800 dollars l’once à la fin de 2007, en raison de la faiblesse prévisible du dollar.

Même tonalité chez Merrill Lynch Investment Managers. "Nous pensons que la correction actuelle s’achèvera bientôt, déclare Sandrine Toulouse, directrice de la distribution des fonds à Paris. Nous sommes optimistes sur l’avenir de ces marchés, parce qu’ils ne sont pas chers ; parce que les mines ont baissé plus que le prix du métal et que ce retard sera rattrapé en une année environ ; parce que le problème de l’inadéquation de l’offre et de la demande demeure intact." "Il est vrai, dit-elle, que les fonds spéculatifs ont profité des fortes hausses de ces dernières semaines pour prendre leurs bénéfices, mais ils reviendront."

Dès que le coup de tabac a été avéré, Merrill Lynch a diffusé à ses clients une note pour les rassurer. Elle est sans ambiguïté : "Nous considérons, peut-on y lire, que les craintes inflationnistes sont exagérées. L’inflation restera contenue ainsi que la hausse des taux : ils sont aux Etats-Unis à leur niveau justifié par l’environnement macroéconomique ; ils restent bas en Europe et en Asie. Une hausse à venir ne constitue pas un risque pour les marchés actions."

Voici les particuliers invités à profiter de leur baisse pour miser à nouveau sur les matières premières. Ecouteront-ils les prudents ou les audacieux ?


De Moscou à Bombay et Paris, les Bourses mondiales déstabilisées

Après avoir perdu en une semaine entre 2 % à 4 %, les Bourses occidentales ont accentué leurs pertes, lors de la séance du lundi 22 mai. A Paris, l’indice CAC 40 a reculé de 2,65 %, le Dax de Francfort de 2,22 % et le Footsie de Londres de 2,20 %. Aux Etats-Unis , les pertes ont été moindres, à l’instar de l’indice Dow Jones qui a cédé 0,17 %.

Les marchés d’actions sont victimes de la crainte d’un retour de l’inflation qui conduirait les banques centrales à relever fortement leurs taux d’intérêt. Les marchés financiers les plus sensibles ont été ceux qui avaient jusqu’à présent attiré le plus de capitaux, à commencer par les Bourses des pays émergents, où beaucoup d’entreprises cotées sont sensibles aux prix des matières premières.

Lundi, le marché des actions russes a perdu 9,05 %, la Bourse indonésienne plus de 6 %. En Amérique latine, celle de Mexico a abandonné 4,03 % et auBrésil , elle a chuté de 3,28 %. Le ministre brésilien des finances, Guido Mantega, a déclaré, lundi, que son pays était prêt à affronter "sans problèmes majeurs" les turbulences sur les marchés financiers internationaux, assurant que son pays était l’un des moins touchés.

"NERVOSITÉ"

A Bombay, le ministre indien des finances, Palaniappan Chidambaram, a essayé de rassurer les investisseurs en déclarant à la télévision, lundi : "Il y a une certaine dose de nervosité sur les marchés. Mon conseil aux petits porteurs est de garder leurs actions." Les cotations avaient été suspendues momentanément après un plongeon de l’indice Sensex de plus de 10 % en séance. Il a fini, lundi, en recul de 4,49 %. Depuis son niveau record atteint le 10 mai, l’indice de référence de la Bourse indienne a baissé de 17 %.

Mardi, dans un entretien à la chaîne de télévision CNBC-TV18, M. Chidambaram a affirmé que les autorités voulaient "prévenir une trop grande volatilité du marché et y apporter un peu d’ordre". Il a assuré que la banque centrale fournirait les liquidités nécessaires. Se voulant rassurant, le ministre a déclaré : "Sur le long terme, la croissance indienne est intacte. Les petits porteurs doivent y croire."

Selon nombre d’experts, la chute de la Bourse s’explique en partie par le fait que le marché a progressé trop vite. La Bourse avait bondi de 45 % en 2005, et de 17 % du 1er janvier au 21 mars de cette année. Toutefois, selon Tapan Kumar Bhaumik, économiste de Assocham (Associated Chambers of Commerce and Industry of India), "la chute constatée lundi a plus à voir avec l’économie mondiale qu’avec l’économie indienne. Elle est due à l’accroissement des taux d’intérêt américains", dit-il. "En raison de la hausse des taux d’intérêt américains, les investisseurs institutionnels trouvent plus attractif d’investir aux Etats-Unis que de prendre des risques sur l’économie en développement de l’Inde ", affirme pour sa part le professeur d’économie, Anjali Kumaraswamy.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !