Liste des auteurs

Rémi Barroux | Le Monde le 30.01.2009

Mobilisation massive contre le gouvernement

vendredi 30 janvier 2009 par Rémi Barroux

La France a connu, jeudi 29 janvier, une mobilisation massive contre la politique économique et sociale du gouvernement, échappant toutefois à la paralysie et au "jeudi noir" prévus par certains.

Selon la CGT et Force ouvrière, plus de 2,5 millions de salariés du public et du privé ont défilé dans tout le pays à l’appel de tous les syndicats, pour une fois unis. Le ministère de l’intérieur a comptabilisé pour sa part 1,08 million de manifestants dans les 195 cortèges recensés. (Voir l’infographie Les chiffres des manifestations en France)

Les syndicats estiment avoir réussi leur pari de mobiliser autant qu’en 2006 contre le contrat première embauche. Selon François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, les défilés de jeudi sont les "plus grandes manifestations de salariés depuis une vingtaine d’années". Ce n’est pas l’avis du porte-parole du gouvernement, qui a relativisé l’ampleur du mouvement. "Il n’y a pas un niveau de grève exceptionnel, c’est plutôt en-deçà dans le secteur public que ce qui avait été constaté lors des derniers mouvements", a dit Luc Chatel sur Europe 1.

Selon les chiffres officiels, un quart des quelque cinq millions de fonctionnaires a répondu à l’appel à la grève. Outre l’éducation, où au moins la moitié des enseignants des écoles ne travaillait pas, les perturbations ont surtout touché les chemins de fer, les transports en commun et aérien, mais sans atteindre les niveaux annoncés. Grèves et débrayages ont aussi affecté le secteur privé, dont les salariés étaient bien visibles dans les cortèges alors que les périodes de crise marquent presque généralement un reflux des mouvements sociaux. (Lire l’article Bilan de la grève, secteur par secteur)

Les cortèges, particulièrement fournis en province, avançaient des revendications diverses : sauvegarde de l’emploi, défense des services publics, fin de la "casse" sociale, défense des libertés... (Voir le reportage A la Bastille, chaque manifestant a ses raisons)

A Paris, la préfecture de police a fait état de 65 000 manifestants, un chiffre contesté par les syndicats, la CGT ayant quant à elle compté 300 000 personnes. En fin de manifestation, des incidents ont opposé quelques centaines de manifestants aux forces de l’ordre dans le quartier de l’Opéra, où plusieurs feux ont été allumés, incitant les forces de l’ordre à charger et à tirer des gaz lacrymogènes.

Nicolas Sarkozy, omniprésent dans les slogans et sur les banderoles des manifestations, a dit en fin de journée comprendre l’inquiétude "légitime" des protestataires. Le chef de l’Etat a indiqué qu’il rencontrerait dans le courant du mois de février les organisations syndicales et patronales afin de "convenir du programme de réformes à conduire en 2009 et des méthodes pour le mener à bien".


Les dirigeants syndicaux pensent déjà à la suite du mouvement

Dans le défilé parisien, jeudi 29 janvier, tous les dirigeants syndicaux sont à l’unisson : c’est au gouvernement et à Nicolas Sarkozy de répondre à la rue. Tous souhaitent qu’une initiative soit prise très rapidement par le gouvernement. Ils proposent que la réunion qui devait fixer l’agenda social 2009 soit avancée. La rencontre était initialement prévue pour fin février.

"Nicolas Sarkozy sait prendre des initiatives rapides au niveau européen quand il le faut. Qu’il le fasse au niveau national", demande ainsi Jean-Claude Mailly (FO). Du côté de la CFTC, Jacques Voisin demande une réunion du gouvenrment avec les huit signataires de l’appel à la grève avant même le rendez-vous prévu sur l’agenda social.

A la CGC, Bernard Van Craeynest estime que "ce ne sont pas les syndicats qui détiennent la clé du coffre, ce sont les pouvoirs publics et le patronat." D’autres syndicalistes critiquent le silence du patronat. "Le MEDEF est atone, dénonce François Chérèque (CFDT), il n’y a aucune analyse de la crise de sa part."

Si aucune intiative n’était annoncé rapidement par le gouvernement, préviennent les dirigeants syndicaux, qui estiment la mobilisation du 29 janvier est un succès, il faudrait alors envisager des suites. Pour Alain Olive (UNSA), "la priorité deviendrait de voir comment inscrire le mouvement dans la durée". Du côté de Solidaires, Catherine Lebrun propose que des collectifs unitaires se mettent en place partout : "Sarkozy va essayer de jouer les confédérations les unes contre les autres. Il va essayer de briser le front en attaquant SUD [qui fait partie de Solidaires]. Mais le premier syndicat qui rentrera dans ce jeu en fera les frais, vu les attentes des salariés."

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !