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Madeleine Vatel | Le Monde le 30 novembre 2006

Minsk menace de stopper le transit du gaz russe vers l’Europe

samedi 30 décembre 2006 par Madeleine Vatel

Les négociations entre la Russie et la Biélorussie sur le prix du gaz sont de plus en plus tendues à l’approche du 1er janvier 2007. La Russie a lancé un ultimatum. Si aucun accord n’est trouvé entre les deux parties, Gazprom, le géant gazier russe, cessera ainsi la fourniture de gaz à son voisin. Le premier ministre biélorusse, Sergueï Sidorski, a aussitôt prévenu qu’il interrompra alors le transit de ce gaz vers l’Union européenne (UE). "Nous ne pouvons pas faire transiter le gaz par la Biélorussie en l’absence d’un contrat", a-t-il déclaré, jeudi 28 novembre, à la télévision biélorusse. Les négociations achoppent notamment sur le prix. La Russie, qui avait proposé initialement d’augmenter ses tarifs de 46,68 à 200 dollars pour 1 000 m3, exige dorénavant 105 dollars, mais à condition que Gazprom, numéro un mondial du gaz, prenne le contrôle de 50 % de Beltransgaz, l’entreprise publique biélorusse gérant le réseau de gazoducs du pays.

La Biélorussie a expliqué que le prix maximum qu’elle est prête à accepter s’établissait à 75 dollars et demande à Gazprom 2,5 milliards de dollars pour la moitié de Beltransgaz. Soit 1 milliard de plus que l’offre russe. "Gazprom n’est pas le Père Noël, pour faire un tel cadeau au pouvoir biélorusse", a rétorqué le porte-parole du numéro un mondial du gaz, Sergueï Kouprianov.

Le troc, résultat de la précarité économique, a toujours été une composante de l’approvisionnement de la Biélorussie en matière énergétique. Location de terrains militaires, produits industriels et alimentaires... seul un très faible pourcentage de la facture énergétique biélorusse est monétisé.

Plus encore que le prix, la participation de Gazprom dans Beltransgaz est un point essentiel de la discorde. La Biélorussie, dont l’économie est contrôlée à 80 % par l’Etat, voit d’un mauvais oeil la privatisation de son système de transport du gaz. "Ce serait un pas vers une remise en cause du système économique et politique dirigé d’une main de fer par le président Alexandre Loukachenko", explique Karen Akopov, ancien consultant à Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). "Comment le pouvoir pourrait-il ensuite éviter la répercussion de la hausse des prix auprès des consommateurs ?", interroge cet expert.

L’idée d’une privatisation à laquelle s’oppose le pouvoir biélorusse n’est pas nouvelle. Elle était sous-entendue dans l’accord du 12 avril 2002 prévoyant la création d’un "système unique de réglementation dans le secteur gazier" entre les deux pays. Elle a été répétée le 28 novembre 2006 par le président russe, Vladimir Poutine, en visite à Minsk.

La dépendance énergétique de la Biélorussie constitue un sérieux handicap. La Russie couvre en effet 80 % des besoins de son voisin, qui tire, lui, la majeure partie de ses revenus des ressources énergétiques qu’elle fait transiter par son territoire. La Banque mondiale évalue ces subsides russes à près de 1 milliard de dollars par an, soit un dixième du budget annuel biélorusse.

La Russie - qui considère la Biélorussie comme un avant-poste contre l’élargissement de l’OTAN et de l’Union européenne - ne manque pas de moyens de pression. Moscou pourrait ainsi imposer des droits de douane à d’autres secteurs de l’économie biélorusse tels que le pétrole ou le sucre.

L’Europe - dont 5 % du gaz consommé transite par la Biélorussie - a pressé les deux parties de s’entendre. Le commissaire européen à l’énergie, Andris Piebalgs, a appelé, jeudi, la Russie et la Biélorussie à trouver "au plus vite un accord qui ne mette pas en danger le transit du gaz vers l’UE".

Gazprom, seule compagnie autorisée en Russie à exporter du gaz hors de l’ancienne Union soviétique, a annoncé qu’il était prêt à "optimiser le flux de gaz transporté via l’Ukraine". Il n’a toutefois pas exclu des pénuries dans le cas où "la Biélorussie prélève (rait) une partie du gaz que nous destinons à nos clients".

Après une crise similaire avec l’Ukraine durant l’hiver 2005-2006, la Russie joue une nouvelle fois sa crédibilité vis-à-vis de ses clients. Le ministre allemand de l’économie, Michael Glos, n’a rien dit d’autre en appelant "toutes les parties à (...) prouver ainsi leur fiabilité tant comme fournisseur que comme pays de transit".

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