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Un article de Damien DUBUC paru dans Libération du 28 juin 2006

Monoprix, des abus plein les rayons

mercredi 28 juin 2006 par Damien Dubuc
Harcèlement, discrimination, précarité. A Paris, des salariés d’un magasin sont en grève depuis samedi.

Des employés font le pied de grue devant le magasin pour dénoncer leurs conditions de travail pendant que d’autres, des intérimaires ou même une comptable « polyvalente », les remplacent au pied levé. Difficile, depuis samedi après-midi, de faire ses courses au Monoprix de la rue du Faubourg-Saint-Antoine (Paris 11e). Difficile, parce qu’une quarantaine de salariés dissuadent les clients d’entrer. Encore plus difficile quand on connaît les raisons de leur grève. Tout y passe : harcèlement moral, discrimination raciale, mais aussi précarité et non paiement des heures supplémentaires.

« Pétasse ». D’ordinaire, le flot des clients fait tourner les caissières en bourrique, là elles se tournent un peu les pouces, faute d’acheteurs. Les grévistes se félicitent du soutien d’un grand nombre de passants et savent que lundi le magasin a perdu pas loin des deux tiers de son chiffre d’affaires. L’ambiance est plutôt bon enfant mais les mots sont durs. Yamina Bekhtaoui raconte : « J’ai demandé quatre fois par écrit à faire une formation de chef de caisse. Le directeur me l’a toujours refusée, sans dire pourquoi. Pourtant, en septembre dernier, quand la chef de caisse n’était pas là, qui l’a remplacée ? Moi. Et sans aucune prime bien sûr. »

Visiblement très éprouvée par son travail, Diane Lakhal ne veut plus accepter les insultes. Elle se rappelle ce que lui avait lancé une de ses responsables devant les clients : « Ferme ta gueule avant de fermer ta caisse et monte en pause, sale pétasse. » Elle estime que les décisions concernant les horaires sont prises « à la tête du client », et certaines collègues expliquent : « A la tête du client », ça veut dire « discrimination raciale ».

Difficile à prouver car la discrimination masque un management qui multiplie les contrats à temps partiel, use et abuse de la précarité comme moyen de pression sur les salariés ­ dont beaucoup sont des mères célibataires. Comme Olivia Amsallem : « J’avais un contrat de 35 heures quand j’ai eu mon enfant. Je me suis retrouvée seule à l’élever. J’ai demandé à ne pas travailler le samedi. Pendant un an le patron a refusé, alors j’ai dû prendre un contrat de 30 heures. Je ne travaille pas le vendredi après-midi, c’était donc possible de me faire travailler 35 heures sans le samedi. » Pourtant, d’après la CGT, ce sont 10 à 20 CDD qui sont signés tous les mois, le plus souvent pour des contrats de quelques heures.

Requalification. La direction de Monoprix se défend piteusement et fait valoir « des problèmes d’adéquation entre les demandes des salariés et les besoins de l’entreprise ». Rémi Picaud, de la CGT, balaie l’argument : « On cherche à individualiser les salariés, à les fragiliser et à leur faire tout accepter. » Lundi, Monoprix a entamé des négociations. Si la direction refuse d’inscrire le mot « harcèlement » dans le protocole d’accord, elle s’est engagée à satisfaire les grévistes sur les Ticket-Restaurant et la requalification des temps partiels en temps plein. Ce n’est pas rien, mais, comme le souligne Rémi Picaud, « les salariés n’ont fait que négocier l’application de la loi ».

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