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Un article de Christophe Deroubaix paru dans l’Humanité du 28 juin 2005

Nestlé saint Menet La guerre des nerfs

mardi 28 juin 2005 par Christophe Deroubaix

« Qu’est-ce que je dois faire, Patrick ? » L’assemblée générale des salariés vient de voter l’occupation de l’usine. Un opérateur, en tenue de travail, s’avance vers Patrick Candela. Le regard perdu, la lèvre supérieure tremblotante, une goutte de sueur perlant sur le front, il cherche une boussole et a trouvé le secrétaire du syndicat CGT. « Tu fais comme tu le sens », lui répond ce dernier. « Parce que, tu vois, j’aimerais bien rentrer manger à la maison puis revenir pour occuper l’usine avec les copains », reprend le premier. « Comme tu le sens. Je ne peux pas te dire mieux », répète, à mi-voix, Patrick Candela, pour dédramatiser le choix du collègue.

Tombé dans la dépression il y a plusieurs mois, ce salarié est parti déjeuner chez lui. Depuis vendredi dernier, à chacun de ses postes, il revient à Saint-Menet occuper l’usine « avec les copains ». Sans qu’aucun de ses collègues ne sache s’il sera là le lendemain.

Un conflit social, c’est peut-être ça avant tout : la guerre des nerfs. D’ailleurs, dès l’annonce du plan de fermeture de l’usine, au printemps 2004, le CHSCT avait demandé et obtenu la création d’une cellule psychologique. Chaque lundi, une psychologue rencontre les salariés qui le souhaitent. Si 150 salariés, sur les 427 employés sur le site, assurent l’occupation de l’usine, une centaine se trouvent actuellement en arrêt maladie.

« Lorsqu’on prend une décision, même pour les plus militants, il faut toujours prendre en compte ce côté humain », souligne Patrick Candela. Le découragement, l’exaspération, la déprime ou la haine comme facteurs psychologiques objectifs à intégrer dans l’élaboration d’une stratégie syndicale.

Ce mardi, les nerfs seront encore mis à rude épreuve. Une information faisait état hier d’un référé de la direction afin de faire évacuer l’usine. En attendant l’intervention hypothétique de la « force publique », les salariés garderont un oeil sur la rencontre entre le préfet de région et les présidents des groupes communistes au conseil général, conseil régional et ville de Marseille. Le gouvernement va-t-il daigner se pencher sur le dossier de Nestlé Saint-Menet ? Sait-on jamais.

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