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Article de FABRICE NODÉ-LANGLOI Publié dans Le Figaro le 19 septembre 2006 2006

Moscou évince Shell du gisement de Sakhaline

mardi 19 septembre 2006 par FABRICE NODÉ-LANGLOIS
La Russie ne veut plus que l’exploitation de ses richesses échappe à ses groupes énergétiques.

C’EST une décision soudaine, révélatrice de la volonté de fer de l’État russe de reprendre le contrôle de toute l’exploitation pétrolière et gazière sur son territoire. Le ministère russe des Ressources naturelles a annulé hier la licence d’exploitation accordée à Shell pour le gisement d’hydrocarbures géant de Sakhaline-2, en Sibérie extrême-orientale. Pareille menace pèse sur les projets Sakhaline-1 menés par l’américain Exxon-Mobil et Khariaga conduit par le français Total.

Sakhaline-2, le plus important investissement étranger en Russie dans le secteur des hydrocarbures, est géré par le consortium Sakhalin Energy (détenu à 55 % par Royal Dutch Shell, à 25 % et 20 % par les japonais Mitsui et Mitsubishi) dans le cadre d’un accord de partage de production signé avec la Russie en 1994. Pour livrer la production de ce gisement offshore, évalué à 4,5 milliards de barils, le consortium doit achever la construction d’un oléoduc-gazoduc de 800 km jusqu’à un port libéré des glaces, au sud de l’île de Sakhaline.

L’administration russe reproche à Shell de multiples infractions à la loi, en particulier sur l’environnement. Le gisement se situe sous une mer où se nourrit la baleine grise, en voie d’extinction. Quant au pipeline, il doit franchir pas moins de 1 100 rivières où fraie le saumon qui fait vivre 40 000 personnes à Sakhaline.

Aussi réelles soient-elles, les menaces environnementales dénoncées par des ONG russes et internationales dissimulent à peine les motivations politiques et financières de Moscou. En fait, l’administration Poutine considère comme une erreur des années Eltsine l’octroi de concession de gisements à des groupes étrangers.

En mai dernier, le ministère des Ressources naturelles avait déclaré que l’inefficacité des compagnies étrangères faisait perdre de l’argent à la Russie. Il s’appuyait sur un rapport de l’Académie des sciences qui préconisait comme remède aux risques écologiques... l’entrée à hauteur de 51 % des compagnies russes dans ces grands projets.

Quasi-doublement du coût du projet Gazprom et Shell sont en discussion depuis des mois sur un échange d’actifs qui permettrait au monopole gazier russe de prendre pied dans Sakhalin Energy. Seulement, l’an dernier, Shell a annoncé un quasi-doublement du coût du projet (de 12 à 20 milliards de dollars) pour des raisons techniques, et donc une augmentation du ticket d’entrée de Gazprom. Plusieurs analystes voient la décision administrative d’hier comme un coup d’échecs destiné à peser dans les négociations. Le quotidien Kommersant notait hier que le risque de sanction administrative contre le projet Sakhaline-1 serait moindre. Explication avancée : la Russie, via les 20 % détenus par Rosneft, y est déjà présente.

Ce nouvel acte d’interventionnisme intervient alors que ­­le gouvernement russe ne cesse de repousser depuis des mois l’attribution à des groupes étrangers (Total, Chevron, Conoco Phillips, Statoil et Norsk Hyro) de l’exploitation du plus grand gisement gazier offshore du monde, Shtokman, dans la mer de Barents, dont les réserves sont évaluées à 3 700 milliards de mètres cubes.

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