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Lénaïg Bredoux | L’humanité du 13 mars 2007

Montfort-sur-Meu refuse l’expulsion des Maliens

mardi 13 mars 2007 par Lénaïg Bredoux
Depuis l’arrestation, le 28 février, de 23 salariés sans papiers des abattoirs, la solidarité et la mobilisation ne cessent de croître dans la petite ville bretonne.

La petite ville est sous le choc. Depuis le 28 février, quand, un peu avant cinq heures du matin, d’importantes forces de police ont débarqué à Monfort-sur-Meu, une commune d’Ille-et-Vilaine, située à 25 kilomètres de Rennes, sur la route de Saint-Brieuc. Mandatées par le parquet, elles venaient « cueillir », sur le trajet entre leur domicile et leur travail, plus d’une vingtaine de salariés de la Cooperl. Tous Maliens, tous embauchés depuis cinq ans dans les abattoirs de porcs de la ville qui emploient 600 personnes. Vingt-trois d’entre eux sont sans-papiers, obligés de travailler avec de faux documents.

« Depuis, tout a été très vite », raconte un membre du collectif de soutien Mali-Montfort. Répartis sur plusieurs centres de rétention dans toute la France, ils ont été convoqués devant différents tribunaux administratifs qui ont prononcé, à chaque fois, des mesures de reconduite à la frontière. L’un d’entre eux a déjà été expulsé la semaine dernière. « Il n’y a eu aucun examen des dossiers au cas par cas, explique Mikaël Goudin, l’avocat consulté par la direction de la Cooperl. La reconduite a été décidée de manière massive et radicale. Déjà que l’interpellation a sans doute été trop musclée et policière au regard des motifs... Ces immigrés n’ont pas commis d’infractions très graves, ils n’ont fait qu’utiliser de faux papiers pour pouvoir travailler. »

Depuis, l’élan de solidarité de la population ne cesse de croître. Après un premier défilé mercredi dernier, une manifestation a rassemblé plus de 1 000 personnes samedi à Monfort-sur-Meu (5 400 habitants). Un collectif de soutien s’est créé, rassemblant des résidents, des militants associatifs ou syndicaux et des élus. Plusieurs pétitions circulent demandant la régularisation des 23 Maliens et leur réintégration dans l’entreprise. Deux mille signatures auraient déjà été recueillies. « Dans la ville, les commerçants ont accroché des rubans blancs en solidarité, raconte une habitante. Dans son sermon de dimanche, même le curé s’est offusqué des arrestations et a demandé de signer la pétition. » Le directeur de l’usine a engagé un avocat et a préparé de nouveaux contrats de travail pour ses salariés « très compétents, travailleurs et courageux, prêts à se lever tous les jours à 4 heures du matin », selon André Rouault. Le conseil municipal de Montfort-sur-Meu a, quant à lui, voté à l’unanimité une motion de soutien et le président du conseil général d’Ille-et-Vilaine a reçu, hier, les militants de Mali-Montfort.

« Les Maliens étaient très bien intégrés à la ville, argumente un habitant. Ils entraînaient les jeunes au club de foot, ils prenaient des cours de français et participaient aux activités culturelles. » L’un d’entre eux est marié en France, un autre est fiancé, celui qui a été expulsé attend un bébé. « C’est la prise d’otage de gens qui travaillaient et étaient très appréciés », dénonce Mikaël Goudin. Le collectif de soutien a prévu d’organiser dimanche prochain un pique-nique en musique. Elle sera forcément métisse : malienne et bretonne.

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