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Yves Housson | L’Humanité du 20.09.2007

Mourir au travail dans le bâtiment

vendredi 21 septembre 2007 par Yves Housson
Forte hausse des accidents dans la construction. La CGT relance la mobilisation pour la retraite anticipée pour travaux pénibles.

En 2006, près de 127 000 salariés de la construction sur un effectif total de 1,4 million ont été victimes d’accidents du travail. Parmi eux, 158 ont perdu la vie, 55 de plus que l’année précédente. Autre chiffre alarmant, « l’indice de fréquence » des accidents avec arrêt de travail est en hausse de 30 %. Dramatique, cet état des lieux basé sur des statistiques officielles de l’assurance maladie est hélas au-dessous de la vérité, ont souligné hier, devant la presse, les responsables de la fédération CGT, qui réunissait à Montreuil une centaine de ses militants engagés dans les comités d’hygiène et de sécurité (CHSCT). Nombre de ceux-ci ont en effet témoigné de l’importance du phénomène de la sous-déclaration : des travailleurs victimes d’accidents renoncent à se faire reconnaître comme tels, souvent sous la pression des entreprises qui échappent ainsi à leurs obligations financières dans la branche accidents-maladies professionnelles de la Sécu, et transfèrent la charge de l’indemnisation et de la réparation sur le régime général de l’assurance maladie.

Derrières ces drames, la CGT pointe le spectre d’« une organisation du travail qui, dans un objectif de rentabilité financière à court terme, met la santé et la vie des salariés en danger ». Elle incrimine le rôle des « donneurs d’ordre qui imposent des délais d’exécution » dont des entreprises arguent ensuite pour dicter « des conditions de travail d’un autre monde ». Elle dénonce un mode de management qui brise les collectifs de travail, liquide les pauses casse-croûte et autres « temps morts », développe les emplois précaires en tous genres, met les salariés en concurrence entre eux.

Si la prévention, par une transformation de ces conditions de travail, s’impose comme une priorité, pas question pour la CGT de lâcher la revendication d’une « réparation » des dommages ainsi infligés aux salariés, sous la forme d’un droit à la retraite anticipée. Mesure de pure justice pour des travailleurs dont l’espérance de vie est, du fait de leur travail, inférieure de 7 ans à la moyenne. Or, les négociations engagées sur ce sujet depuis deux ans et demi et qui doivent reprendre le 26 septembre butent toujours sur l’obstruction du MEDEF. « Dans son discours "social", mardi, Nicolas Sarkozy n’a pas eu un mot sur ces négociations », remarque Éric Aubin, dirigeant de la CGT construction, qui redoute un enterrement du processus. Et pourtant, parallèlement, le chef de l’État « voudrait en 15 jours faire détruire les régimes spéciaux de retraite ! » , seuls dispositifs existants de reconnaissance de la pénibilité, s’indigne Jean-François Naton, en charge de la santé au travail à la confédération CGT. « Le « nouveau contrat social » (formule de Sarkozy - NDLR), c’est nous laisser crever au boulot ! ». Le syndicat en appelle donc, une fois encore, à la mobilisation. Deux rendez-vous sont proposés aux salariés de la construction aux côtés de ceux des autres branches : pour des rassemblements devant les chambres patronales le 26 septembre pour la retraite anticipée et pour la manifestation nationale des « victimes du travail », le 13 octobre, à l’appel de la FNATH, l’ANDEVA et la CGT.

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